Benjamin Aillaud : « Ma victoire est d’avoir traversé le championnat avec des chevaux heureux »
mercredi 28 août 2019

Benjamin Aillaud au championnat d'Europe 2019
Excellents championnats pour Benjamin Aillaud qui repart des Europes 2019 avec deux médailles autour du cou © FEI/Richard Juilliart

Avec l’argent individuel et le bronze par équipe, les derniers championnats d’Europe ont été une véritable réussite pour Benjamin Aillaud qui repart doublement médaillé. Faisant partie des piliers de l’équipe de France, le meneur revient sur la compétition qui peut se résumer en quelques mots : une partition parfaite.

Quel bilan faites-vous des championnats d’Europe ?

On a préparé ce championnat d’Europe depuis le début de la saison, je l’ai mis en priorité sur tout et sur chaque performance je gardais en tête cet objectif en me disant que je construisais toutes mes épreuves dans l'objectif de championnat. Ma victoire est d’avoir traversé le concours avec des chevaux heureux d’un bout à l’autre et qui n’ont pas forcé. C’est l’une des sensations les plus agréables, un vrai bonheur. On n’a pas le droit de prendre, il faut se débrouiller pour que le cheval vous propose des choses et cela devient alors une aventure exceptionnelle. J’adore le travail du cheval, je fais de la compétition pour vérifier que j’ai bien travaillé mes chevaux. Ma source de motivation est le cheval. Je me régale à construire des chevaux, à les faire évoluer, à les voir grandir, à les voir devenir de vrais seigneurs.

Vous remportez le dressage, on ne pouvait débuter un championnat de meilleure façon.

Les chevaux ont fait un magnifique dressage. On est toujours dans ces notes et ces points-là mais être capable de le refaire avec autant de facilité était assez émouvant. Je passais d’une figure à l’autre et ils me disaient « pas de problème, super, merci papa, go ! ». Je leur proposais des choses et ça les amusait d’y aller, de me donner encore plus et de le faire avec une légèreté et une facilité assez surprenantes. Je suis sorti de piste en me disant que le dressage était bon mais surtout très heureux d’avoir vécu quelque chose d’assez unique avec les chevaux. Ils ont vraiment été exceptionnels. Il y avait beaucoup de brio et une belle cadence, c’était assez surprenant comme moment, tout était suspendu : un joli moment de sport.

Comment s’est déroulé le marathon ?

Je n’ai pas effleuré un poteau, on n’a pas raté une trajectoire : toutes étaient celles prévues et il n’y a pas eu une accroche. Je ne savais pas ce que ça allait donner aux résultats mais je me suis dit que j’avais fait exactement ce que j’avais prévu de faire. Il est rare sur ces épreuves de faire un parcours sans-faute, c’est-à-dire jouer exactement la partition prévue. Les chevaux ont été d’une dextérité, d’une franchise et d’une aisance assez surprenantes.

Vous prenez un peu de temps sur la maniabilité mais conservez votre 2e place.

J’étais très concentré car le meneur avant moi faisait sans-faute dans le temps et il était le seul qui pour moi « n’avait pas le droit » de le faire parce qu’il mettait la pression. Je n’avais pas le droit à une faute mais à 4 secondes de temps et j’en ai utilisé une-et-demi pour finir de sécuriser tout. Mon objectif était de mettre la pression à Bram Chardon ce qui a marché puisqu’il a fait une faute sur le numéro 4. Il en fallait juste une deuxième ou un peu de temps pour que ça passe pour moi et j’y ai cru à un moment parce que cette faute était en début de tour et qu’il restait une vingtaine de portes à passer. Il a réussi à jouer la partition mais à ce niveau-là, c’était très tendu. Si le gars tient la pression, bravo et s’il explose c’est le sport. Nous sommes normalement préparés pour tenir ce genre de situation et c’est ce qu’il a fait, c’était une belle finale.

Pouvez-vous parler des chevaux composant votre attelage lors de ce championnat ?

Nous avons cinq chevaux parmi lesquels il faut en choisir quatre pour chaque épreuve. J’ai un cheval qui rentre pour le marathon et qui ne vient que pour faire le cross. Sybren P (Sybren Friesian Dark 010) apporte de la classe et de l’élégance, il est très « beau gosse ». A côté, j’ai un petit arrogant caractériel qui s’appelle Odin (Beene van de Dubelsile). Jim 78 (Bjorn R) amène de la force et de l’énergie pour le dressage et Jack (Douwe fan’t Oosterzand) réfléchit, c’est celui qui permet de poser l’ensemble et de détendre tous les autres.

Vous avez toutefois eu un petit incident avec votre voiture juste avant de vous rendre au championnat, que s’est-il passé exactement ?

Dix jours avant les Europes, j’étais sur une Coupe du monde en République Tchèque. J’ai gagné le dressage et après l’obstacle 3 au marathon ma voiture s’est cassée. Il n’y a pas eu d’accident mais on s’est retrouvé sur trois roues. On avait fabriqué un prototype avec Atel et un gros travail de construction de voiture a été fait avec François Dutilloy. Elle est repartie dans la nuit de République Tchèque aux ateliers qui sont en France et ils ont travaillé dessus pendant une semaine. On a fait des essais sur le terrain des Europes et j’ai appelé François pour lui dire que j’avais de supers sensations, que tout était là. Je l’ai rappelé en passant la ligne d’arrivée pour lui dire que j’avais fait exactement ce que je voulais faire. Il était soulagé parce qu’on a utilisé tout le temps qu’on avait pour pousser nos idées et nos réflexions au bout et essayer de faire le plus possible. Il y a eu un très beau travail et je les remercie beaucoup parce que je sais l’effort que ça représente.

Pourquoi être reparti en concours aussi peu de temps avant une telle échéance ?

Je suis parti courir en République Tchèque parce que je sentais que je n’étais pas au bout de ma préparation. Il faut être un peu fou pour partir à 1600km de la maison, à dix jours de l'échéance continentale. On est partis avec les propriétaires des chevaux et c’est pour ça qu’on arrive au bout d’une aventure parce qu’on pousse tout, on ne s’arrête pas au milieu et on y va ! On essaie de tout mettre en place pour bien faire.

Quelle est la suite de votre programme ?

Je suis le seul Français à être dans le top 10 et on est à fond pour la Coupe du monde ! Les chevaux qui étaient au championnat d’Europe vont avoir quelques mois de repos, ils vont un peu avoir une vie de cheval pendant quelques mois puis ils vont reprendre le travail progressivement. Ceux qui sont en train de travailler très fort sont les chevaux de Coupe du monde indoor.

Les mondiaux de 2020 sont définitivement un objectif. Je pense qu’au championnat d’Europe on a fait pas loin de 100% de ce que l’on pouvait faire par rapport à ce qui était possible avec le niveau des chevaux. On peut toujours faire mieux, mais après j’aurais pris des choses que je n’aurais pas eu le droit de prendre chez les chevaux. Il faut continuer à monter ce niveau-là pour que les chevaux aient encore plus à offrir pour les championnats du monde l’année prochaine, donc ça va être le travail de cet hiver. On va attaquer la construction et on va essayer de se donner cette marge de manœuvre-là pour aller encore plus loin.