Steve Guerdat et Isabell Werth : "S'adapter à toutes les situations et en tirer le meilleur"
mercredi 29 avril 2020

Steve Guerdat et Isabell Werth
Steve Guerdat et Isabell Werth © Scoopdyga

La FEI est allée à la rencontre de deux champions, deux numéro un mondiaux dans leurs disciplines respectives, Isabell Werth et Steve Guerdat. Tout aussi différents qu'ils soient, ces deux cavaliers portent un regard lucide sur la crise sanitaire qu'affronte le monde ces dernières semaines.

Le temps de quelques minutes, Isabell Werth et Steve Guerdat ont parlé de bien des choses : de chevaux, d'amitié, de leurs idoles respectives que sont Reiner Klimke, Margot Otto-Crepin, le Dr Schulten-Baumer et Nicole Uphoff pour Isabell, Michael Jordan et John Whitaker pour Steve. Il était aussi difficile de ne pas parler de la pandémie de Covid-19 qui affecte la planète et qui n'épargne pas le monde équestre. De son côté, l'Allemande cherche plutôt à mettre ce temps à profit, "j'essaye de retirer le bon dans tout cela. J'ai plus de temps pour me concentrer sur mes jeunes chevaux, plus de temps pour ma famille, pour tous les chevaux, pour les écuries. Avec l'arrivée du printemps il y a tant à faire." En Suisse, le confinement est différent (cf notre interview avec le journaliste suisse Alban Poudret ici) mais il impacte également la vie professionnelle et personnelle de Steve, puisque son mariage avec la cavalière tricolore Fanny Skalli, initialement prévu en mai, a été repoussé. Pour autant, Steve n'est pas du genre à se plaindre et relativise quant à son mode de vie privilégié. "Personne ne parle des millions d'enfants autour du monde qui  n'ont pas d'eau potable à boire et qui meurent de faim tous les jours. Nous pensons seulement à la façon dont nous allons pouvoir retourner en concours, comment on va payer notre Mercedes, comment on va acheter une nouvelle voiture, un nouveau camion et de nouveaux chevaux. Les pauvres affrontent une crise tous les jours. Dans les pays riches, nous devons affronter la pandémie mais il n'y a pas de raison d'avoir peur. C'est une expérience que nous vivons tous. Nous devons donc regarder vers l'avenir et peut-être penser à faire les choses différemment."

L'un comme l'autre avaient des titres à défendre lors de la finale de Las Vegas mais ils devront attendre 2021. Ce n'est que partie remise pour les deux cavaliers qui comptent sur des piquets de chevaux des plus fournis. Pour Isabell, Bella Rose, Weihegold et Emilio, répètent leurs gammes aux côtés de la relève représentée par le splendide Belantis ou la sérieuse Superb, et de ses anciens cracks comme le champion du Monde Satchmo qui profite d'une paisible retraite dans les installations de sa cavalière. Weihegold sera attendue sur la prochaine finale Coupe du Monde et pour cause, elle est invaincue depuis trois années de suite ! "Elle dit "dis moi juste ce que j'ai à faire et je le ferai !" Aucun autre n'est comme elle, elle peut être une bonne petite jument calme et en un instant, elle se transforme en une sérieuse compétitrice". Quant aux Jeux Olympiques de Tokyo (s'ils ont lieu, lire ici). Isabell devrait porter sa préférence sur sur Bella, la jument avec qui elle remportait l'or aux Européens de Rotterdam l'été dernier et à qui elle porte une affection toute particulière. "Bella est fière, c'est une vraie dame. Elle sait à quel point elle est bonne et à quel point je l'aime. Le seul problème c'est qu'elle veut toujours en faire plus. Elle doit se dire "pourquoi elle ne me laisse pas courir comme je le veux parce que je pourrais aller bien plus vite ! " Lorsque je l'emmène en balade, ce n'est jamais assez pour elle, au bout de quelques mètres elle veut forcément galoper !", raconte elle.

Steve non plus ne tarit pas d'éloges sur les chevaux avec lesquels il a évolué. En tête Jalisca Solier, "elle m'a fait franchir une grande étape dans ma carrière (...) elle se donnait toujours à 200% pour moi, elle était le cheval le plus gentil que l'on puisse trouver" et Nino des Buissonnets "ce qui était génial avec lui, c'est que quand je voulais être sans-faute, je l'étais 95% du temps", mais également Tepic La Silla, que Steve qualifie comme l'un des meilleurs chevaux de l'histoire. "Je l'ai monté seulement pendant trois ou quatre mois et j'ai gagné ma première médaillé aux championnats d'Europe de Donaueschingen en 2003 et plusieurs Grands Prix. Il appartenait au Mexicain Alfonso Romo et j'aurais aimé le garder plus longtemps mais je me sens déjà privilégié d'avoir pu le monter sur quelques concours parce qu'il était incroyable. Il avait absolument tout, pour moi il était vraiment le meilleur." La passion du Suisse pour ses chevaux ne donne pas trop de doute. "Ils donnent tellement et n'attendent jamais rien en retour. Nous essayons de leur offrir autant que nous le pouvons, même s'ils ne le demandent pas ! Ils sont incroyablement loyaux et ils ne trichent jamais."

En ces temps particuliers, Steve appuie : "il s'agit d'apprécier la vie avec vos amis et votre famille (...) c'est différent de tout ce que nous avons pu affronter avant, mais c'est aussi ce qui fait l'essence du sport. Vous devez vous adapter à toutes les situations possibles et en tirer le meilleur."