Benjamin Aillaud : "On transforme chaque expérience en quelque chose de positif”
mercredi 15 janvier 2020

Benjamin Aillaud
Benjamin Aillaud © FEI/Juilliart Richard

Dans quelques jours, Benjamin Aillaud prendra le départ de l'étape Coupe du Monde de Leipzig, la première compétition de l'année après de beaux succès en 2019. Le meneur tricolore a fait le point sur et livre ses objectifs pour les mois à venir.

L'année 2019 a été particulièrement riche en succès avec une participation à la finale Coupe du Monde de Bordeaux, une deuxième place dans la Coupe des nations d'Aix-la-Chapelle, une médaille d'argent en individuel et de bronze par équipe aux championnats d'Europe. Quel moment retiendrez vous ? 

Il y a eu deux moments assez géniaux. Le premier, c'était aux championnats d'Europe : à chaque fois que j'ai proposé quelque chose à mes chevaux, ils ont répondu présent et surenchéri : quand je leur demandais de revenir ils revenaient deux fois plus, sur le dressage ils se rassemblaient encore mieux. C'était très surprenant et émouvant de voir les chevaux réagir de cette façon pendant toute une semaine. L'arrivée du marathon d'Aix-la-Chapelle, qui est le plus gros de la planète, était aussi un très bon moment. Cela faisait deux ans que j'essayais de caler mes chevaux sur cette épreuve, à la base ils ne sont pas dotés d'une grande vitesse. On a beaucoup travaillé sur ce point pour les rendre compétitifs. Nous avons terminé quatrièmes avec des chevaux qui un an auparavant peinaient à terminer dans les vingt premiers. J'ai eu de vraies sensations avec des chevaux qui se sont livrés comme jamais. 

Plus que le résultat, vous soulignez l'aboutissement d'un travail de longue haleine ? 

Tout à fait. J'adore la performance bien sûr mais avant cela toutes les compétitions ne sont pas évidentes. La compétition est contraignante parce qu'exigeante. C'est un défi que l'on doit relever en équipe avec les chevaux. Il faut que le cheval comprenne ce qu'on lui demande et qu'il joue avec. Il s'agit aussi de regrouper quatre chevaux, quatre histoires, et de les rassembler. Ils doivent trouver un équilibre, avoir la même façon de penser, et c'est cela qui rend notre travail passionnant. 

Vous avez la particularité d'évoluer en outdoor avec un attelage d'arabe-frisons, quelles sont les spécificités de cette race ? 

L'arabe amène du sang, le frison du mouvement. Ce sont des chevaux qui sont fondamentalement gentils et qui ont des allures un peu verticalisées. Logiquement, quand on lève un pied on avance pas. Tout l'enjeu est de réussir à leur trouver un fonctionnement qui leur permette de gagner en amplitude, sans se faire mal, dans un équilibre relâché tout en gardant de la disponibilité. C'est un véritable exercice de dressage. On doit apprendre au cheval à se positionner dans l'effort. Cette année on gagne d'ailleurs le dressage avec ces chevaux tout en étant performant sur le cross. On est sur un chemin super intéressant. 

Dans toute carrière d'un sportif, il y a des moments un peu moins bons, quels ont été les vôtres l'année dernière ? 

En effet (rires). On travaille au développement de nouveaux produits avec la marque Atel qui est le seul constructeur français de voitures pour l'attelage. Dans ce processus, il y a des essais et des erreurs, des prises de risques. Il y a aussi des choses que l'on de peut tester que pendant les épreuves. Dix jours avant les championnats d'Europe nous sommes allés en République Tchèque ce qui impliquait 3 500kms aller-retour. Nous gagnons le dressage puis nous partons sur le cross. A la sortie du troisième obstacle nous nous sommes retrouvés sur trois roues. On a poussé un peu trop les points de faiblesse du produit et on l'a payé. Le constructeur m'a dit que ça allait être trop court niveau délai pour les Europes mais on a préparé l'échéance toute l'année en élaborant un programme ultra précis pour les chevaux, j'ai refusé de renoncer. Nous avons ramené la machine aux ateliers et on est arrivé à la réparer à temps. C'est génial parce que c'est une entreprise à taille humaine -on parle de moins de vingt personnes- et tout le monde est bien conscient des enjeux donc tout le monde a donné son maximum. Dix jours après, nous étions sur le podium des championnats d'Europe ce qui n'était jamais arrivé en France. C'est une aventure humaine formidable. Lorsque j'ai posé les guides du marathon j'ai pris mon téléphone et appelé le gérant d'Atel et je lui ai dit "on l'a fait". 

Que peut-on vous souhaiter cette année ? 

Je suis un gâté de la vie, j'ai une famille merveilleuse qui m'accompagne dans tout ce que je fais, que ce soit dans le spectacle ou la mise en scène. Je pense que l'on s'est bien trouvés avec les propriétaires de chevaux de concours, Eric et Arjanne Bouwman du Haras de la Pourcaud en Dordogne, leur leitmotiv c'est de placer le cheval au centre des attentions. Je me régale à travailler avec eux. Ils font partie intégrante des choix qui mènent à la performance. J'invite toutes les personnes qui sont intéressées par des aventures humaines et sportives à venir voir ce que l'on vit et pourquoi pas le dupliquer avec d'autres meneurs. 

Et sur le plan sportif ? 

Nous sommes à fond. L'été, je sors avec des arabo-frisons qui sont élevés au Haras de la Pourcaud. En indoor on a besoin de chevaux de vitesse. Pendant un temps, j'ai concouru avec les arabo mais ce ne sont pas des chevaux assez rapides pour ces épreuves-là. Ces deux dernières années indoor ont été un peu dures pour moi. Je savais que les chevaux n'avaient pas toutes les capacités mais il fallait poursuivre, ne serait-ce que par rapport aux sponsors. Quand on entre en piste, deux choix s'offrent à nous : le premier c'est d'accepter la réalité, le deuxième c'est de pousser et d'essayer d'y aller au détriment des chevaux mais je ne voulais pas jouer cette option là. C'est toutefois un peu dur d'aller à Stockholm et de se dire que l'on va prendre dix secondes de plus que les meilleurs mais c'est le jeu. C'était dur, mais j'ai essayé de mieux comprendre la race de l'arabo-frison. Je me suis servi de cette expérience pour préparer les chevaux pour les championnats d'Europe cette année en outdoor. On transforme tout en positif. Donc en parallèle, j'ai donc mis en route cette année un team de Lippizan, c'est donc une année de construction. On a la chance que la finale soit à Bordeaux et d'y être invité quelque soit notre classement sur la saison Coupe du Monde. Cela me laisse du temps pour continuer à les préparer, les chevaux commencent à être performants et à pouvoir jouer. Notre gros objectif outdoor sera les championnats du Monde de Kronenberg avec l'équipe de France. Ce sera le leitmotiv de cet été 2020. Le but sera d'attaquer une très grosse saison indoor l'année prochaine maintenant que l'on a des chevaux pour le faire. Je continue le dressage, l'éducation, la construction.