La flamme olympique : une lueur d'espoir dans l'Histoire ?
lundi 06 avril 2020

Flamme olympique
La flamme olympique de Tokyo 2020 a été allumée en Grèce le 12 mars et est déjà arrivé au Japon © Greg Martin/IOC

Il y a 124 ans, Pierre de Coubertin rénovait les Jeux Olympiques et les faisait entrer dans l’ère moderne. Depuis, et jusqu’à la décision de reprogrammer les Jeux Olympiques de Tokyo à 2021, jamais les JO n’ont été reportés. Les deux guerres mondiales du 20e siècles ont cependant provoqué l’annulation de plusieurs éditions tandis que dans les années 70, le terrorisme les a suspendus. Aujourd’hui face à la crise sanitaire du Covid-19, le Comité olympique international a ainsi pris une décision historique en reportant les Jeux Olympiques d’été d’un an.

Les Jeux Olympiques de Berlin, qui devaient se tenir en 1916, sont les premiers de l’histoire à être annulés. Pour cette sixième édition des Jeux d’été, un stade de trente mille personnes est construit à l’Ouest de Berlin, dans le quartier Grunewald. L’organisation avance bon train, les épreuves tests ont même lieu les 27 et 28 juin 1914. Mais ce même 28 juin, à Sarajevo, l’archiduc Francois Ferdinand, successeur du trône d’Autriche-Hongrie, et sa femme, sont assassinés. Par le jeu des alliances, la Première Guerre mondiale est déclarée. Il faut ensuite faire un bond jusqu’à la douzième olympiade pour recenser la deuxième annulation de l’histoire des Jeux. Les éditions des Jeux d’été 1940 et ceux d’hiver 1942, respectivement attribués à Tokyo et Sapporo, au Japon, sont annulés une première fois à cause du déclenchement de la guerre sino-japonaise en 1937. À deux ans des JO d’été, Togukawa Soyeshima, membre japonais du Comité olympique international, écrit alors au Comte Baillet-Latour, président de l’institution : « Nous regrettons que les hostilités prolongées, sans perspective de paix immédiate, décident de l’annulation de Tokyo ». Le CIO choisit alors de réattribuer les Jeux d’été à Helsinki et ceux d’hiver à Saint-Moritz. Des Jeux qui n’auront décidément pas lieu, le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, en 1939, empêchant leur tenue. Une seconde guerre mondiale qui aura finalement pesé sur deux éditions des JO puisque les Jeux d’été de Londres de 1944, attribués à la capitale britannique quelques mois avant le déclenchement du deuxième conflit mondial armé de l’histoire, n’ont pu se tenir également.

Quid des nations hôtes des Jeux annulés ? 

Finalement, Londres accueille bien les Jeux pour la deuxième fois, quarante ans après ceux de 1908 et trois ans après la fin du conflit mondial. Les Jeux de 1948 se déroulent au sein d’une capitale encore meurtrie par les bombardements et seront connus comme ceux de l'austérité. Ils se disputent sans l'Allemagne et le Japon, mais ils redonneront une flamme d'espoir à un monde en reconstruction. Les Jeux d'hiver retourneront à Saint-Moritz en 1948, seront disputés à Oslo en 1952, puis à Cortina d'Ampezzo en 1956. Quant à Tokyo, elle est finalement devenue la première ville asiatique à accueillir les Jeux Olympiques en 1964, et Sapporo la première ville asiatique à accueillir ceux d'hiver en 1972. Un peu plus tôt, l’Allemagne aussi, en 1936, avait pris sa revanche sur l’annulation de 1916, avec les Jeux de Berlin. Une édition cependant particulière, dans un contexte historique tendu et marqué par la montée du nazisme outre-Rhin, largement boycottée par de nombreuses nations… 

L’exception de la suspension 

En dehors des guerres, qui ont largement impacté le déroulement des Jeux Olympiques, le terrorisme a également déjà marqué l’histoire des Jeux. A Munich, en 72, les Jeux n’ont pas été reportés mais suspendus, après la prise d’otage revendiquée par un groupe terroriste palestinien dans le pavillon israélien du village olympique. Ce drame, qui a couté la vie à onze athlètes, entraineurs, juges et arbitres israélien ainsi qu’à un policier ouest-allemand, a provoqué la suspension des Jeux durant trente-quatre heures et a été l’élément déclencheur d’une politique de sécurité améliorée depuis, en particulier concernant la protection du village olympique. 

La tenue des Jeux, un message d’espoir

Le lendemain de la prise d’otage de Munich, à l’occasion d’une cérémonie organisée en mémoire des victimes au stade olympique, devant quelque 80 000 spectateurs, au son de la Marche funèbre de Beethoven, Avery Brundage, président du CIO, a déclaré : "The Games must go on" . Les Jeux doivent continuer. Le mouvement sportif international a refusé de plier devant le terrorisme. L’esprit olympique, qui porte les notions de paix, de partage et d’unité, se révèle particulièrement rassembleur en période de crise. Actuellement, celle sanitaire que connait le monde face au Covid-19 provoque une situation inédite : le report des Jeux Olympiques de Tokyo d’un an, à l’été 2021. Mais comme toujours, l’évènement suscite l’espoir. « La signification de ces Jeux peut être très importante car nous espérons tous, et c’est en ce sens que nous travaillons, que ces Jeux de Tokyo 2020, célébrés en 2021, permettront à l’humanité de fêter sa victoire face au défi sans précédent que représente le coronavirus. Ces Jeux Olympiques et la flamme olympique peuvent être une lumière au bout de ce tunnel que traverse le monde en ce moment », indiquait ainsi Thomas Bach, actuel président du CIO, au lendemain de l’annonce du report des Jeux de Tokyo…