La Transhenson, événement incontournable de la baie de Somme
jeudi 14 octobre 2021

Transhenson
Au fil du temps, la Transhenson est devenu un spectacle incontournable pour les habitants de la baie de Somme © Agence Arcantide

Comme chaque année, au mois d'octobre, les élevages de Henson entament leur transhumance. Un travail mué en joyeuse fête de la race et de son berceau, la baie de Somme. Découverte de cette tradition, digne d'un véritable spectacle.

Au fil du temps, la Transhenson est devenue un rite dont le succès ne se dément pas : chaque année, 3000 personnes viennent y assister. Comme le souligne Marc Berquin, meneur et président de l'Association du cheval Henson - qui coordonne l'élevage et garde le stud-book -, toute l’équipe voulait « partager le travail de transhumance pour en faire une fête grand public. » Pari réussi ! Depuis 31 ans, la Transhenson est le rendez-vous des amoureux de la race et de son berceau, la baie de Somme. « Les Picards célèbrent leur patrimoine vivant car le Henson est adapté à l'équitation de pleine nature et donc intimement lié aux vastes étendues de la côte picarde », explique Dominique Cocquet, directeur des espaces équestres Henson, qui comptent près de 300 chevaux. Si l’été les Hensons vivent dans les marais, le 24 octobre tous entament leur chemin vers la ferme, dans leurs quartiers d'hiver. Les poulinières suitées sont alors séparées des poulains qui vont être sevrés , vermifugés, vaccinés avant leur apprentissage de base. « Les jeunes de deux ans et demi qui seront montés au printemps passent au débourrage en compagnie d'un cheval d'âge ayant le rôle de tuteur », ajoute Dominique Cocquet.

Un événement haut en couleurs

Avec la Transhenson, les fondateurs de la race ont conçu une opération de grande envergure, lors de laquelle il est nécessaire de canaliser les juments un peu inquiètes ainsi que les 80 poulains espiègles et récalcitrants dans un chaudron mouvant encadré par 250 cavaliers. Puis, il faut les convoyer sur une douzaine de kilomètres à travers les polders, l'immense estuaire, les dunes et des sentiers forestiers. « Pour y parvenir, nous mobilisons nos équipes et nos anciens, tous ceux qui ont assez de vigilance et d'expérience pour emmener ce troupeau indiscipliné sans laisser s'échapper un poulain. Nous invitons également les propriétaires de Henson pour compléter le dispositif », ajoute Dominique Cocquet. Résultat : un spectacle sans équivalent, gigantesque, plein de rebondissements où dans le petit matin on voit défiler une foule de Hensons blonds, beiges et couleur miel comme le paysage, dont les crinières noires et ocre dessinent une immense écharpe frissonnant au vent. Pour parfaire l'harmonie, les cavaliers sont invités à s'habiller dans les mêmes tons.

La jour de la Transhenson, la matinée est bien entamée quand le troupeau arrive dans les enclos d'hiver. Place alors à la dégustation des produits du terroir et aux discussions animées. L'après-midi est quant à lui consacré à des démonstrations de la polyvalence de ce cheval et à une présentation de l'élevage.

Le Henson, une race qui a le vent en poupe

François Cambay, ancien cavalier de saut d’obstacles et de dressage qui s'est offert deux juments Henson, le souligne : « cette race correspond à l'exigence actuelle de liberté, de relation authentique à la nature, c'est pourquoi la demande explose. Elle a le vent en poupe car on a affaire à un cheval rustique, qui passe partout avec son pied sûr, et qui n'est jamais malade. Et s'il porte les débutants avec gentillesse, avec les bons cavaliers, il a une énergie incroyable. Il est un peu long, vraiment fini vers ses 6 ans, mais il vit dehors sans problème et comme il est bien dans sa tête, c'est facile d'avoir un cheval comme lui à la maison, c'est rassurant pour un propriétaire. » Un comportement lié à l'élevage extensif, à l'herbe, en harde. Issu de croisements de Fjords et de juments de selle (avant que le stud-book ne soit fermé et refuse tout apport de sang extérieur), le Henson toise 1,50 à 1,60 mètre. Solide et puissant, il a peu de soucis de santé, reste froid face au bruit et aux évènements insolites. Les étalons agréés (de 3 à 8 ans seulement) saillissent en liberté. Dès six mois, toujours relié à un aîné qui le rassure et le guide, le poulain apprend le licol, l'entrée dans le van, les longues rênes... Plus tard il est monté avec une selle d'armée britannique très creuse, qui laisse libre sa colonne et son garrot, avec un tapis très épais et un simple "hackhenson", une corde en nylon sans mors, peu contraignante. Joueur, le Henson brille au horseball et au polocrosse. Il enseigne le polo, il peut sauter un mètre, être attelé et partir en course de TREC ou d'endurance. Mais il sert aussi à rassembler les bovins et à entretenir des marais.