Manu Bigarnet : "L'incertitude ruine nos métiers artistiques"
lundi 29 juin 2020

Manu Bigarnet
Manu Bigarnet © Elisabeth Gillion

Après le confinement, L'Eperon a pris la température auprès des différents acteurs du secteur équestre. Cette fois-ci, c'est au tour de Manu Bigarnet de parler de ses formations et de son projet d'opéra équestre, pour le moment suspendus.

Manu Bigarnet propose des stages de découverte et de perfectionnement à l'Ile de Ré via Ardevac (association école de cirque équestre et d'acrobatie à cheval, par ailleurs diffuseur de spectacles). "Les stages se tiennent pendant les vacances avec nos traits et deux mules. Notre activité estivale est bien installée mais elle dépend du tourisme international, on a des élèves qui viennent de l'autre bout de la terre depuis des années, et dont le niveau est excellent. Avec eux je prévoyais des ateliers et des présentations au public. S'ils ne sont pas là, on travaillera avec des débutants car le spectacle équestre attire toujours du monde, mais on ne peut pas imaginer de vrai spectacle." 

Bref l'incertitude règne: Ardevac passera l'été plus ou moins normalement, à condition de pouvoir accueillir sous son chapiteau assez de public pour équilibrer les prestations... Mais pour le moment rien n'est encore fixé. La tendance est bonne, la demande constante et de nouveaux comportements post-pandémie apparaissent: des familles entières se mettent à la voltige ensemble. "On sent que ces parents veulent une vie plus pleine, plus intense, plus sereine."

Plus largement, Ardevac, certifié comme centre de formation professionnelle des techniques et de l'interprétation des arts équestres, a mis sur pied des formations qualifiantes sur deux ans mais, dans ce contexte où les spectacles se raréfient, qui va se lancer dans une carrière aussi aléatoire? L'incertitude règne sur le recrutement.

Encore plus grave est l'incertitude à propos du projet d'opéra qu'il prépare avec le chef d'orchestre Marc Minkowski, directeur général de l'opéra de Bordeaux et spécialiste de musique baroque. "Si cela n'aboutit pas, notre crédibilité, notre réputation sont en cause et le travail des chevaux sera perdu." Marc, cavalier, a redécouvert l'équitation à Ré avec les chevaux de traits de Manu, son voisin et ami. Et comme il est grand, son choix s'est porté sur des shires et des clydesdales. "Ces destriers géants, aussi doux qu'athlétiques, ont vécu en musique durant des siècles, à la cour, à la guerre. Ils sont naturellement cadencés, leur rythme suit naturellement la musique. Ils donnent envie de mettre leur complicité avec la musique en spectacle", explique le chef d'orchestre. D'où son idée de monter un opéra équestre sur l'Angleterre à l'époque du compositeur Purcell. 

Depuis quatre ans, Manu travaille quatre montures de Marc et il a déjà fallu se séparer d'une 5e bien qu'elle ait un rôle essentiel dans le spectacle. "On doit absolument jouer cet automne car les chevaux sont prêts." Des sommes importantes ont été engagées en plus de l'entretien des équidés. A côté de la recherche de mécènes pour financer l'opéra, les deux amis envisagent aussi de produire une oeuvre réduite qui puisse tourner rapidement dans plusieurs villes. "C'est la nature même de l'artiste qui est niée par la situation car on finit toujours par vivre sur un plan B en réduisant nos ambitions, alors que notre longue recherche d'un style nouveau est créative et innovante, alors qu'on est obligé de se projeter loin en avant quand on crée avec des chevaux. L'incertitude ambiante nous empêche de planifier", déplore Manu.

Haras du Passage à Loix -Ile de Ré.

Ardevac et compagnie of k'horse.

www.ardevac.net