Henry Blanc nous a quittés
mercredi 18 novembre 2020

Henry Blanc
Henry Blanc © Anne-Sophie Flament

Le 16 novembre 2020, Henry Blanc, personnalité majeure de la filière, disparaissait dans sa 94ème année.

C’est en région lyonnaise, dans une famille où naissent des trotteurs, qu’Henry Blanc voir le jour en 1927. De 1947 à 1949, il poursuit ses études d’ingénieur agronome à Paris tout en montant à cheval à l’école militaire, puis effectue son service national dans les blindés avant d’être nommé  surveillant à l’école du Pin de 1952 à 1957. Ses camarades élèves officiers le nomment président de leur syndicat. Particulièrement brillant en dépit de son jeune âge, et doté d’un sens politique exceptionnel, Henry Blanc parvient, dès la fin des années 50, à faire voter un amendement à un projet de loi de finances pour maintenir le corps des officiers des Haras dont la suppression était envisagée. Edgard Pisani, ministre de l’Agriculture de 1961 à 1966,  décèle rapidement les qualités du jeune homme, qu’il nomme à la tête du bureau de l’équitation des Haras Nationaux jusqu’en 1962. Alors que les premiers centres équestres voient le jour, grâce aux chevaux et aux cavaliers militaires de retour d’Algérie et du Maroc, nations désormais indépendantes, Henry Blanc publie un rapport intitulé « l’équitation populaire », dans lequel il préconise la rigueur dans la gestion des hippodromes, la défense du monopole, le soutien des races chevalines, le développement de l’équitation populaire, sa diversification, et pointe la nécessité de développer des programmes de recherche sur le cheval. A cette époque, la Fédération tire l’essentiel de ses ressources du ministère des sports et des Haras Nationaux, tandis que les prélèvements sur les courses, en plein développement, financent en partie l’élevage et 100% des compétitions, dont celles de concours complet. Grâce à Henry Blanc, les budgets alloués à la filière seront déplafonnés. Ardent défenseur de l’équitation pour handicapés, scolaires et comités d’entreprises dans le cadre d’une politique de diversification soutenue par les Haras, Henry Blanc fait figure de visionnaire en soutenant la naissance du tourisme équestre et du mouvement poney à laquelle la Fédération oppose une farouche résistance. De 1963 à 1967, il est nommé sous directeur du Haras du Pin, puis rappelé au Ministère en tant qu’adjoint à la prospective du cheval pendant trois ans, avant d’être nommé au poste suprême de chef de service de 1970 à 1982, date à laquelle il quitte les Haras Nationaux pour rejoindre le conseil supérieur du Génie Rural, des Eaux et des Forêts jusqu’à sa retraite en 1992. 

De multiples innovations 

Outre son rôle déterminant  dans le développement et la démocratisation de l’équitation, Henry Blanc aura marqué son époque en ouvrant de nouvelles pistes de développement pour les Haras nationaux grâce à des partenariats avec l’INA-PG devenu Agroparistech, les écoles vétérinaires, l’institut Pasteur et l'INRA (Institut national de la Recherche Agronomique), une action qui lui a valu la médaille Olivier de Serres en 1998. Il a également participé très largement à la sauvegarde des neuf races françaises de chevaux de trait, menacées de disparition. Alliant tradition et modernité, Henry Blanc a révolutionné l’institution des Haras Nationaux en la féminisant dans les années 80. Il a également  informatisé l’état civil des chevaux (SIRE), lancé des programmes de recherche scientifique et de développement, et créé le premier fichier centralisé de toutes les généalogies équines, élargi aux résultats des compétitions équestres et des courses, et soutenu le projet de cheval mécanique Persival. Au cours de sa carrière, il a construit quatre nouveaux dépôts d’étalons et transformé l’ancien Domaine de Pompadour en Institut du cheval, auquel il a ajouté la station expérimentale de recherche équine de Chamberet. Grâce au positionnement d’une équipe des Haras nationaux dans le centre INRA de Nouzilly, Henry Blanc a initié la modernisation des techniques d’élevage avec l’échographie et l’insémination artificielle ainsi que la conduite de la monte. Dès les années 80, il s’est fixé comme objectif de faire participer les acteurs de la filière à l’administration des Haras nationaux et s’est montré partisan d’un regroupement avec l’Ecole Nationale d’Equitation, bien avant la création de l’IFCE en 2010 à laquelle il a participée. Officier de la Légion d'honneur, Chevalier de l’Ordre national du Mérite, Commandeur du Mérite agricole, membre de l’Académie d’agriculture de France, il participait encore fidèlement à la journée annuelle de la recherche équine, créée sous sa direction en 1975.

Un hommage unanime

Depuis l’annonce de la disparition d’Henry Blanc, les hommages pleuvent sur les réseaux sociaux. Nous avons contacté quelques unes des personnalités qui ont eu la chance de le rencontrer. 

Geneviève de Sainte Marie

« Nicole Blanc a été la première femme recrutée aux Haras Nationaux par Henry Blanc, mais j’ai été la première à être nommée directrice à Montier en Der, en Champagne Ardennes de 1984 à 1991. A l’époque, les ministères étaient assez peu favorables à cette féminisation, mais se sont laissé convaincre. Pour moi, il a été LE grand patron des Haras Nationaux du siècle dernier. Sa première qualité a été d’être un visionnaire extraordinaire. Il a perçu en 1974 qu’il fallait créer le SIRE, lancé au départ par Bruno Pourchet puis par Xavier Guibert. Henry Blanc a développé les techniques de reproduction envers et contre tous, car à l’époque c’était la guerre avec les vétérinaires, et qu’il fallait développer la génétique malgré l’opposition des associations d’éleveurs. A partir du moment où il avait une vision, il mettait tout en œuvre pour la mettre en œuvre. Il n’en démordait pas, tout en s’adaptant avec intelligence car il était fin tacticien. Il était également un excellent patron, très courageux, capable de dire en face de manière très claire ce qu’il pouvait vous reprocher, mais soutenait toujours ses équipes dans l’adversité. » Côté innovation, Geneviève de Sainte Marie le rappelle, Henry Blanc a lancé avec l’INRA la recherche sur les indices génétiques, sur le modèle des bovins, pour objectiver des aspects qui se faisaient jusqu’alors sous forme de maquignonnage. « Cinquante ans après on se rend compte que cela n’a pas déstabilisé le marché, bien au contraire, tout en instaurant de la transparence. Il savait miser sur les gens, dont Anne Ricard, chercheure à l’INRA, qui a mis au point le BLUP des chevaux de sport.»    

Emmanuelle Bour Poitrinal

De 1982 à 2008, Emmanuelle Bour Poitrinal a été successivement acheteuse d’étalons, directrice de l’une des circonscriptions, puis directrice générale des Haras Nationaux, avant de rejoindre le conseil général du Ministère de l’Agriculture où elle travaille sur des missions entre l’agriculture, la forêt et l’environnement. « Henry Blanc a été un homme extrêmement structurant dans la deuxième moitié du XXème siècle, dans le domaine de l’élevage avec la création de la base de données à Pompadour, dans les aspects techniques, grâce à la collaboration avec l’INRA, mais aussi sur le plan de la gouvernance de la filière cheval, en permettant l’émergence du tourisme équestre et de l’équitation sur poney dont la reconnaissance a conduit à l’unification de la Fédération. Cette structuration, qui était liée à l’implication très forte de l’état dans la filière, a été bouleversée par l’ouverture de l’Europe et le passage du Millénium. On perçoit encore aujourd’hui l’impact du travail effectué par Henry Blanc. » 

Didier Domerg

C’est à Henry Blanc que Didier Domerg doit son premier poste de sous directeur au Haras National de Lamballe en 1980, pour mettre en œuvre les premières inséminations artificielles, avant de rejoindre Saint Lô, puis d’être nommé  directeur à Rosières aux Salines, aux Bréviaires, et d’être responsable de l’étalonnage puis membre du comité directeur de l’IFCE jusqu’en 2019. Il l’évoque « L’ensemble du personnel parlait de lui avec des trémolos dans la voix. Quand il était en poste, tout le monde l’aurait suivi dans les flammes, et quand il est parti, tout le monde a pleuré. C’était un chef charismatique qui faisait preuve d’autorité mais avec lequel tout le monde était content de travailler. Outre son physique et sa voix qui en imposaient, il a mis son intelligence supérieure au service de ses visions et de l’intérêt général. »   

Eric Palmer 

Chercheur à l’INRA de Nouzilly, au départ à l’initiative d’Henry Blanc de 1970 à 1997,  Eric Palmer l’affirme « la recherche lui doit tout. Il a perçu que si les Haras Nationaux et la filière équine devaient se moderniser, c’était à travers la recherche. Grâce aux contrats qu’il a initiés avec l’INRA, la France a été leader de ce secteur pendant vingt ans. Nous étions très soutenus. Nous avons introduit l’échographie et l’insémination artificielle, et modifié le niveau technique du personnel des Haras. Il a aussi initié les études génétiques et modernisé l’administration de la généalogie. » Eric Palmer le souligne, « Henry Blanc avait une autorité naturelle indiscutable. Sa grande fierté était d’avoir pu intéresser les ministres à la cause du cheval. » 

Jean Roch Gaillet 

Directeur général de l’IFCE, Jean Roch Gaillet a rencontré Henry Blanc au Ministère de l’Agriculture. S’il n’a pas eu l’occasion de travailler à ses côtés, il l’évoque « Je vis dans ce qu’il a créé. Il faisait partie du comité qui a initié le mouvement de l’école nationale d’équitation vers Terrefort à la fin des années 70. Grâce à sa personnalité, et aux appuis politiques qu’il avait réussi à sceller, il a pu mettre en œuvre ses visions innovantes sur la filière. La direction des Haras qu’il a occupée pendant douze ans était rattachée directement au ministre, il a réalisé un vrai boulot de chef. Bien avant sa retraite de l’administration et par la suite pendant de longues années, il s’est investit pleinement dans l’Académie d’Agriculture de France, au sein de laquelle il a porté la voix cheval. Au cours de ses missions, il a toujours pris soin d’associer les socioprofessionnels de la filière, alors qu’il aurait pu se comporter en autocrate. Quand il avait décidé quelque chose, on ne revenait pas sur  la question. En plus de son physique imposant, de sa puissance, et de son charisme, la forme était tenue.»       

Cet homme brillant, bienveillant, affable, souriant, à l’œil pétillant, qui arborait avec classe son éternel nœud papillon, restera dans les mémoires pour sa passion de la recherche, la modernité de sa vision et son engagement indéfectible pour l’ensemble de la filière.   

L’Eperon présente ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.