Arnaud Evain : "Tous les éleveurs qui souhaitent travailler en ont la possibilité"
vendredi 27 mars 2020

Jument et son poulain
Jument et son poulain © Aurélie Covini

Alors que la crise sanitaire sans précédent impacte de plein fouet le milieu des courses et des centres équestres, le secteur élevage semble pour le moment échapper au désastre et poursuit tant bien que mal ses activités.

Le secteur de l’élevage a été ces deux dernières semaines en proie à quelques atermoiements de nature à inquiéter éleveurs, vétérinaires, centres de reproduction, haras et particuliers. Le 16 mars 2020, le président de la République annonçait des mesures destinées à réduire les contacts et déplacements au strict minimum sur l’ensemble du territoire à compter du mardi 17 mars à 12h00, pour un minimum de 15 jours, soit jusqu’au 1er avril. Consignes et mesures de précautions étaient alors instaurées immédiatement, de sorte que la saison de monte 2020 puisse se poursuivre dans les meilleures conditions. Les éleveurs, munis de leur attestation de déplacement dérogatoire devaient prévoir de se déplacer seuls, prendre rendez-vous pour venir à la saillie afin d’étaler les inséminations dans le temps et éviter les concentrations d’individus à certains horaires, mais aussi transmette préalablement par mail les informations administratives nécessaires à la vérification de l’identité de la jument et à la déclaration de la saillie. Sur place, après avoir pris toutes les précautions d’hygiène requises (nettoyage des mains en amont etc)  ils devaient attendre dans le véhicule qu’un membre du haras se charge de débarquer la ou les juments pour procéder à l’insémination.
Le mardi 17 mars dans l’après midi, bien qu’aucun  décret ministériel n’ait été publié dans ce sens, le Conseil National de l’Ordre des vétérinaires (CNOV) et l’Association Équine Vétérinaire Française (AVEF) publiaient un communiqué stipulant l'arrêt du suivi gynécologique. « Tenant compte de l’évolution de la situation sanitaire actuelle, de la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 et après avoir consulté les différentes parties prenantes, le CNOV et l'AVEF indiquent que les actes de gynécologies non urgents, dont les suivis, doivent être suspendus pour les 15 jours à venir, jusqu'au 1 avril y compris. » A noter, les actes d'obstétrique ou de post-partum, qui peuvent mettre en jeu la santé à long terme ou la survie de la jument ou du poulain n’étaient pas concernés par cette interdiction. La Fédération française des Techniciens dentaires équins (FFETDE) emboîtait le pas aux vétérinaires, et conseillait à tous leurs praticiens de reporter les consultations non urgentes et de mettre leur activité en suspens dans l’attente de nouvelles informations.

Arnaud Evain, président du groupe GFE (Groupe France Elevage) le souligne, « lors de l’annonce de la suspension des actes gynécologiques par l’AVEF, le milieu des courses a réagi immédiatement, car leur calendrier est important. » Pour info, la saison de monte, dont les dates officielles sont fixées par l’IFCE,  débute le 15 février pour se terminer le 15 juillet. « Ils sont intervenus auprès de la DGAN (Direction générale de l'agriculture et de la nature) et de l’IFCE (Institut Français du Cheval et de l’Equitation) et ont mis en place un protocole pour le transfert des juments dans les haras et le fonctionnement de la gynécologie applicable à dater du 20 mars, à signer avant de prendre rendez-vous pour tout acte de gynécologie, qui fixe des consignes aux transporteurs et aux centres de reproduction (détails sur http://www.gfeweb.com). Arnaud Evain le précise, « il s‘agit avant de précautions et de bon sens, mais les vétérinaires sont informés quant aux risques barrière. La saison de monte se poursuit normalement. Les transports de semence congelée se poursuivent, mais en revanche les envois de semence réfrigérée entre la Belgique et la France sont interrompus. Le reste des exportations se fait au ralenti, les éleveurs sont un peu en attente, d’autant que nous en sommes au début de la saison de reproduction pour les chevaux de sport qui bat son plein à partir du 15 avril, mais s’étend selon la volonté des éleveurs qui pratiquent encore des transferts d’embryons en septembre pour ceux qui acceptent d’avoir des naissances tardives l’année suivante. Ils attendent d’en savoir davantage sur l’évolution de la situation, mais tous ceux qui souhaitent travailler en ont la possibilité. » 

Au Haras de Talma (Grandpré 08), les activités se poursuivent également. « Nous n’avions pas arrêté tout de suite après l’annonce de L’Ordre  des vétérinaires, qui était davantage une recommandation qu’une consigne stricte, mais dès que les rumeurs de confinement ont circulé, nous avons immédiatement réagi en mettant en place des procédures de protection adaptées et acceptées par les instances nationales et l’ONV. Même si l’activité n’est pas à l’arrêt, on constate un net ralentissement, notamment de la part des éleveurs amateurs qui sont en position d’attente, mais pour les éleveurs professionnels, rien ne change, nous poursuivons nos transferts d’embryons et nos inséminations, même si nous travaillons davantage sur du congelé et en frais avec les étalons basés chez nous. Toutefois, les transporteurs s’arrêtent tous progressivement de travailler. Il est de plus en plus compliqué de transporter de la semence réfrigérée car les délais sont plus serrés que pour le congelé. A priori, nous espérons avoir le même nombre de juments cette année, même si la saison risque d’être décalée, sauf pour ceux qui reportent leur projet de faire reproduire à l’année prochaine. Actuellement des scenarii se mettent en place pour anticiper la reprise de l’activité. » 

Concernant les Ventes Fences Elite, le calendrier se calera comme d’habitude sur la Grande Semaine de l’Elevage de Fontainebleau. Arnaud Evain l’explique « les tournées de sélection, prévues à partir du 10 mai, seront sans doute décalées elles aussi, mais il est encore trop tôt pour revoir notre programme à ce jour. L’interruption des concours SHF impactera sans doute la saison des jeunes chevaux, notamment des 4 ans, car un certain nombre d’entre eux sont d’ores et déjà repartis à l’herbe. Il est vraisemblable que les éleveurs ne les rentrent pas pour faire quelques parcours et les remettre en pâture ensuite.  En revanche, les 5 et 6 ans peuvent tout à fait faire leur saison en huit semaines. C’est essentiellement l’économie générale qui impactera le secteur cheval, et notamment la perte de pouvoir d’achat des propriétaires et cavaliers qui dépensaient de l’argent dans les chevaux pour leur loisir et vont subir le contrecoup de la crise économique qui s’annonce. La filière du cheval de sport sera davantage impactée par la crise économique que par la crise sanitaire en elle-même. Les entreprises qui souffrent en première ligne sont les centres équestres et les courses. Espérons que l’activité redémarrera comme une plante vivace après l’hiver, mais il est fort probable que le paysage de la filière soit modifié pendant trois à cinq ans. La filière élevage s’attend à des conséquences à plus long terme mais essaye de continuer à fonctionner. »

Comme le reste de la filière, l’élevage est donc à la fois face à la crise et dans la prospective… 

Pour le détail des procédures mises en place dans les centres de reproduction

http://www.gfeweb.com/fr/

https://www.ifce.fr/