Herning 2022 : Au bout du suspens, les dresseurs danois sont sacrés champions du monde
lundi 08 août 2022

Carina Cassøe Krüth, Cathrine Dufour, Anne-Mette Binder, Nanna Merrald Rasmussen et Daniel Bachmann Andersen, ici sur le podium des championnats d...
Carina Cassøe Krüth, Cathrine Dufour, Anne-Mette Binder, Nanna Merrald Rasmussen et Daniel Bachmann Andersen, ici sur le podium des championnats d... © Scoopdyga

Ils l’ont fait. À Herning ce dimanche 7 août, après une saison marquée par plusieurs beaux succès, les Danois – grands favoris de cette échéance – ont marqué l’histoire du dressage mondial et ont été sacrés champions du monde par équipe. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette victoire ne s’est pas jouée à grand-chose, les Britanniques ayant aligné trois reprises d’une très, très grande qualité.

Un point. Voilà ce qui sépare les Danois des Britanniques dans ce championnat du monde. Autant dire que cet après-midi à Herning, le suspense a été à son comble, et jusqu’au bout. Ou du moins, jusqu’au passage de Cathrine Dufour et Vamos Amigos (Vitalis). C’est d’ailleurs non sans pression que le duo danois est entré en piste. Car quelques minutes avant eux, la Britannique Charlotte Fry et son puissant Glamourdale (Lord Leatherdale) avaient tout simplement déroulé la plus belle reprise du championnat et certainement l’une des plus belles de leur carrière. Toujours aussi démonstratif, l’étalon noir a tout simplement éblouit juges et spectateurs avec des allongements au trot et au galop absolument exemplaires – qui ont valu au couple plusieurs 10 – , de superbes changements de pieds aux deux temps notés à 9.5, et encore tant d’autres belles choses aux trois allures, réalisées dans une formidable harmonie. « Pour être honnête, j’ai eu des sensations absolument incroyables, surtout au galop », a confié la cavalière britannique. Seule ombre au tableau : des pirouettes au galop un peu trop serrées et qui, étant coefficient deux, on fait perdre au couple de précieux points. Note finale : 80.838%. Si un vent de perfection a donc soufflé lors du passage de Charlotte Fry et Glamourdale, c’est plutôt un vent d’inquiétude qui s’est levé au sein de l’équipe danoise. Objectif pour Cathrine Dufour et son bouillonnant Vamos Amigos : faire mieux que leurs concurrents britanniques pour ne pas voir l’or leur échapper. Et ils l’ont fait. Malgré une reprise moins éclatante et moins impressionnante que Charlotte Fry et Glamourdale, le duo danois s’est vu récompensé par la moyenne de 81.864% et a ainsi offert à son équipe la tant attendue victoire. Mais qu’on se le dise, cette dernière ne s’est assurément pas jouée à grand-chose et, comme le souligne elle-même Cathrine Dufour, tout pouvait basculer d’un moment à l’autre. « Vamos Amigos était en feu aujourd’hui. J’ai même du mettre le holà et lui dire "Vamos, je suis là, tu dois toucher le sol, maintenant on se concentre et on y va !". Il a été fantastique bien sûr, même si j’étais parfois à la limite de la zone rouge. Mais nous sommes en championnat du monde, il faut prendre des risques. On monte pour l’équipe alors il faut savoir en prendre et aujourd’hui, ça s’est bien passé », admettait-elle en sortie de piste. La cavalière danoise n’a pas non plus nié qu’après la superbe reprise de Charlotte Fry et Glamourdale, la pression est montée d’un cran. « Je suis habituée à cette pression parce que je concours en championnat depuis que j’ai onze ans. Mais bien sûr qu’il y a de la pression, surtout avec le score de Lottie. Deux de mes coéquipières étaient super silencieuses avant que je ne rentre en piste. Je les ai regardées et je leur ai dit en riant "Hey les filles, je peux le faire hein !". Ce à quoi elles ont répondu "Oui, oui, bien sûr que tu peux". Je gère très bien cette pression, je dirais même qu’elle me permet de tirer le meilleur de moi-même », a-t-elle confié.

Une victoire historique

Ces championnats du monde l’ont de nouveau prouvé, 2022 est assurément l’année de l’équipe danoise. Après avoir quelque peu bouleversé l’ordre mondial en signant une victoire dans le prestigieux CDIO5* d’Aix-la-Chapelle et en détrônant l’Allemagne, nation reine de la discipline depuis des décennies, aujourd’hui Cathrine Dufour, Daniel Bachmann-Andersen, Nanna Merrald Rasmussen et Carina Cassøe Krüth ont donc de nouveau marqué l’Histoire. Et cela n’a évidemment pas été sans susciter une certaine émotion au sein du clan danois. « Je suis si fière de mon équipe, de ces quatre fantastiques cavaliers et de leurs chevaux. Ce qu’ils ont réalisé est tout simplement incroyable », déclarait Anne-Mette Binder, cheffe de l’équipe danoise. De leur côté, les cavaliers ont, chacun leur tour, exprimé leur joie d’avoir été sacrés champions du monde évidemment, mais aussi d’évoluer ensemble, au sein d’une équipe si soudée.

Car qui, il y a encore quelques années voire quelques mois, aurait pu prédire que le Danemark détrônerait l’Allemagne dans un championnat du monde ? Et que cette dernière se présenterait sans bon nombre de ses piliers dans cette échéance pourtant si importante ? Sûrement peu de gens. Mais notons tout de même que, même avec une équipe quasiment entièrement renouvelée, la Mannschaft sait toujours se distinguer ! Ce soir, c’est avec une belle médaille de bronze qu'Isabell Werth, Frederic Wandres, Benjamin Werndl et Ingrid Klimke repartent. « Nous sommes très satisfaits. Nous savions que les Danois étaient les grands favoris de ces championnats et qu’il faut toujours se méfier de l’équipe britannique. Nous savions également que nous étions une équipe nouvelle, composée de couples expérimentés mais aussi de jeunes couples, avec de jeunes chevaux. Je pense que nous pouvons tous êtres très fiers de ce que nous avons fait », a tenu à souligner Isabell Werth.

Une revanche à prendre

Si les Britanniques ont vu la victoire leur échapper ce dimanche après-midi à Herning, nul doute que leur motivation et leur soif de revanche ne seront que décuplées demain dans le Grand Prix Spécial. Car pour beaucoup, c’est à eux que le titre de champions du monde devait revenir. Mais les lois du sport sont parfois cruelles. « Il y avait quelques petites choses à améliorer dans ma reprise aujourd’hui, et je compte bien rectifier cela demain ! », a déclaré Charlotte Fry, qui n’est pas passée loin d’offrir à son équipe un titre de championne du monde. Une chose est sûre : la bataille pour l’or individuel qui se jouera demain s’annonce d’ores et déjà passionnante. Qui de Cathrine Dufour, Charlotte Fry, Charlotte Dujardin, Dinja van Liere – qui a réalisé la troisième meilleure reprise de ce Grand Prix et a été en tête jusqu’au passage de la jeune britannique, soit pendant plus de vingt-quatre heures ! – ou encore Isabell Werth s’emparera du titre ? Réponse demain soir.

La France douzième

De son côté, l’équipe de France a elle aussi vu dérouler ses deux derniers couples aujourd’hui. Premiers à s’élancer, Corentin Pottier et Gotilas du Feuillard (Totilas) ont, malgré quelques fautes, proposé une reprise très prometteuse pour la suite, notée à 69.658 %, avec une équitation comme on aimerait en voir plus souvent. « Lorsque je suis entré en piste, je me suis bien senti, pas une seule seconde de déconcentration. Mais au-delà de ça, je pense qu’il faut dire que j’ai pris beaucoup de plaisir. Je suis entré et je me suis dit "Aller mon petit gars, il faut y aller, amuse-toi", et c’est ce que j’ai essayé de faire donc rien que pour cela, je suis content. La faute dans le galop allongé, je pense que c’est une petite erreur technique. J'avais de bonnes sensations mais il ne faut pas oublier que c’est un grand stade, avec beaucoup de public,  donc je pense qu’il y avait un peu de tension, que nous avons réussi à gérer, mais aussi parfois un petit relâchement technique et cela ne pardonne pas. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est certainement passé aussi sur la pirouette à droite. Ce sont des erreurs rageantes car ce sont normalement nos points forts. Il y a un petit goût amer mais il a été effacé par une reste de reprise très bien, encore en progression. Comme depuis toujours, l’idée est de préparer la suite, passer les étapes les unes après les autres, et j’ai envie de dire qu’ici encore, c’est une étape de notre formation. Cela peut paraître bizarre de dire ça lors d’un championnat du monde, mais c’est une étape de plus en vue de l’objectif principal qui est Paris 2024 », confiait le cavalier après sa reprise.

Bis repetita lors du passage de Morgan Barbançon-Mestre et son olympique Sir Donnerhall OLD (Sandro Hit), qui ont, eux aussi, notamment fauté lors des allongements et sortent de piste avec 71.009%. « J’ai fait une faute dans les trot allongé, comme aux Jeux. Ce n’est pas habituel mais il était très chaud, il s’est fait un peu surprendre dans les coins. J’ai freiné un peu sur le premier trot allongé parce que j’ai senti qu’il partait très fort en sortant du coin, il a même fait une faute de rythme. J’ai ensuite monté sur le frein, mais je suis très contente de tout le travail au galop. Il y a eu trop de petites fautes à droite à gauche que j’aurais pu éviter mais je suis quand même contente. C’est loin d’être ma meilleure note, c’est dommage de faire ces fautes bêtes ici, surtout que le cheval était en forme », a précisé la cavalière. Quelques petites erreurs, des points à retravailler, mais des reprises plutôt prometteuses… Le clan tricolore se classe douzième de ce championnat par équipes, mais l’avenir s’annonce asurément plus radieux.

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