La bombe venue du ministère…
vendredi 24 avril 2020

Illustration cheval
L'annonce inattendue du Gouvernement concernant l'accès des écuries aux propriétaires de chevaux pourrait créer des tensions entre structures et clients © Scoopdyga

L’annonce de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, parue dans l’après midi du 23 avril, a fait l’effet d’une bombe parmi les dirigeants de centres équestres et des propriétaires d’équidés.

Pour rappel, le communiqué, publié hier et à retrouver ici le précise : « Le ministre annonce la possibilité, à partir du 24 avril 2020, pour les propriétaires de chevaux de se déplacer dans leurs prés ou dans les centres équestres pour aller nourrir, soigner ou assurer l’activité physique indispensable à leurs animaux. Ces déplacements sont autorisés si les centres équestres ne peuvent pas assurer eux-mêmes la totalité des soins. Pour cela, les propriétaires doivent remplir l’attestation de déplacement en cochant le motif familial impérieux. Le ministre rappelle, pour autant, que les centres équestres ne peuvent pas accueillir du public, conformément au décret du 23 mars 2020 ; et qu’ils doivent impérativement mettre en place des plannings d’accueils et toutes les mesures sanitaires et de distanciation sociale adaptées à la configuration des lieux pour leurs employés et les propriétaires présents. »

Réponse immédiate de la Fédération Française d’Equitation : « La communication soudaine du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation concernant la possibilité pour les propriétaires de chevaux d’accéder sous certaines conditions à leurs équidés génère beaucoup d’inquiétudes et de questionnements. Cette annonce parue ce jour, sans concertation avec les établissements et dans des délais contraints, alors que la fermeture administrative des structures équestres est toujours en vigueur, devrait être précisée. Nous sommes dans l’attente d’une nouvelle communication du Ministère. »

Jean-Pierre Vogel : "Le bon sens voudrait que toutes les directives soient identiques dans l’ensemble des établissements"

Jean Pierre Vogel, sénateur de la Sarthe et président du Groupe Cheval le souligne, cette réaction du ministère a été générée sous la pression (sans doute des diverses pétitions qui ont fleuri sur la toile et des multiples réactions sur les réseaux sociaux en faveur d’une réouverture des établissements aux propriétaires ndla), sans aucun préavis ni concertation. « J’avais demandé à mettre en place une sorte de foire aux questions et de bien repréciser les choses, mais surtout de déléguer à la Fédération la mise en œuvre de cette autorisation. Le vrai risque est que certains établissements soient désignés comme bouc émissaire car ils refusent de prendre des risques sanitaires, et qu’ils subissent la pression de la part de leurs propriétaires et clients. En début de semaine, on savait que le ministère était en train de réfléchir à assouplir la situation des propriétaires de chevaux. On attendait un message concerté en lien et en accord avec la FFE. Je ne pensais pas que la nouvelle tomberait sèchement et semble-t-il sans aucune préparation, d’où une réaction certainement hâtive pour certains. » 

En attendant des précisions de la part des instances fédérales, il semble que certains ont une interprétation toute personnelle du message ministériel.  Rappelons le, il ne s’agit pas d’une autorisation d’aller monter son cheval, mais bien de lui prodiguer les soins nécessaires en cas de manquement de la part de son gardien. Le doute dans l’esprit des propriétaires vient sans doute de la phrase « assurer l’activité physique indispensable à leurs animaux. » Jean Pierre Vogel l’ajoute, « cette mesure peut aussi concerner les soins particuliers nécessaires auparavant assurés partiellement ou intégralement par le propriétaire.  Certaines personnes restent raisonnables, et envisagent de demander l’autorisation au dirigeant  d’établissement d’aller voir leur cheval une fois par semaine. De nombreux établissements ont demandé un délai pour organiser le volet sanitaire à appliquer à cette mesure qui ne peut être mise en place du jour au lendemain. Il faut au minimum prévoir des plannings, la mise à disposition de gel hydroalcoolique,  un dispositif pour se laver les mains, un sens de circulation, et la limitation du nombre de personnes présentes sur le site en fonction de la taille des établissements. A minima, si les établissements ont réellement besoin qu’un propriétaire vienne soigner son cheval, il faut organiser le cordon sanitaire,  mais l’urgence est d’attendre des compléments d’information de la part du ministre et que le FFE se mette d’accord avec le ministère. Le bon sens voudrait que toutes les directives soient identiques dans l’ensemble des établissements pour éviter les critiques sur les uns ou les autres. » Jean Pierre Vogel lance également un appel à bon sens des propriétaires pour ne pas mettre la pression sur les établissements et de leur laisser le temps d’organiser le respect des consignes sanitaires. « Tous ne seront pas égaux dans cette situation. Il faut impérativement que le ministère se concerte avec la FFE, pour définir un mode opératoire, identifier les différents cas et préciser ce qui n’est pas autorisé, et surtout que l’établissement soit d’accord et en mesure de respecter les consignes sanitaires. Il appartient au ministère de prendre des décisions aujourd’hui ou demain et surtout que tout le monde se mette d’accord. Au bout du compte, les établissements qui refuseront de laisser l’accès aux propriétaires vont devenir des cibles et subir des pressions de leurs propriétaires qui les menaceront de retirer leur cheval des écuries. Il faut absolument protéger les structures. Il est incompréhensible que la FFE soit mise de côté sur une telle décision. Le ministère a mal joué, car ils mettent en porte-à-faux non seulement la FFE mais les établissements. »         

Du côté des quelques établissements contactés ce matin, cette annonce est catastrophique. C’est le cas de Marie Chemin, aux écuries de Montigny sur Loing qui le souligne : « Dès hier soir, les propriétaires nous ont contacté en nous informant qu’ils voulaient venir dès ce matin à 7h. Nous n’avons pas le temps de nous retourner, de mettre en place des mesures, un planning en fonction des gens, des chevaux et des contrats de pension. C’est l’anarchie. Le ministre a mis de l’huile sur le feu. Pour l’instant, nous avons refusé l’accès aux propriétaires. Nous voulons prendre des précautions pour nous comme pour eux. »   

Commentaires


RENAUD L | 24/04/2020 15:32
Mouais... ces événements reposent la représentativité des instances dont il est question et vers qui on se tourne... La FFE est donc l'organisme de représentation des établissements, à grande majorité, professionnels de l'équitation... finalement un syndicat ?... Personne n'en doute, on le constate. Dans tous les autres "métiers", ce sont bien les instances professionnelles qui se font les interlocutrices des pouvoirs publics dans cette période.
La plupart des autres fédérations sportives de notre pays sont donc des fédérations de pratiquants... mais pas chez les cavaliers, fussent ils propriétaires de leur cheval ou pas...
Cette réflexion reste malgré tout indépendante de l'imbroglio généré par cette annonce du ministère de l'agriculture...
Bon confinement à tous...