Bérengère Cressent, meneuse hors-pair
mardi 21 septembre 2021

Bérengère Cressent et Dakotah's Owen, ici lors des championnats du monde au Haras du Pin
Bérengère Cressent et Dakotah's Owen ont été le premier duo tricolore de l'histoire à décrocher une médaille lors des championnats du monde © Mélanie Guillamot

Il y a quelques jours, Bérengère Cressent décrochait une superbe médaille de bronze lors des championnats du monde d’attelage à poney, en solo. La première de toute l’histoire de l’équipe de France lors d'une telle échéance dans cette discipline. Un véritable rêve éveillé pour la jeune meneuse, qui n’en est pourtant pas à sa première distinction à très haut niveau. Portrait.

Pour Bérengère Cressent, l’attelage à poney, c’est avant tout une histoire de famille. Initiée par son grand-père dès son plus jeune âge, la jeune femme s’est très rapidement passionnée pour la discipline. « J’ai également essayé le saut d’obstacles et même le cross mais je trouvais cela bien trop dangereux. Pourtant, l’attelage l’est tout autant, voire plus ! C’est une discipline très complète et vraiment très exigeante, tant pour le meneur que pour le groom et les chevaux », raconte en riant la meneuse de vingt-cinq ans. Et, tout aussi rapidement, Bérengère Cressent a révélé un indéniable talent pour cette discipline. En 2012, à seulement seize ans, elle décroche son premier titre de championne de France, dans la catégorie Amateur. De quoi attirer l’attention des membres du staff fédéral. Si bien qu’en 2016, avec son fidèle étalon Tapaloeil Oak (Moonlight Berenger), la jeune meneuse intègre pour la première fois l’équipe de France Juniors, à l’occasion des championnats d’Europe organisés à Schildau, en Allemagne. Une première expérience couronnée de succès puisque l’équipe est sacrée vice-championne d’Europe et, en individuel, Bérengère s’octroie une belle neuvième place. Nul doute que l’avenir de cette meneuse des plus prometteuses allait être brillant. Et il l’a été. En 2018, elle décroche un nouveau titre de championne de France avant d’intégrer, quelque temps plus tard, l’équipe de France Seniors. Le tout, toujours à poney et en solo. « J’ai un meilleur ressenti avec les poneys, alors j’ai préféré continuer avec eux. Concernant la catégorie "solo", c’est celle qui, initialement pour des questions de logistique, me convenait le mieux. Aujourd’hui, je ne changerai pour rien au monde. Même avec un seul poney, cela demande beaucoup de technique », souligne-t-elle. Enfin, le 19 septembre dernier, elle est devenue la première meneuse française à décrocher une médaille lors des championnats du monde. Et si le bronze est déjà une véritable consécration pour Bérengère Cressent, elle rêve néanmoins d’ores et déjà d’or.

Esprit de famille

Si Bérengère est une compétitrice dans l’âme – comme son palmarès le laisse deviner –, elle est également très attachée à l’esprit familial qui règne en attelage. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la jeune meneuse aime tant sa discipline. « C’est un sport familial, dans lequel nous sommes toujours là les uns pour les autres. Cela s’est notamment très bien reflété lors des championnats du monde : le staff et tous les membres de l’équipe de France ont été d’un soutien sans faille, tout comme les très nombreux supporters présents sur place. Nous sommes très soudés. J’ai d’ailleurs été ravie de voir que Louise Fillon avait elle aussi décroché une médaille de bronze. Nous avons le même âge, avons commencé l’attelage en même temps, nous nous suivons beaucoup et nous nous connaissons très bien », explique Bérengère. Un esprit familial qu’elle trouve en compétition, mais également à l’entraînement grâce à l’association Compétition attelage poney Normandie (Cap’Normandie) dont elle fait partie, composée de quatre autres très bons meneurs de la région : Émilie Morichon Dutartre, Robin Cressent, Jean-Charles Davoust et Jean Frédéric Selle. C’est d’ailleurs à leurs côtés que Bérengère s’est entraînée tout l’hiver et a préparé ces championnats du monde. « Durant toute cette période, nous avons pu bénéficier des conseils de Fabrice Martin, qui est mon coach depuis plus de dix ans », souligne la meneuse. Une petite équipe, digne d’une véritable famille.

Enfin, si Bérengère partageait autrefois au quotidien sa passion avec son grand-père, c’est désormais également avec son compagnon, lui aussi meneur, qu’elle vit chaque jour ces aventures. Une passion commune, qui permet notamment de faciliter le quotidien de Bérengère. Car, comme beaucoup de meneurs, elle ne vit pas de sa passion. Dans la vie, Bérengère est chargée de mission pour l’Association des poneys et des petits chevaux de France, mais également experte en sinistres. De quoi assurer un emploi du temps chargé. « Comme nous partageons cette passion, nous nous organisons tous les deux pour les soins des poneys et chevaux, les sorties, les entraînements, etc. Chacun fait tout ce qu’il peut quand il le peut et c’est très pratique », assure-t-elle. Entraide, convivialité, respect et bienveillance : telles sont donc les valeurs fortes que Bérengère apprécie dans l’attelage.

Dakotah's Owen, le petit génie

Il y a seulement dix mois, Bérengère rencontrait celui qui allait faire prendre un nouveau tournant à sa carrière : Dakotah's Owen (Heitrak's Marvin). Pourtant, rien ne laissait présager un tel succès, si vite. « Lorsque j’ai acheté Owen à Rodinde Rutjens, aux Pays-Bas, cela a été un véritable coup de poker. Il était jeune, ne savait presque rien faire, n’était jamais sorti en compétition… Et dire qu’initialement je cherchais un poney pour performer ! Évidemment, il avait toutes les qualités intrinsèques pour cela, mais n’avait jamais fait ses preuves. Et le jour où nous sommes allés le voir, il fallait que je me décide très vite car le lendemain débutait le confinement en France et il fallait donc que je rentre. Je l’ai ramené avec moi, j’ai misé sur lui, sachant que c’était un pari risqué », raconte la jeune femme. Un pari risqué, mais gagnant puisque, après quelques mois de travail, l’étalon s’est avéré être un véritable petit génie à l’attelage. De leur première compétition au mois de juin dernier à sa dernière en date, pas une seule fois Bérengère et Owen ne sont descendus de la troisième marche du podium. « Il y a encore beaucoup de choses à travailler, mais quand on voit ce qu’il est déjà capable de faire aujourd’hui, c’est exceptionnel. Je ne peux pas lui trouver de défaut : il a un mental incroyable, une grande souplesse, est très bon en dressage et quand il est au travail, il est juste imperturbable. Je n’ai jamais eu un poney aussi performant sur les trois épreuves », détaille Bérengère. Exceptionnel : tel est donc le mot qui semble décrire au mieux le petit étalon. Car rares sont ceux qui, pour la quatrième compétition de leur vie, participent aux championnats du monde et, plus encore, décrochent une médaille de bronze. Owen, lui, l’a fait. « Cette médaille est assurément la plus belle de toute ma carrière », assurait Bérengère. Et, une chose est sûre : ce n’est pas la dernière.