Quel cheval pour la chasse ?
mercredi 25 mars 2020

Un veneur et son cheval
Un veneur et son cheval © Elisabeth Gillion

Les veneurs sont fous des chiens mais ils s'attachent tout aussi bien à soigner leurs montures, compagnes de route essentielles. Plusieurs d'entre eux se sont confiés à propos de leurs chevaux.

La chasse est un sport exigeant pour un cheval. Il le pratique une à deux fois par semaine, du 15 septembre à fin mars. Quant aux qualités requises : "il faut un bon dos, un pied sûr, des aplombs impeccables ajouté à un mental fort", assure la société de vènerie. "La chasse développe ses facultés de calme, d'endurance et de bonne humeur!"

Les cavaliers choisissent souvent des réformés de courses et même à Chantilly, le trotteur a particulièrement la cote: "il n'est pas vicieux, souligne Hugues. Pour le choisir j'entre au box, je vérifie qu'il est bien fait, qu'il a un regard franc et je vois à ses réactions si on va pouvoir s'entendre. Puis on cherche à le remettre bien dans sa tête, calme et froid. Cela prend un à deux ans en bossant tous les jours, surtout au pas. On se balade au petit trot pour le muscler et il va au marcheur... Bien soigné il va chasser jusqu'à 18 ou 20 ans." La preuve? Son Tiger est en super état en fin de saison. "Il  est généreux, solide, gentil. Il s'arrête pour écouter, il reste immobile quand on le selle, il connait son métier ! Comme il est costaud, il supporte bien la forêt de Chantilly, percée de larges allées mais fatigante car les pistes de galop, hersées tous les jours, sont compactes. 

A côté des trotteurs on voit des pur-sang, des selles français, des anglos, des poneys et même un ancien du musée du cheval qu'Yves Bienaimé a mis à la chasse. "On leur offre une belle seconde vie : six mois au pré et autant à se balader! Ils s'amusent à la chasse, ils frémissent, guettent les chiens, le bois est leur terrain de jeu", raconte Bertrand. Le pur-sang Muscadet a l'air d'apprécier la discipline : il est attentif à la meute, quand il arrive sur la piste des Lions il s'émoustille et ses souvenirs de jeunesse lui reviennent: "il ne faut pas lui laisser prendre la main sinon il s'envole comme un fou!", sourit un veneur.

"Ma jument est adorable, insiste Françoise. Elle est facile car elle aime ça, elle avance bien et ne donne jamais d'à-coups. Elle a 17 ans et il faut juste éviter qu'elle ne se refroidisse quand on attend, surtout au chevreuil dont l'odeur disparait peu à peu, on attend beaucoup et il me faut une calme qui sache le faire. S'il fait frais on marche au pas jusqu'à ce que la meute repère son animal. Et si on se perd, je laisse faire ma jument, elle retrouve les chiens et le soir elle rentre direct à la clairière du rendez vous..."

Quant au piqueux Vol-au-vent (un piqueux est la personne qui conduit la meute de chiens, elle est souvent affublée d'un surnom), il possède trois trotteurs qui chassent chacun 1h30 en moyenne : "courir dans les fourrés est rude, surtout sur un rythme saccadé, on arrête pour écouter et on repart vite au galop pour coller aux chiens." Il choisit des chevaux aux jambes solides, qui ont du fond et dont il développe la robustesse grâce à de longues balades au trot et au pas, deux fois par semaine. "Ils sont aussi habiles pour se faufiler dans les sous-bois." Ces chevaux ont une semaine pour récupérer avec un peu de marcheur, beaucoup de paddock et une nourriture traditionnelle abondante ... Le travail au pas reste la base de leur forme.

Désormais la saison s’est achevée, ils s’en retournent au pré sauf ceux qui jouent au polo. Près de Chantilly, Albéric de Coulanges entraîne par exemple des pur-sang pour le polo qu'il met à la chasse l'hiver. "Cela leur fait des exercices complémentaires. Chasser les ressource et les détend", précise leur cavalière.