Véronique Billat : son approche de l’entraînement appliquée aux chevaux
samedi 07 mars 2020

Véronique Billat
Véronique Billat © Véronique Billat coll.

Vous l’avez peut être vu lors d’un reportage sur Robert Marchand, ce cycliste de 105 ans (il a aujourd’hui 109 ans, ndlr) qui a battu le record de l’heure dans sa catégorie d’âge exceptionnelle avec 22,547 km. Véronique Billat l’a entrainé pendant plusieurs années et « a démontré que l’être humain était capable d’améliorer sa puissance énergétique c’est-à-dire sa consommation maximale d’oxygène au-delà de 100 ans. » Ce professeure physiologiste s’intéresse aussi à l’entraînement des chevaux. Rencontre avec une scientifique passionnée spécialisée dans l’adaptation physiologique à l’entraînement.

Véronique Billat pourriez-vous expliquer votre parcours ?

J’ai 58 ans. A l’origine j’habitais près de Grenoble et j’allais à l’école à vélo. J’avalais tous les jours beaucoup de dénivelés. En fait, je faisais du sport sans le savoir et j’ai été détectée en ski de fond et en cross. J’étais déjà dans un état d’esprit de course naturelle. La course à pied et le vélo étaient un moyen de voyager, de prendre mon indépendance. Et j’étais déjà très proche de la nature. J’ai fait partie de l’équipe de France universitaire en cross et ski de fond. Mais, j’ai été victime d’un burn out pour surentraînement à 22 ans.

J’ai suivi des études de Staps puis une thèse en physiologie de l’exercice. J’étais déjà branchée sur l’état stable de l’organisme à l’effort. Je suis devenue maître de conférence en Staps puis j’ai monté un laboratoire de physiologie de l’entraînement dont l’originalité était d’aller sur les terrains d’entraînement. Mon sujet d’étude depuis toujours, c’est la physiologie de l’effort en situation réelle. Parallèlement j’ai passé mes brevets d’Etat d’éducateur sportif en athlétisme jusqu’au BEES3. Pendant toute ma carrière, j’ai travaillé et je travaille comme enseignant chercheur en Staps et actuellement à l’université de Paris. Et j’ai poursuivi mes recherches sur l’effet d’un exercice physique sur le corps pour proposer un entrainement adapté à la physiologie de chacun. 

Aujourd’hui vous proposez des plans d’entraînement sur-mesure pour les athlètes humains ?

Il y a six ans j’ai monté une entreprise (Billatraining) dont l’objectif est de pérenniser l’emploi de chercheurs dans la spécialité de la science de l’entrainement sur-mesure sur la base de mes travaux de recherche. En particulier, Billatraining finance des bourses de thèse et de master. L’entreprise propose un service de suivi d’entraînement à plusieurs niveaux de complexité de l’entraînement en ligne jusqu’à l’entraînement basé sur des mesures physiologiques de pointe grâce aux capteurs d’échanges gazeux (VO2max) et d’accélérométrie. Après un audit énergétique de la personne je propose un plan d’entraînement personnalisé.

En résumé, je travaille sur la physiologie de l’exercice et de l’entraînement de l’homme et de l’animal.

Pouvez-vous expliquer vos compétences par rapport à la physiologie du cheval ?

J’ai débuté mon travail sur les chevaux car c'est un animal qui a le même métabolisme que l’Homme, mais à des niveaux supérieurs de puissance qui en font un modèle de super athlète. A durée égale, il court deux fois plus vite que le plus athlétique des humains. S’ils ont le même métabolisme, il faut nuancer cela car ils ont tous les deux des facteurs limitants, chez l’homme c’est la puissance musculaire et chez le cheval c’est le débit ventilatoire.

Le cheval est une proie. L’Homme, lui, peut être une proie et un prédateur. L’Homme est très endurant sur 1000 km grâce à la thermorégulation. J’ai cherché à comprendre ce que font les humains et les animaux spontanément. C’est plus intéressant de voir comment l’animal se régule. De laisser faire. D’étudier chez l’Homme les variations de vitesse spontanées et chez le cheval les caractéristiques de déplacements spontanés en paddock. L’intérêt est notamment, d’estimer l’âge physiologique d’un cheval après 20 ans afin d’apporter une aide à la décision de le mettre à la retraite active ou passive.

Dans le test de Rabit équin, un test issu de celui proposé aux coureurs à pied, le cavalier mène son cheval sur la base d’une sensation facile, moyenne puis dure pour vérifier s’il sent bien son cheval.

Qu’est ce que Horse Run Impulse ?

C’est une association dont la philosophie est de respecter la physiologie d’une personne, du cheval et de travailler sur ses sensations pour éviter d’aller au burn out. Si le cavalier courait lui-même, il aurait lui-même une influence sur son cheval, car s’il sent lui-même cet effort, il respecte plus l’animal. Ainsi, il y a un impact du test de Rabit (test pour mesurer la forme d’un athlète humain, ndlr) sur le cavalier.

J’ai travaillé avec un entraineur de course à Maisons-Laffitte pour déterminer le profil énergétique du cheval suivant l’état du terrain.  Nous avons validé le test Rabit équin auprès de chevaux d’endurance, de galopeurs et de trotteurs.

En fait, j’ai démontré qu’il n’y avait pas besoin de doser l’acide lactique chez le cheval car tout est dans l’analyse de sa locomotion et de sa motricité. En fait, tout est dans la locomotion spontanée. Le cavalier athlète est plus capable de sentir le cheval athlète, car il a lui même ressenti les effets de l’effort sur son corps.

Je suis aidée dans ma démarche à travers Horse Run Impulse par Claire Anson qui a un master en droit éthique, monte en dressage et est propriétaire de l’écurie Chambergeot à Noisy-sur-Ecole (77).

Selon vous, quelles sont les améliorations à apporter à l’entraînement du cheval de sport ?

En endurance ou sprint long comme en cross, il faut travailler sur la spontanéité du cheval. Stimuler son métabolisme sur une amplitude large de vitesses. Le laisser faire, car il connaît l’accélération. Le cheval est une proie, et la fuite, par nature, est une accélération.

L’amélioration passe aussi par l’amélioration de l’entraînement physique du cavalier. Pour être disponible à cheval, il faut en avoir la capacité physique. On peut faire travailler le couple cheval/cavalier dans cet esprit, car le niveau du cavalier influence la conduite du cheval. Un cheval qui récupère mieux va pouvoir tenir une saison.

Quelles sont vos recherches actuelles sur l’entraînement du cheval ?

Nous avons mis au point avec un capteur d’accélérométrie le profil énergétique du cheval et son entrainement personnalisé. Mais, je suis aussi en train de démarrer une étude sur les vieux chevaux pour observer comment ils se déplacent au paddock.

Pouvez-vous nous reparler de l’incroyable Robert Marchand ?

Il est né en 1911. Quand il avait vingt ans, il voulait faire de la compétition à vélo, mais on lui avait dit qu’il avait un trop petit gabarit pour cela. Il a été pompier de Paris, maraîcher… Il a toujours été un peu révolté, mais, il ne s’est pas recroquevillé sur lui. Il est le symbole d’un vieillissement réussi. Il possède un caractère à aller de l’avant et il s’intéresse aux autres. Il est petit avec un cœur qui ventile bien. Je l’ai fait travailler sur la cadence et le bracket pendant trois ans, entre 100 et 103 ans et cela a porté ses fruits.