Paul Dubos, du savoir-faire au faire-savoir
lundi 10 août 2020

Paul Dubos
Impossible de ne pas avoir croisé Paul Dubos à la Grande semaine de Fontainebleau, lors de laquelle il suivait avec une attention de passionné les épreuves, ne se lassant jamais d'analyser les prestations des jeunes chevaux © Béatrice Fletcher

L’Eperon - en fait l’ensemble de la presse équestre - a perdu l’une de ses plus belles figures avec le décès de Paul Dubos dans la soirée du 8 août. Paul n’avait que 72 ans, mais il n’a pu vaincre la sale maladie qui s’était emparé de lui il y a à peine plus d’un an… Sa disparition est un choc pour ceux qui connaissaient sa pétillance, sa force tranquille et son amour épicurien de la vie.

Il y avait plusieurs Paul Dubos en un, et ils nous manqueront tous. Paul N°1 était agriculteur éleveur de chevaux de sport installé à Saint-Lô, profondément amoureux des chevaux, cavalier amateur assidu, ardent défenseur de sa Normandie et de la ruralité, ainsi que de la race Selle Français, capable ainsi de s’impliquer par exemple dans l’organisation du Normandie Horse Show ou d’apporter son aide à l’anniversaire des 60 ans du Selle Français à Saint-Lô en 2018. Après avoir débuté l’élevage en 1982 avec sa jument de concours Illioucha, il aura permis à son élevage de La Heutière d’acquérir ses lettres de noblesse grâce à Billebaude (CSI sous la selle du Chilien Couve-Corréa), Experio-HN, 3e du championnat des 5 ans en 1997 et 5e de celui des 6 ans l’année suivant puis gagnant en CSI , Pleiade Heutière, championne de France des 7 ans puis championne d’Europe juniors pour la Suisse, ou encore Tess Heutière, bonne gagnante en CCE avec Didier Willefert. 

Avant cela, Paul avait suivi dans sa jeunesse une formation d’ingénieur agricole et fut cadre dans l’agro-alimentaire pendant onze ans avant de quitter ce métier pour sa passion des chevaux. Il en avait gardé cette approche scientifique et pointilleuse des choses que l’on retrouvait dans le travail de journaliste de Paul N°2 : un temps localier de Ouest France et de L’Agriculteur Normand, il était surtout devenu l’une des fidèles signatures de L’Eperon, notamment de ses pages élevage. Connaissant la Manche comme sa poche, il n’avait pas son pareil pour dépeindre la vie et raconter l’histoire familiale des « petits » éleveurs ruraux, dont il aimait rappeler le rôle historique essentiel dans la réussite du cheval de sport français. Il aimait dépeindre les lieux et les ambiances de son terroir, et y mettait autant de plaisir et de passion qu’il en avait à se plonger dans les belles pages naturalistes du Normand Barbey d’Aurevilly décrivant le Cotentin… 

Passion de la terre et des chevaux, sympathique chauvinisme normand, rigueur scientifique et curiosité pour la recherche, attirance pour la lecture et les belles lettres, Paul réunissait en lui un intéressant et original mélange d’un peu tout ça. 

Dans chacune de ses activités, il dégageait de la force : force physique, mais également force de conviction, force de caractère. Il ne craignait d’ailleurs pas le débat, ce qui aura pu tromper certains sur la véritable personne qu’il était : un type aux plaisirs simples, avenant, sensible et souriant, patelin, fidèle en amitié. Au sein de l’équipe élevage de L’Eperon il était un peu le grand frère, celui sur lequel on pouvait compter, s’appuyer, jamais avare de tuyaux, d’anecdotes tirées de sa connaissance encyclopédique de l’élevage. Les journées passées avec lui à Fontainebleau pour la semaine de l’élevage, ou ailleurs, ont nourri de grands moments de complicité. Aujourd’hui, ses forces l’ont quitté et il ne nous reste que nos yeux pour pleurer.