Deborah Smaga, une dirigeante impliquée qui a goûté au haut niveau
vendredi 31 janvier 2020

Quatrz Rouge et Deborah Smaga 2020
Deborah Smaga et Quartz Rouge devant le manège du poney du club du Viel Orme. © Claude Bigeon

Dirigeante du Poney-club du Viel Orme à Rambouillet Deborah Smaga est membre du bureau du Comité régional d’équitation d’Ile-de-France (CREIF) depuis deux ans, lors de l’élection à la présidence d’Emmanuel Feltesse. Elle a goûté au haut niveau comme propriétaire de Quartz Rouge. Elle connaît bien le terrain et les enjeux actuels. Rencontre avec une professionnelle impliquée.

L’Eperon : Quelles sont vos différentes implications au niveau du CREIF ?

Déborah Smaga : Je suis responsable filière au niveau du bureau du CREIF, l’idée est d’apporter une vision transversale aussi bien élevage, sport… Je suis également à la commission CSO et à la commission spectacles. Au niveau fédéral, je fais partie du comité poney.

En quoi consistent vos actions au sein du CREIF ?

Des réunions… (rires). L’objectif c’est de monter des projets, développer des actions au service des clubs. Aider les clubs, faire avancer l’équitation, montrer qu’il y a plein de choses à faire autre que du CSO ou les disciplines classiques. Les gens sont demandeurs dans les clubs. Il faut arriver à se diversifier sans partir dans tous les sens. Au niveau du CREIF, le but c’est d’essayer d’être à l’écoute du terrain pour faire remonter les infos.

Quels exemples pouvez-vous donner ?

Il y a eu l’Equirando pour développer le tourisme équestre. Ça a été un gros projet pour montrer qu’en Ile-de-France, il y a aussi du tourisme équestre, des chemins équestres. En CSO, on a vraiment lancé le Grand régional depuis un an, avec une nouvelle formule par équipes de deux personnes. C’est un circuit extérieur qui démarre fin mars et se termine par une finale durant deux jours en d’octobre à Jardy. Les concours ont « candidaté » pour faire partie du circuit, mais c’était pour la plupart des concours existants. Il y a un cahier des charges et les organisateurs jouent vraiment le jeu. C’était la première année en 2019 qu’il y avait un circuit Grand régional en Ile-de-France, avec un système de calculs de points et une finale. Le 8 mars, il y aura un Ride and run et un bike and run aux Bréviaires, le 21 juin des courses poney à Rambouillet….

Quel est le bilan de cette première édition du Grand régional de CSO d’Ile-de-France ?

On était vraiment satisfait. Je crois qu’on avait plus de trente équipes inscrites et qui avaient envie de recréer des équipes. On vient de relancer un nouvel appel à candidatures pour le circuit 2020. C’est un circuit qui est copié en partie sur le modèle du Grand National. C’est un circuit amateur pour chevaux qui se court par des équipes de deux cavaliers sans contrainte d’âge. Ce sont deux cavaliers amateur ou pro qui choisissent la catégorie dans laquelle ils courent. Et quel que soit le niveau le nombre de points gagnés est équivalent. Ainsi, même ceux qui montent les petites épreuves ont une chance de gagner le circuit. Les catégories se déclinent de l’Amateur 3 à l’Amateur Elite et Pro2. 

Est ce que le règlement est identique dans chaque région ?

Chaque région met sa patte et essaie de faire en fonction de ce qui peut correspondre à ses cavaliers, à ses organisateurs. 

Y a t-il une demande particulière du terrain, des clubs, des organisateurs ?

Je reste très attachée aux Yvelines et je suis aussi au Comité Départemental, présidé par Vincent Klein. En fait, l’idée est que les acteurs du terrains se rendent compte qu’on est dans ces institutions pour leur intérêt. Maintenant, ils commencent à nous connaître. Quand ils ont un problème, ils nous appellent, quand ils nous croisent ils nous parlent de tel ou tel souci. Ils apprécient par exemple les formations. Du coup, il y a du lien qui se crée et ça permet d’avancer. J’ai la sensation qu’il y a vingt ans, les clubs, les dirigeants, les enseignants avaient l’impression qu’on ne faisait rien pour eux, alors que c’est pour eux. L’idée, c’est d’avancer tous dans le même sens et de faire au mieux pour tout le monde.

Est ce que vous pensez qu’il y a une problématique propre à l’Ile-de-France ?

Nous sommes différents, c’est sûr. Déjà, nous sommes dense, nous avons beaucoup de clubs. Dans les Yvelines, il y a cent-cinquante clubs et cela le place en tête des départements d’Ile-de-France. Ainsi, pour le CSO, nous avons beaucoup de concours qui sont complets tous les week-ends, donc il faut s’engager à l’avance. D’autant que nous avons de très bons organisateurs, mais la plupart n’ont qu’une seule piste.

Quels sont les autres projets d’actualité du CREIF ?

Il y a toujours sur le feu le projet au Haras des Bréviaires. Nous avons fait une proposition de Maison du cheval, en regroupant des bureaux, des institutions. Mais, tout cela dépend du Conseil départemental des Yvelines. Le département est intéressé par le tourisme vert, par tout ce qui est en lien avec la nature. C’est surtout Emmanuel Feltesse qui suit ce dossier pour le CREIF, et nous espérons qu’il aboutira. Il y a aussi un projet pour lequel je ne suis pas concerné directement, c’est celui Grand Parquet de Fontainebleau.

Depuis la nouvelle présidence du CREIF, est ce qu’il y a un changement dans le fonctionnent du CDEY ?

Je pense qu’on est plus proche du CREIF qu’avant. Parce que la demande d’Emmanuel c’était que dans chaque comité directeur descomitaux départementaux d’équitation d’Ile de France, il y ait un référent CREIF. Je le suis pour les Yvelines et je fais le lien. Il est proche des présidents de chaque département. Il y a un souhait de maillage pour qu’il y ait du développement dans les départements et que l’on puisse faire rayonner la région tous ensemble.

Depuis combien de temps êtes vous professionnelle?

Je suis hors d’âge… (rires). Je suis BEES1 depuis 1994. Et je suis installée ici depuis 1997. Au début, je ne m’occupais que de la partie propriétaires et de l’équipe compétition du poney-club. J’ai repris toute la structure en 2005. Je me suis beaucoup redynamisée sur le poney club depuis que Quartz Rouge est à la retraite, c’est-à-dire depuis trois ans. Il y avait un besoin, car la période n’était pas évidente pour les clubs, entre la TVA et les rythmes scolaires… Il a fallu mettre un bon coup de collier. On s’est beaucoup bougé avec la Fête du poney qui a lieu entre fin mai et juin au niveau national, depuis trois ans. Nous proposons une journée avec un système de portes ouvertes interactives et nous avons rassemblé plus de 400 personnes avec des petits parcours, de la découverte de la voltige…

Combien de personnes montent chez vous, au Poney club du Viel Orme ?

Nous avons 170 licenciés. Ce n’est pas une grosse structure, mais je suis contente. Je suis déjà montée à près de 200. J’ai 26 poneys pour le poney club. Je sais que c’est trop mais c’est un choix assumé, car je souhaite en avoir de toutes les tailles, qu’il y ait de la variété pour que je puisse faire changer les enfants régulièrement de poney. J’ai des élèves à partir de 4 ans jusqu’aux adultes, parce qu’il y a aussi des mamans. 

Comment est-ce que vous pourriez résumer votre approche au sein de votre poney club ?

Familiale. C’est important. Il faut que les gens se sentent bien. Qu’ils sentent qu’on est ouvert à la discussion, à l’écoute, attentionné.

Depuis que vous vous êtes plus investi dans votre poney club, quel est votre taux de turn-over ?

Dans les chiffres je suis bonne. Je fidélise, mais c’était déjà le cas avant. Mon problème, c’était plutôt mon taux de nouveaux qui n’était plus assez bon. La Fête du poney m’a permis de recréer cela, c’est-à-dire de faire venir des gens qui habitent à proximité mais qui ne savaient pas qu’il y avait un poney club près de chez eux. Il faut que nous sortions de nos structures pour aller chercher de nouveaux cavaliers. Il y a vingt ou trente ans, les gens qui voulaient monter à cheval venaient nous chercher. Maintenant, il y a tellement d’activités et de choix, il faut qu’on soit aussi présent que les autres.

A votre avis comment est ce que vous attirez des nouveaux cavaliers : par un contact physique ou virtuel ?

Plus par un contact physique. Je pense que le lien est important. L’année dernière j’ai participé à beaucoup de fêtes de quartier, de fêtes de centre de loisirs, ou dans les fêtes d’école, même si c’est compliqué de faire rentrer les poneys dans les écoles. Rien ne remplace le contact. Le lien entre les gens et le lien avec l’animal.

Où en est l’équitation scolaire dans les Yvelines ?

Il y en a toujours. Le problème, c’est qu’il faut que les professeurs des écoles soient moteurs. Parce que les dossiers sont tellement lourds à monter, les demandes tellement compliquées. Il faut qu’ils arrivent à convaincre leur directeur d’écoles, il faut qu’ils aillent chercher les fonds. J’avais une classe qui venait tous les ans, mais la professeure des écoles est partie à la retraite. Donc, depuis un an et demi, je n’ai plus d’élèves de l’école, qui est pourtant située dans ma rue.

Est ce que l’équitation scolaire vous a apporté des cavaliers ?

Oui, toujours. Quelques uns montent à l’année. Quelques uns montent durant les stages. Mais l’autre chose magique, aussi bien pour les professeurs des écoles que pour nous, c’est que l’on découvre les enfants différemment. Ils les voient évoluer grâce aux chevaux. Et, ce ne sont pas les mêmes qui sont meneurs. Et surtout, cela permet de valoriser certains. L’animal remet un peu tout le monde à égalité et cela crée d’autres dynamiques très intéressantes pour la classe et pour le professeur.

Est ce que les J.O. de 2024 pourraient avoir un impact sur la pratique de l’équitation les Yvelines ?

On espère. Et en plus de Versailles, le pentathlon moderne pourrait se dérouler en partie au Haras des Bréviaires. Avec l’épreuve d’équitation normalement au Haras des Bréviaires, la natation à Rambouillet… Pour l’instant c’est un projet. Un club de pentathlon moderne vient de se créer, à Rambouillet, en septembre denier.

Vous avez passé trois ans à haut niveau, comme propriétaire de Quartz Rouge, qu’est ce que cela vous a appris ? Comment vivez vous votre vie de professionnelle depuis ?

J’ai eu la chance par mon parcours de côtoyer différents cavaliers, donc je savais déjà ce qu’était le haut niveau. C’est vrai que là c’était beaucoup plus de l’intérieur qu’avant. Mais, tout cela ne change pas ma vie de professionnelle de l’équitation. Les chevaux il faut s’en occuper, que ce soit les poneys ou le cheval de haut niveau, ils ont besoin d’attention, ils ont besoin de travailler… Cela a été une expérience assez magique. On a été sur tous les plus beaux terrains du monde. On a parcouru la France, l’Europe et au-delà puisque nous avons fait Calgary, Hong-Kong. C’était assez extraordinaire. Le haut niveau, ce n’est pas facile, cela coûte cher. C’est dur, mais comme tout sport à haut niveau. Il y a peu d’élus.

Est-ce que cette expérience vous fait voir la vie différemment ?

Non. Pour moi la vraie vie c’est plus les pieds dans la sciure à donner des cours et aller avec les élèves en concours le week-end. Le haut niveau c’est génial, mais c’est ce qu’on appelle le strass et les paillettes. J’ai eu la chance de participer comme compétitrice à beaucoup de concours, j’ai été aussi en équipe de France à poney. Dans une pratique avec un animal et dans le sport il y a des hauts et des bas et il faut les accepter. Par contre, maintenant je suis plus intéressée par mes élèves, ma structure que d’essayer de retrouver un cheval pour faire du haut niveau, parce que cela demande beaucoup d’investissements aussi bien personnels que financiers.

Comment les gens du club ont vécu cet épisode à haut niveau avec Quartz ?

Comme Quartz habite au club, une bonne partie des gens du club suivait les épopées de Quartz. Et d’ailleurs, là comme il part à la monte, on me demande quand il reviendra. C’est amusant car Quartz fait partie de la vie du club.

Avez-vous appris de cette période à haut niveau avec Quartz ?

On apprend tout le temps encore maintenant. Je continue à me former dès que j’ai l’occasion. Au CREIF, nous organisons des formations. Et notamment je suis à l’initiative d’une formation qui s’appelle « La pédagogie positive » animée par Charlotte Rabouan pour nous aider à mieux communiquer avec nos élèves.

C’est fini, le militaire qui crie au milieu de la carrière ?

Je pense qu’il faut du mixe… (rires). Je suis sûre que nous pratiquons un sport où il faut un minimum de cadre. A nous de nous améliorer, effectivement pour faire attention aux formulations que l’on utilise qui ne font pas l’effet que l’on voudrait… En revanche, dans la pratique il faut enseigner les bons gestes techniques, comme dans tout sport technique.

Une des particularité de l’équitation, c’est qu’il arrive que des enfants arrêtent parce qu’ils se sont fait peur...

Je pense que la notion de peur peut exister dans d’autres sports comme à ski, à moto, tous les sports où il y a un peu de vitesse, de prise de risque. Les clubs se sont énormément améliorés. La cavalerie est adaptée aux débutants depuis au moins dix ans. On s’est rendu compte que si on voulait garder les élèves débutants, il ne fallait plus qu’ils tombent. Il faut avoir conscience que sur l’ensemble des cavaliers de nos clubs, il y a sans doute 80 à 90 % qui ne feront pas de compétition et ceux-là ils viennent uniquement pour se faire plaisir. Maintenant je pense qu’on peut se faire plaisir tout en restant dans un cadre avec des règles… notamment de sécurité.

Qu’est ce que vous avez appris depuis que vous êtes impliqué au sein de CREIF ?

J’ai pris conscience de l’importance d’avoir du lien avec les élus locaux. Grâce au CREIF, l’Equirando… Nous avons été obligé de créer du maillage, de rencontrer les élus. Et je me suis rendue compte que cela avait beaucoup d’importance. Ainsi, quand j’ai organisé une fête au club avec un spectacle, pour les vœux de fin d’année, nous avons invité le premier adjoint au maire… cela permet de montrer que l’équitation existe, de rappeler qu’elle s’autofinance à l’heure actuelle, pour que les élus soient à l’écoute quand nous avons des demandes.