Jean-Michel Bazire, le roi des pistes
mardi 03 mars 2020

Jean Michel Bazire et Belina Josselyn
Quelques jours après avoir remporté le Grand Prix de Paris, Belina Josselyn a pris sa retraite mais elle reste l'un des chevaux les plus importants dans la carrière de Jean Michel Bazire © Scoopdyga

Jean-Michel Bazire est l'homme des courses de trot le plus connu de France et pour le monde du trot, il est une légende. A 48 ans, le natif du Mans est toujours numéro 1 sur la cendrée des hippodromes. Vainqueur de plus de 6000 courses et aux 20 Sulkys d’Or, le spécialiste du trot nous fait découvrir la complexité de son métier.

Tel père, tel fils ! Né dans une famille d’entraîneur de trotteurs, Jean-Michel Bazire a très vite suivi les traces de son père. S’il est surtout reconnu aujourd’hui comme le meilleur driver français, le natif du Mans porte aussi la casquette d’entraineur. « C’est un métier ou l’on cumule les casquettes ! On élève les chevaux, on les débourre on les met au travail et ensuite on les fait courir. J’ai la chance de piloter à haut niveau mais je prends un grand plaisir à débuter les chevaux. Si la saison des courses de trot peut se décomposer en deux périodes : le meeting d’hiver de novembre à février à Vincennes et les courses de province de mars à novembre, soigner et entrainer les chevaux c’est tous les jours, le dimanche matin et le jour de Noel compris ! », confiait Jean-Michel. 

Installé au centre d’entrainement de Grosbois lors du meeting d’hiver à Vincennes, Jean-Michel Bazire et son équipe sont le reste de l’année installés dans la ferme familiale à coté de Laval. « Nous avons beaucoup de chevaux à l’entrainement. Tous mes collaborateurs aident à la valorisation des chevaux. Non seulement les membres de l’équipe participent à l’entretient des écuries mais travaillent aussi les chevaux en sulkys. Quand nous sommes à Grosbois nous bénéficions des installations du centre. Lorsque nous sommes à la ferme, nous travaillons sur nos 3 pistes : une ligne droite, une piste de 800m et une piste de 1600m »

Cadence intermédiaire entre le pas et le galop, le trot est une allure que le cheval conserve difficilement à vive allure. L’entrainement d’un trotteur résulte donc de l’apprentissage de combiner de grandes foulées et un équilibre parfait. Si l’apprentissage technique du trotteur est important, c’est le travail cardio respiratoire qui constitue la clef de voûte de la préparation physique du trotteur. « Notre travail principal c’est de muscler le cœur. Les entrainements se font quotidiennement au sulky puis deux à trois fois par semaine nous effectuons des séances à grande vitesse. En parallèle les chevaux font des séances au pas sur des tapis roulants. »

« Les trotteurs commencent l’entrainement plus tôt que les chevaux de selles, à deux ans ils doivent être prêts pour passer l’épreuve de qualification. C’est un test chronométré qui s’effectue sur une distance de 2000m. Une étape incontournable dans la vie d'un trotteur et très attendue car elle permet l'accéder à la compétition », expliquait-il. 

Comme dans les sports équestres, l’évolution du sport pousse les Stud Book à modifier les critères physiques des chevaux. « Morphologiquement, le Trotteur Français est un cheval puissant avec des épaules musclées ; des reins bien développés et avec une croupe longue et large, légèrement oblique. Nous avons rencontré une grande évolution lorsqu’on a apporté du sang américain à nos pedigrees. Ce sont des chevaux qui sont beaucoup plus racés, rapides et sensibles. Aujourd’hui nos chevaux sont plus simples à travailler, l’amélioration constante de l'élevage leur a apporté de la légèreté ce qui les aide à trotter. Les chevaux qui ont le plus d’allure et un trot très développé sont orientés vers le trot monté. »

Interrogé sur le nom du cheval qui aurait marqué plus qu’un autre sa carrière, c’est avec émotion que Jean-Michel Bazire rend hommage à tous ses chevaux qui sont chacun une partie de son histoire. « C’est très difficile de ne prononcer le nom d’un seul cheval, ils ont tous leur histoire ! Mes chevaux sont mes amis, ils ont des peluches dans leur boxes et sont choyés du matin au soir. Je vis chaque course comme un jeu avec eux. Et quand on leur transmet cette envie, le plaisir de courir ils nous le rendent tellement bien. Si je dois vous parler des chevaux qui sont encore dans mes écuries je rendrais un hommage à Belina Josselyn, elle est la plus majestueuse et la plus intelligente. C’est une petite jument avec qui il ne faut pas faire d’erreur de main mais elle nous le rend bien et sans erreur de main, son cœur est au ralentit toute la course. Elle a cette faculté d’injecter toute son énergie dans les derniers mètres. »

Si le trot semble loin des trois disciplines olympiques, Jean-Michel Bazire entraine les quelques trotteurs d’Éric Levallois, grand nom du saut d’obstacles français. « Je suis tellement pris par ma grande passion qu’il m’est difficile de prendre du temps pour autre chose mais j’aime beaucoup suivre les grands événements et championnats. J’ai également quelques chevaux à l’entrainement appartenant à Éric Levallois dont Elie de Beaufour. Élevé par Bertrand de Folleville, ce hongre de 6 ans totalise plus de 200 000€ de gains en s’imposant 14 fois sur 19 sorties. Nous échangeons régulièrement je crois savoir que c’est un grand éleveur, un grand cavalier et je pense avant tout que c’est un homme de cheval et ça c’est ce qui m’importe. »

Si l’inquiétude de la désertion des hippodromes est présente dans l’esprit de nombreux professionnels, c’est transpercé d’émotions que Jean-Michel Bazire nous invite à découvrir au-delà de cette interview cette passion qui rythme sa vie. « Quand vous êtes sur le bord de la piste et que vous voyez les chevaux entrer dans la dernière ligne droite c’est une sensation extraordinaire, sentir le sol vibrer ça donne des frissons. »