Le message de Jean Pierre Vogel aux dirigeants...
mercredi 25 mars 2020

Jean Pierre Vogel
Jean Pierre Vogel © Coll.

Jean Pierre Vogel, sénateur de la Sarthe, président du Groupe Cheval au Sénat, et à la tête d’un cabinet d’expertise comptable spécialisé dans la filière cheval, nous a accordé un entretien téléphonique pour faire un point sur la situation des établissements équestres.

Ces derniers jours, les différents ministres ont annoncé des mesures destinées à amortir le choc économique sans précédent qui touche les entreprises, dont celles liées au cheval. Jean Pierre Vogel le précise, « les mesures gouvernementales concernant les reports de charges (et non annulations ! ndla) s’appliquent à tous les corps de métiers, y compris ceux de la filière équine, de même que celles concernant le chômage partiel des salariés. Toutefois, il faut rester prudent car pour l’instant ni les modalités d’obtention des aides, ni leur montant ne sont précisés. Elles risquent de s’appliquer aux milieux de l’artisanat, du commerce et de l’industrie, mais pas forcément aux libéraux, même si des mesures particulières seront destinées aux agriculteurs dont font partie les centres équestres. Ces mesures ne concernent bien sûr pas les nombreux dirigeants qui n’emploient pas de personnel. Certains risquent tout simplement d’arrêter de payer leurs charges, et de déposer le bilan dans deux mois. Cette option risque de toucher plusieurs milliers d’entrepreneurs, malgré les annonces optimistes de Bruno Lemaire qui assure qu’aucun dépôt de bilan ne sera à déplorer. Certains vont préférer cette solution, plutôt que d’assumer des dettes contractées au cours de cette période pendant des années, effacées en cas de dépôt de bilan. » 

Jean Pierre Vogel le déplore tous les acteurs de la filière sont touchés, y compris les maréchaux ferrants, fabricants et marchands d’alimentation, de matériel, de sellerie ou transporteurs, et il se dit pessimiste quant à la survie des établissements équestres suite à cette crise sanitaire. « Quelles que soient leurs dimensions, toutes les structures sont affectées par une absence de chiffre d’affaire en provenance des cours, stages, classes vertes et entraînements à la compétition. A l’heure actuelle, seules les rentrées venues des pensions de chevaux sont maintenues. Avant le début de la crise sanitaire, les dirigeants des petites structures affichaient déjà un revenu mensuel très faible (voir dossier « Peut-on vivre du cheval » dans l’Eperon n° 382) estimé à une moyenne de 500 euros par mois, n’auront plus aucun revenu. Ils n’ont par ailleurs pour la plupart aucune économie, dans la mesure où ils ont tout investi dans les installations, les chevaux, le matériel ou les véhicules. Certains clubs ont même instauré sur les réseaux sociaux une cagnotte pour tenter de collecter des fonds. Par ailleurs, tous sont tenus de continuer à entretenir leurs chevaux d’instruction, même s’ils sont au pré, pour ceux qui ont la chance d’avoir cette possibilité. Seules les structures moyennes auront une chance de s’en sortir. Quant aux structures importantes, les charges d’entretien des chevaux et de personnel restent identiques ou presque.

Et après …

Selon Jean Pierre Vogel, « la problématique, en sortie de crise, sera le pouvoir d’achat des cavaliers. Il est vraisemblable que de nombreuses entreprises devront faire face à une baisse de fréquentation, et donc de chiffre d’affaires, dans la mesure où les gérants de restaurants, bars et commerces, artisans et entrepreneurs de toute sorte qui composent la clientèle des centres équestres, et encaissent des annulations de contrats en cascade, sont eux-mêmes dans une situation très difficile. Après la crise, on est en droit de se demander si les partants en compétition seront aussi nombreux qu’auparavant, car bien des propriétaires risquent de vendre leurs chevaux, ou de les mettre au pré, soit un coût annuel moyen de 2000 euros, sans compter l’achat du terrain, l’entretien des clôtures et autres charges. Cette filière était déjà fragilisée. Il est probable que les très petites structures à la limite de la rentabilité vont disparaître les premières. » 

Alors que Serge Lecomte, président de la FFE l’annonçait hier (24 mars) dans un communiqué, la filière perd environ 30 millions d'euros par semaine, Jean Pierre Vogel l’affirme, la filière courses n’est pas mieux lotie, avec des pertes en produits nets de 12 à 15 millions d'euros hebdomadaires, soit 60M€ par mois, à considérer comme une perte pour l’Etat également, soit à peu de choses près la somme que le PMU redistribue aux sociétés mères chaque année en gains, et qui alimente le Fonds Eperon.

Actuellement, les Groupes Cheval de l’Assemblée Nationale et du Sénat s’apprêtent à adresser un courrier à Gérald Darmanin, ministre du budget et des comptes publics, pour alerter le gouvernement sur les risques encourus par la filière cheval au sens large. Alors que le Sénat a voté récemment un budget d’aide aux entreprises de 45 milliards d’euros, Jean Pierre Vogel anticipe des besoins nettement supérieurs, de l’ordre de 80 à 100 milliards d’euros, à fonds perdus pour l’Etat, sans compter les 300 milliards d’euros de garantie bancaire à 90% sur les emprunts. « Certaines entreprises contractent d’ores et déjà des emprunts auprès de la BPI (Banque Publique d’investissement) pour financer les pertes de chiffre d’affaire qu’ils anticipent. Le problème reste le montant des charges fixes, combiné à l’absence totale de rentrées et de trésorerie. »

Le sénateur conseille aux dirigeants de mettre en œuvre immédiatement les démarches nécessaires aux demandes de report de charges et de chômage partiel de leurs salariés (en s’adressant à leur comptable ou à leur centre de gestion ndla) pour assurer le minimum de trésorerie nécessaire pour parer aux besoins vitaux de leurs chevaux. Certains pourront également demander le report des charges sociales de l’exploitant. Jean Pierre Vogel le souligne, certains fournisseurs risquent de se montrer frileux quant à la sécurité financière de leurs clients, et d’opérer un tri parmi eux en exigeant un règlement immédiat à la livraison. « Le jour où le confinement sera levé, il conviendra de s’interroger sur la manière de faire repartir son activité. La pratique de l’équitation risque bien de ne plus être la priorité pour de nombreux clients et parents de cavaliers. Par ailleurs, la fin de la crise devrait coïncider à peu près avec la fin de la période scolaire. Il est bien possible que les gens aient d’autres préoccupations que l’inscription de leurs enfants aux stages d’été et autres championnats, d’autant que les circuits de compétition sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Les grands rendez vous de l’été risquent également d’être reportés, voire annulés, dans la mesure où les enfants ne peuvent pas s’entraîner actuellement, et que les qualifications n’ont pas lieu. Il n’est pas question de les remettre à cheval juste avant les grosses échéances. » 

En attendant la sortie de crise inédite, Jean Pierre Vogel souhaite aux dirigeants et professionnels de la filière beaucoup de courage et les assure de son soutien. 

Pour en savoir plus sur les mesures mises en place 

Service Ressources de la FFE https://www.ffe.com/ressources 

Institut du Droit Equin https://www.institut-droit-equin.fr/

Groupement Hippique National https://www.ghn.com.fr/

Mutualité Sociale Agricole https://www.msa.fr

Commentaires


Géra B | 27/03/2020 16:38
Réaliste, cette analyse est juste et malheureusement annonciatrice de beaucoup de "casse" dans la filière.
Les petites entreprises et les indépendants (qui, réunis représentent beaucoup, beaucoup de monde), ne s'en relèveront pas. Les mesures actuellement annoncées ne concernent pas tous les profils de professionnels. Bon nombre d'entre elles sont inadaptées et/ou excluent nombreux professionnels libéraux.