Davy Delaire : « J’ai toute confiance dans les personnes qui vont prendre la suite »
jeudi 11 août 2022

Suite aux Mondiaux de Herning, Davy Delaire (au centre) a quitté ses fonctions de chef d'équipe et sélectionneur après dix-sept ans passés à c...
Suite aux Mondiaux de Herning, Davy Delaire (au centre) a quitté ses fonctions de chef d'équipe et sélectionneur après dix-sept ans passés à ce poste © Scoopdyga

Décorée de cinq médailles, l'équipe de France de voltige réalisait un championnat du monde exceptionnel, récompensé par trois médailles d'or et deux d'argent. Un championnat qui marque aussi la fin d'un chapitre de la voltige française avec le départ en retraite de Manon Moutinho et Lambert Leclezio, mais aussi de deux piliers du staff qui entoure les athlètes : Bamdad Memarian, entraîneur, et Davy Delaire, chef d'équipe. Ce dernier s'est confié à la presse après la remise des médaille du championnat Coupe des nations.

Quel bilan tirez-vous de ce championnat exceptionnel ?

Nous revenons avec cinq belles médailles, c’est formidable. Ils ont super bien bossé et les chevaux ont été fabuleux. Cela n’a pas été une compétition facile, c’était long - notamment pour les chevaux - et on sent tous les voltigeurs un peu fatigués. Nous en avons trois (Manon Moutinho, Lambert Leclezio et Quentin Jabet, ndlr) qui ont fait la compétition individuelle et par équipe, donc c’était compliqué. Lambert et Manon ont fait un travail fabuleux aujourd’hui (interview réalisée le mercredi 10 août à l'issue de la médaille d'or dans le championnat Coupe des nations, ndlr). On est tous supers fiers, avec Baba (Bamdad Memarian, entraîneur, ndlr), Romain (Bernard, chorégraphe, ndlr) et l’ensemble du staff, de ce collectif qui est juste extraordinaire. On leur a demandé beaucoup pendant quelques mois. Cela a été dur, long, mais c’est un collectif qui réagit super bien. Il n’y a pas de starlette, de problème de nombril, ce sont tous des gros bosseurs et je pense que c’est vraiment la marque de fabrique de ce collectif si fort, ce sont l’humilité, le travail, la persévérance et ils nous ont prouvé qu’ils étaient forts, ils gagnent à chaque fois avec la manière. C’est un super kiff comme on dit (rires).

Comment l'équipe qui entoure les voltigeurs vit un évènement comme celui-ci ? 

Cela prend un peu d’énergie sur nous car il faut quand même surveiller ce qu’il se passe à côté. Je ne vous cache pas qu’on a toujours peur de la blessure au dernier moment, il faut toujours rester concentré en permanence, mais on a chacun notre rôle entre Romain, Baba et moi. Je crois qu’on se complète bien. On a aussi la chance d’avoir ce staff avec des gens hyper pertinents et hyper professionnels, il y a aussi François-Xavier pour le kiné, Julie pour le médecin, Isabelle Burgaud la vétérinaire, une équipe de grooms fabuleuse... Je crois que ces médailles viennent aussi de là. Comme vous le savez, on travaille beaucoup, les voltigeurs sont entre vingt-cinq et trente-cinq heures par semaine à l’entrainement, mais ça paye et je crois sincèrement qu’il n’y a que la valeur travail qui paye sur ce niveau d’épreuve, car c’est tellement exigeant et fragile à la fois que, si on ne met pas nous tout en œuvre pour que cela soit presque facile pour eux (automatiser les programmes, bien préparer les chevaux...), on passe à travers la performance et surtout au travers de notre métier.

Surtout que la compétition en équipe et la Coupe des nations vous tenaient à coeur... 

Oui, car ce sont de belles épreuves. J’ai passé quatre ans au comité de la FEI, j’ai fait partie des gens qui ont milité pour que cette Coupe des nations soit au programme des championnats car je considère que c’est l’épreuve qui prouve de la bonne santé d’une nation. C’est chouette, ça crée du suspense et ça nous permet de rafler une médaille de plus (rires) ! À l’époque on était déjà visionnaire (rires) ! Il y a une vraie émulation au sein des collectifs, des longeurs... ça porte le groupe. 

Quelle va être la suite des évènements pour le collectif de voltige ?

On vit un championnat un peu particulier puisque déjà au niveau des athlètes, Manon et Lambert stoppent leurs carrières ici. Il va aussi y avoir un peu de mouvement dans le staff : Baba va nous quitter, il part très loin pour un projet de vie personnel, en Afrique du Sud. Cela a été un bonheur et un honneur de travailler avec ce mec-là parce qu’il est d’une pertinence extraordinaire, c’est un éminemment bon technicien, une star en préparation physique, une posture juste idéale. On va perdre quelqu’un de cher. Non pas que personne ne soit remplaçable, mais il a apporté beaucoup au groupe. Et puis l’autre personne qui quitte le staff c’est moi ! Je mets fin à ma carrière d’entraineur national et sélectionneur national à partir de ce soir. Je pars moins loin en revanche, je reste à la Fédération. Cela fait dix-sept ans que je suis sur le poste et je pense qu’il est important, y compris pour la discipline, qu’il y ait un turn-over. Cela fait plusieurs fois que je dis à Sophie Dubourg (Directrice technique nationale, ndlr) qu’il faut que je fasse autre chose mais elle disait de rester là. Une réorganisation est en cours à la Fédération avec la création d’un département "haute performance" en vue des Jeux olympiques de Paris 2024. Je vais travailler avec Jean-Luc Force sur l’accompagnement des sélectionneurs sur les autres disciplines. Lui sera plus centré sur les disciplines olympiques et moi, j'accompagnerai les collègues sur les disciplines non-olympiques, avec peut-être un suivi des athlètes qui préparent Paris. Nous sommes en train de travailler dessus. Sophie m’a sollicité pour essayer de mettre à profit tout ce qu’on a pu emmagasiner chez nous depuis tant d’années, les distiller un peu, mettre un peu de transversalité dans notre organisation, essayer au mieux d’apporter notre recul et peut-être réinventer un peu le modèle, les méthodes, essayer de faire en sorte que l’ensemble des disciplines de la fédération aille vers le haut.

Qui reprendra les postes vacants ?

C'est en train de se dessiner et j’ai toute confiance dans les personnes qui vont prendre la suite. Ils ne vous seront pas étrangers ou étrangères (sourire). Pour cette discipline, je pense qu’on va avoir une équipe solide et puis je ne serai pas loin derrière parce que ça sera dans mon panel de disciplines. Ils savent très bien qu’ils pourront compter sur moi. C’est vrai que même lorsqu'on a annoncé à notre staff qu’on quittait nos fonctions après Herning, ils étaient tous un peu inquiets. C’est aussi le moment de réinventer notre modèle. Alors oui, la performance fonctionne mais je pense qu'on peut encore optimiser l’organisation générale et les différents sujets qui touchent à la discipline. Je ne vous donnerai pas les noms parce que ce n’est pas à moi de vous les donner, et puis ce n’est pas la temporalité, mais on aura une équipe costaud. En tout cas, il y a toujours Romain et le staff derrière.

Difficile de rêver à une plus belle fin que celle-ci... 

Oui, c’est ce qu’on disait avec Baba, qu'il fallait aller chercher cinq médailles. C’est fait donc… difficile de faire plus beau.