Hippodrome de Maisons Laffitte, clap de fin
vendredi 27 septembre 2019

Hippodrome de Maisons-Laffitte
La dernière réunion de courses à Maisons-Laffitte est prévue le 29 octobre © Scoopdyga

La rumeur de la fermeture de l’hippodrome de Maisons-Laffitte circulait depuis plus de deux ans. C’est désormais officiel, la fin de l’aventure est prévue à l’issue de la dernière réunion, le 29 octobre 2019.

Inauguré en 1878, cet hippodrome dont Joseph Oller (1939-1922), créateur du Pari Mutuel, est à l’origine, s’enorgueillit depuis près de 150 ans de disposer de la ligne droite la plus longue d’Europe (2000 mètres) avec celle du Rowley Mile Course de Newmarket en Angleterre, et d’une piste en herbe de 4 680 m, le tout en bord de Seine. Le site francilien a été victime d’importantes inondations en 2016, mais aussi des difficultés financières dues en partie à la baisse tendancielle des paris de 2,5% par an, soit près de 2 milliards d’euros depuis environ 10 ans. La sauvegarde de l’hippodrome, propriété de France Galop, a fait couler beaucoup d’encre, et suscité l’émoi, voire la colère au sein de la communauté des entraîneurs. France Galop, qui affirme ne plus avoir des moyens de procéder aux investissements nécessaires pour maintenir à niveau l’ensemble de leurs hippodromes d’Auteuil, Longchamp, Saint-Cloud, Chantilly, Deauville-La Touques et Maisons-Laffitte, plus les centres d’entraînement attachés à ces trois derniers, s’est donc montré inflexible.   

Le point de vue de France Galop 

Matthieu Vincent, directeur depuis un an des hippodromes et centres d’entraînement de Chantilly, Deauville et Maisons-Laffitte l’explique : « Un grand plan de restructuration du centre d’entraînement a été lancé par France Galop. Des travaux de rénovation importants ont été engagés. Actuellement le centre d’entraînement était dimensionné pour accueillir 1500 chevaux, il était très déficitaire. Notre souhait est de le restructurer et de diminuer les surfaces proposées. Nous allons également réduire une partie des pistes, procéder à d’importants travaux de rénovation qui s’avèrent nécessaires en termes de drainage. Une piste sera aménagée en sable fibré de sorte que les entraîneurs puissent travailler tout l’hiver. Les 450 chevaux devraient rester sur place ». 

Alors que sur les réseaux sociaux, les internautes ont « annoncé » de nombreux projets, parfois fantaisistes, de réaménagement du site de l’hippodrome, dont un gigantesque programme immobilier, Matthieu Vincent l’affirme, pour le moment, aucune transformation n’est prévue. « France Galop réaffirme sa volonté de relancer le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte, très important pour les courses parisiennes, en raison de sa proximité géographique avec la capitale. L’hippodrome est situé dans le Parc de Maisons-Laffitte, il est à ce titre hyper protégé, car seuls des projets verts ou hippiques peuvent s’y développer. Nous ne subissons aucune pression immobilière. Pour l’heure, le site restera en l’état, son avenir fera l’objet de discussions ultérieures » conclut-il. 

Le point de vue de la Mairie

Depuis le 28 novembre 2018, la mairie de Maisons-Laffitte, suite à de multiples échanges avec France Galop, a tout d’abord lancé une pétition intitulée « Non à la fermeture de l’hippodrome »,  soutenue notamment par Yves Saint Martin, puis publié plus d’une douzaine de communiqués à ce sujet sur son site. Le Maire, Jacques Myard, estimant cette décision de fermeture « absurde », relate les diverses propositions d’investissements (3 millions d’euros) effectuées dans le cadre d’une convention tripartite (Département, Ville, France Galop) depuis 2012, et s’étonne de l’absence de réaction de France Galop. En mars 2018, la Mairie met en lumière les atouts de l’hippodrome et son impact économique sur la ville.

En mai 2019, une solution semble voir le jour. Il s’agit, en accord avec Edouard de Rothschild, président de France Galop, de créer une société de courses dénommée "Société des courses Hippiques de Maisons-Laffitte" présidée par le maire, qui bénéficierait d’une emphytéose de 99 ans, et dont le déficit (1,7 million d'euros de frais de fonctionnement) serait couvert par la Mairie et compensé par la création d’activités économiques dans les 10000 m² des tribunes, tandis que France Galop s’engagerait à maintenir le programme des courses Premium. Les statuts de la société sont déposés le 4 juillet, puis transférés au Ministre de l’Agriculture, une recherche d’investisseurs est envisagée. Un appel à maîtrise d’ouvrage est lancé.

Le 19 juillet, Jacques Myard s’étonne  que la ville ne soit pas consultée pour la décision d’annuler les courses du 21 et demande à être associée  à l’expertise. Le 1er Août 2019, les socio professionnels se mobilisent pour soutenir le projet de reprise de l’hippodrome par la ville, notamment Serge Tardy, président du Syndicat National des Propriétaires au Galop et Patrick Fellous, Président de l'Association des Propriétaires de l'Ile de France et de la Haute Normandie, et membre du Comité de France Galop, ainsi que l’association des entraîneurs de Galop, présidée par Nicolas Clément, et l'Association des Entraîneurs Propriétaires, présidée par Mathieu Boutin. Le 22 août, Jacques Myard s’étonne des propos du Président Edouard de Rotschild, qui déclare lors de l'assemblée générale de la Fédération des éleveurs que la ville de Maisons-Laffitte n'aurait donné aucune garantie sérieuse pour l'avenir de l'hippodrome.

 « Il y a urgence ! » pointe le maire, qui une semaine plus tard publie un nouveau communiqué qui laisse deviner une situation de blocage entre les parties en présence. Le 5 septembre, une réunion de travail est organisée au siège de France Galop, lors de laquelle sont évoqués les obligations et engagements de chacun. Si Jacques Myard relatait cet échange sur un ton plutôt optimiste quand à l’avenir de l’hippodrome, la décision de mettre un terme à son activité est entérinée par son propriétaire, comme cela a été le cas des hippodromes d’Enghein et d’Evry. Véronique de Balanda, adjointe au maire et épouse de l’entraîneur Jehan de Balanda, regrette ces rumeurs de fermeture qui circulent depuis plusieurs années, et ne facilitent pas le développement du centre d’entraînement, actuellement fort de 42 entraîneurs et permis d’entraîner et de 512 chevaux, dont 456 actifs. Alors que les négociations se poursuivent, Véronique de Balanda en convient, « le projet d’investissement prévu est positif, mais la fermeture de l’hippodrome reste une triste nouvelle, mais les portes ne sont pas fermées définitivement. » Affaire à suivre….   

Pour en savoir plus https://www.maisonslaffitte.fr