Confinement, comment font-ils ?
samedi 21 mars 2020

Sylvie Mouilleseaux du Village Equestre de Conches
Sylvie Mouilleseaux du Village Equestre de Conches © Coll

L’épidémie de COVID 19 qui frappe la France n’épargne pas les établissements équestres. L’Eperon a contacté quelques-uns d’entre eux pour en savoir davantage sur leur organisation.

Edouard Coupérie, entraîneur national adjoint de CSO, également à la tête des Ecuries du Grand Veneur de Barbizon avec son fils Baptiste et Adeline Wirth Nègre, reconnaît avoir la chance d’évoluer dans un environnement privilégié grâce aux chevaux. Alors qu’au tout début de l’épidémie, avant les directives gouvernementales, il proposait des parcours d’entraînement aux cavaliers, Edouard a désormais fermé lui aussi les écuries sauf au personnel qui loge sur place et travaille les 30 chevaux au quotidien. Pour ce qui est de l’interruption de la saison de compétition, Edouard recommande d’être patient, dans la mesure où à ce stade personne ne connaît l’évolution de la situation. « L’important est que tout le monde joue le jeu et reste confiné pour essayer de limiter la propagation du virus. Il faut continuer à entretenir les chevaux à la maison, à les faire sauter régulièrement, selon un dosage situé entre le travail d’hiver et le rythme de la pleine saison de concours. Nous avons monté un parcours sur la carrière en sable, et un autre sur le terrain en herbe. Il faut éviter absolument d‘interrompre le travail et de le reprendre brutalement. Il est important d’entretenir la musculation. »  

A la Société Equestre de Fontainebleau, Catherine Leroy, enseignante, l’explique « nous sommes passés par différents stades depuis quelques jours. Le 12 mars, lorsque le Président de la République a annoncé la  fermeture des établissements scolaires à partir du 16 mars, nous avions décidé de ne plus dispenser de cours aux mineurs, mais seulement aux adultes dès le samedi 14, et de limiter les groupes à dix personnes, instructeur compris. Le lundi 16, nous avons informés tous nos adhérents que l’ensemble des cours était supprimé. Etaient autorisés à pénétrer sur le site, avec des mesures d’éloignement et des créneaux horaires précis  de 2h par personne, les propriétaires des chevaux, qui n’étaient pas autorisés à monter dans les manèges, ni à se côtoyer. Les équipes de soigneurs sont divisées en deux par demi-journées pour éviter au maximum les contacts. Une partie des chevaux (140, y compris les chevaux de l’Ecole Militaire d’Equitation) sont déjà partis au pré, d’autres vont y partir, de manière à soulager le personnel et la manutention. »  Catherine, qui n’assume pas de fonction essentielle au bien-être des chevaux (distribution de nourriture et entretien des écuries) est actuellement en chômage technique total et confinée chez elle. Entre temps, les consignes gouvernementales ont contraint la SEF à fermer totalement ses portes au public. 

Aux Ecuries de la Faisanderie de Fontainebleau, Maylis Rosak, à la tête d’une trentaine de chevaux et poneys, a également fermé son établissement aux clients du club depuis le samedi 14 mars et aux propriétaires le lendemain. « Je m’occupe de sortir leurs chevaux à la longe ou en liberté. Les propriétaires me font confiance. Les poneys d’instruction passent la nuit et la journée dehors, dans nos trois paddocks, avec du foin, de la paille et des bassines d’eau. Je rentre les plus compliqués la nuit. » Maylis anticipe d’ores et déjà une interruption totale d’activité jusqu’à la fin du mois d’avril, période au cours de laquelle se déroulent les stages.

Au centre équestre de Montigny sur Loing, Laurent Praquin a choisi de fermer le club, et de mettre les vingt équidés d’instruction au pré, jour et nuit depuis le dimanche 15 mars. Concernant les 25 chevaux de propriétaires, après une courte période où la FFE a laissé une possibilité d’accès aux écuries aux chevaux en tant « qu’animaux de compagnie », moyennant un planning précis, par groupes de deux, avec accès exclusivement aux installations extérieures, le club house étant fermé, pour garder un semblant de vie aux écuries, suite aux dernières consignes gouvernementales, la mort dans l’âme, il a finalement décidé de fermer totalement ses écuries à toute personne étrangère à la structure. 

Edouard Fiocre, cavalier spécialisé en jeunes chevaux, est installé avec une dizaine de chevaux à l’écurie des H à Montigny sur Loing depuis le début de l’année 2020. Il le précise, l’une des ses pensionnaires, qui avait couru la finale des 6 ans SHF en 2019, est partie prématurément à la reproduction, suite à l’annulation des compétitions. « Par ailleurs, mes séances de coaching à l’extérieur de l’écurie sont annulées, et l’une de mes propriétaires, qui se retrouve en chômage partiel,  m’a informé qu’elle avait décidé de mettre son cheval au pré au moins pour un mois. Il sera délicat de redémarrer la saison. Economiquement, certains de mes 4 et 5 ans étant à vendre, la situation va s’avérer délicate, car commercialement, il n’y a aucune comparaison entre des performances sur des épreuves préparatoires et une saison en cycles classiques qui se clôture sur une finale. Nous profitons de cette période pour accorder une pause aux plus jeunes. Les 6 ans et + pourront rejoindre le circuit national. Certains de mes collègues pratiquent des tarifs réduits pour permettre aux propriétaires de traverser la crise plus facilement. L’essentiel est que les chevaux ne pâtissent pas de la situation. »  

Max Thirouin, cavalier de 5* installé à Pamfou, est totalement confiné dans ses écuries avec sa famille et sa groom. Il le précise, il adopte pour ses chevaux un programme de pleine saison approfondi, dans la mesure où il dispose de davantage de temps pour régler des problèmes, que ce soit sur le plat ou à l’obstacle. 

Au Village équestre de Conches (27), Sylvie Mouilleseaux, directrice technique et responsable des formations, l’explique « Nous avons réagi très tôt, le 13 mars, en stoppant l’activité club dès l’annonce de la fermeture des établissements scolaires. Notre centre de formation a également fermé, et tous les élèves sont rentrés chez leurs parents à l’exception d’un jeune de l’Ile de la Réunion, en confinement total chez nous ainsi que 18 des 34 élèves du sport-études en provenance de régions très infectées dont les parents ont préféré qu’ils restent à Conches. Ils sont considérés comme faisant partie du personnel. Nous avons la chance d’avoir des prés et des paddocks, ce qui nous a permis de mettre 30 chevaux et poneys dehors, nous avons conservé un soigneur à mi temps, et nous une trentaine de chevaux aux écuries pour les sport-étude. Je mets en place les cours théoriques à distance avec les élèves moniteurs dès le lundi 23 mars. La présidente Christine Chéhu a quitté son logement pour venir vivre sur place. Nos classes vertes, à raison de 40 enfants par semaine, sont annulées de mars à juin ainsi que les stages de Pâques. L’objectif est de réduire les dépenses au maximum car nous n’avons plus aucune rentrée et des charges très lourdes car nous sommes une douzaine à temps plein plus les professeurs et les vacataires. Cette crise pourrait bien mettre en péril la pérennité de la maison d’autant que la filière est dans un contexte délicat depuis une dizaine d’années, mais actuellement, la priorité est à la santé. » 

Pour tous les professionnels et dirigeants, outre l’interruption de l’activité d’enseignement et la difficulté de gérer l’ensemble des équidés, des questions se poseront rapidement sur l’impact économique de la crise, malgré le soutien économique annoncé par le gouvernement.