Herning 2022 : En dressage, les Pays-Bas s’imposent aux avant-postes
samedi 06 août 2022

Dinja van Liere et Hermes, ici lors des championnats du monde de Herning
Dinja van Liere et Hermes, ici lors des championnats du monde de Herning © Scoopdyga

Que la compétition commence ! Ce samedi, le Stutteri Ask Stadium de Herning a vu s’élancer la première moitié des couples en lice pour les différents titres de champions du monde. Et contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ce n’est pas le Danemark qui a pris la tête des opérations, mais bien les Pays-Bas, suivis de près par l’Allemagne. De son côté, la France réalise un début de compétition encourageant. Retour sur cette première journée de dressage au Danemark.

Il paraît que jouer à domicile est toujours un avantage, quel que soit le sport. Que, grâce à la ferveur du public, les athlètes se dévoilent comme transcendés, portés par un souffle nouveau. Mais ce samedi à Herning, l’ambiance et la dynamique foule danoises semblent surtout avoir porté le duo néerlandais Dinja van Liere et Hermes (Easy Game) qui, après une reprise d’une frappante justesse, n’est pas passé loin de battre à nouveau son record personnel ! Avec un score final de 78.835%, les triples vainqueurs du CDIO5* de Rotterdam au mois de juin dernier (où ils avaient d’ailleurs signé la meilleure reprise de Grand Prix de leur carrière) ont une nouvelle fois prouvé qu’ils étaient en très, très grande forme et que les Pays-Bas comptaient bien se faire une place sur le podium du championnat par équipes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le collectif féminin néerlandais est bien parti pour puisque, suite aux performances de Dinja van Liere et Hermes ainsi que de Thamar Zweistra et Hexagon’s Ich Weiss (Hexagon’s Rubiquil), sortis de piste avec la moyenne de 72.376%, c’est bien lui qui pointe en tête du classement par équipes ! Un résultat qui peut sûrement en surprendre quelques-uns, surtout compte tenu de l’effervescence qui émane de l’équipe danoise depuis plusieurs mois, et notamment depuis sa victoire lors du prestigieux CDIO5* d’Aix-la-Chapelle, où Cathrine Dufour, Daniel Bachmann-Andersen, Nanna Merrald Rasmussen et Carina Cassøe Krüth, avaient marqué l’histoire en s’imposant pour la première fois, détrônant par la même occasion les cavaliers allemands. Il n’en fallait d’ailleurs pas moins à ces derniers pour leur donner soif de revanche. Ce samedi, ils ont ainsi prouvé qu’ils avaient à cœur de retrouver le haut du podium et de permettre à l’Allemagne de conserver son titre de championne du monde par équipe, bien qu’elle soit privée de nombre de ses traditionnels piliers. Des ambitions affichées dès le passage du premier duo de la Mannschaft, Ingrid Klimke et Franziskus (Fidertanz 2), qui a tout simplement déroulé la meilleure reprise de sa carrière, notée à 75.683%. « En venant ici, mon but était de battre mon record personnel… Et c’est désormais chose faite. Ce fut une reprise absolument géniale. Dès le moment où nous sommes entrés en piste, je l’ai senti avec moi, très attentif, concentré sur ce qu’il avait à faire, etc. C’était exactement comme je le souhaitais. Parmi les meilleurs moments de cette reprise, il y a eu les pirouettes qui ont été particulièrement réussies, les changements de pieds au temps, les allongements… Et tout ce qui a suivi », a déclaré, indéniablement heureuse, celle qui jongle entre les équipes de complet et de dressage, et qui était là au départ de son tout premier championnat dans cette dernière discipline. En fin de journée, Ingrid Klimke et Franziskus ont été imités par Benjamin Werndl et Famoso OLD (Farewell III), eux aussi présents lors du CDIO5* d’Aix-la-Chapelle et auteurs d’une belle reprise notée à 77.003%. Ils ont ainsi offert à l’Allemagne une belle deuxième place au classement provisoire, devant les Danois. Mais ces derniers n’ont assurément pas dit leur dernier mot.

Rien n’est encore joué

Comme toutes les nations en lice dans ces championnats du monde, les grands favoris danois n’ont pas encore envoyé leurs deux meilleures cartouches. Pour autant, saluons tout de même la belle performance de Nanna Merrald Rasmussen et son expérimenté Blue Hors Zack (Rousseau), que l’on n’a que très rarement vu en compétition depuis les Jeux olympiques de Tokyo. Tous les deux ont signé une reprise notée à 76.724% ici au Danemark… Soit leur record personnel. « Il a seulement fait deux compétitions depuis Tokyo. Notamment car il a été très pris par la saison de monte. Mais vous savez, il a déjà fait tellement de concours… Si j’en fait trop, il va se lasser et ce n’est pas le but. Je souhaite qu’il reste frais et heureux d’aller en concours, d’entrer en piste. C’était vraiment le programme cette année, de ne pas faire trop de concours. Nous ne sommes pas allés à Aix-la-Chapelle car nous avons fait les championnats danois au mois de juin, où il a vraiment été génial. Il a dix-huit ans, nous ne savions pas s’il allait encore pouvoir faire partie de l’équipe… Mais il a encore tellement d’énergie, il est incroyable ! Avant de venir ici, nous avons donc garder la même routine : peu de concours avant et juste un travail de base à la maison. C’était ça le programme. C’est absolument incroyable de réaliser mon record personnel ici, devant le public danois, et avec Zack. Je suis si fière, si heureuse. Ici, l’atmosphère est incroyable, tout comme le public qui nous a applaudis sur la dernière ligne alors que normalement cela n’arrive que lors des reprises libres en musique. J’ai senti les larmes montées et venir sur mon visage », a confié la cavalière en sortie de piste. Quelques heures plus tard, le duo a été imité par ses compatriotes Carina Cassøe Krüth et Heiline’s Danciera (Furstenball OLD), sorties de piste avec 76.863%.

Souvent cités comme grands favoris de cette échéance, nul doute que les dresseurs danois parviendront à se distinguer demain, après les reprises de Cathrine Dufour et Vamos Amigos (Vitalis) ainsi que Daniel Bachmann-Andersen et Marshall-Bell (Blue Hors Don Romantic), mais aussi malgré la pression qui pèse sur leurs épaules. « Je dois dire que les deux derniers mois, à chaque fois que j’ouvrais mon compte Instagram ou Facebook, il y avait une photo de notre équipe à Aix-la-Chapelle. Je lisais partout "Est-ce que les Danois peuvent gagner ?"... Il y a de la pression mais, en même temps, la seule chose que nous pouvons faire est donner le meilleur de nous-mêmes et si nous montrons la meilleure version de nous-mêmes. Si cela ne suffit pas cela veut dire que ce n’était pas assez depuis le début », a affirmé Carina Cassøe Krüth. Quoi qu’il en soit, n’oublions pas que le classement du jour n’est que très provisoire et que, comme le dictent elles-mêmes les lois du sport, tout peut encore arriver…

Des résultats encourageants du côté du clan tricolore

Ce samedi, ce sont Pauline Basquin et son fidèle Sertorius de Rima Z*IFCE (Sandro Hit) qui ont ouvert la voie au clan tricolore. Les représentants du Cadre noir ont très bien joué leur rôle d’ouvreur et réalisé un très bon début de reprise avec une belle entrée, un bon arrêt et un bon reculé, un premier piaffer très correct, et un travail au pas de qualité. Malheureusement, le couple faute à deux reprises sur la ligne de changements de pieds, mais ne se laisse pas abattre pour autant et signe une très bonne fin de reprise, avec notamment deux belles pirouettes au galop. De quoi satisfaire l’écuyère, qui se classe actuellement au treizième rang de cette épreuve. « Je suis contente, très fière de mon cheval parce que c’est notre premier gros championnat à tous les deux. Nous avons rempli notre rôle d’ouvreurs, même s’il y a encore cette satanée faute aux changements de pied au temps. On savait que c’est là-dessus qu’on pouvait pêcher. À la détente, il était un peu trop contracté sur ce mouvement, et en piste j’ai plutôt essayé de le décontracter mais, malgré ça, ça a cafouillé à l’entrée des temps, c’est de ma faute. Mais c’est comme ça qu’on apprend. Sur le reste, il s’est très bien comporté. C’est la première fois qu’il est tout seul au milieu d’une grande arène et je suis fière de lui, il a rempli son rôle et il était avec moi », a tenu à souligner Pauline Basquin. De son côté, Jean Morel, sélectionneur de l’équipe tricolore, a, lui, noté la belle progression de ce couple qui, échéance après échéance, ne cesse de s’améliorer et de prouver qu’il a sa place dans en équipe de France. « Pauline a rempli son contrat. On savait que les changements de pieds pouvaient être friables, mais je suis très content, elle a montré qu’elle était compétitive parce que oui elle a fait une faute mais elle a su gérer derrière, elle n’a pas paniqué et a fini en beauté. Après des fautes lors des CDIO5* de Compiègne et Rotterdam, elle a prouvé qu’elle s’était relevée, que c’était une gagnante et ce que je cherche en venant ici. Oui, ce sont les championnats du monde, mais c’est une étape dans la formation des cavaliers, ce n’est pas un objectif en soi pour nous. En quatre mois, on ne va pas faire des miracles mais aujourd’hui, j’essaye d’identifier les chevaux potentiels et les cavaliers compétiteurs. Le travail qu’a fait Carlos Pinto avec Pauline Basquin et Sertorius sur le piaffer, le passage, le rassembler, est bien visible. Cela va donner des choses encore plus belles pour la suite, et ça me va très bien. »

Deuxième duo à s’élancer, Antoine Nowakowski et sa jeune Quater Girl (Quaterback), neuf ans, ont, eux, déroulé une reprise entachée de quelques fautes dans le travail au trot et au galop – dans le départ au trot, les changements de pieds au deux temps et aux temps, ainsi que les appuyers - et sortent de piste avec la moyenne de 65.326%. Bien que quelque peu déçu de cette performance, le cavalier qui participait là à son tout premier championnat a mis un point d’honneur à rester positif. « Je suis déjà très content d’être ici. Il y a beaucoup de choses à travailler, la jument était un peu tendue, et moi aussi probablement. Il y a eu des bonnes choses, mais aussi quelques fautes, sûrement trop et peut-être dues au manque d’expérience. J’ai fait tout ce que je pouvais, la jument aussi. Alors oui, bien sûr, on s’en veut toujours, mais je vais déjà regarder ma vidéo et voir ce qui a cafouillé. La jument me donne toujours beaucoup donc je ne peux pas tout le temps être trop gourmand. Elle était bien à la détente, j’ai peut-être démarré un peu vite en piste, et j’aurais peut-être dû la cadencer un peu plus mais nous prenons de l’expérience », a déclaré Antoine Nowakowski après sa reprise. Un constat partagé par Jean Morel. « Antoine n’a pas beaucoup d’expérience, mais je pense que sa jument est un cheval d’avenir. Il n’est pas en train de remplir un contrat, il n’a jamais fait de Coupe des nations. Je l’ai choisi, j’assume et je continue à le faire. La première chose qu’il doit faire, c’est oublier cette non-performance, qu’il se remette en route en concours. Car c’est comme ça, c’est la loi du sport, et si c’était si simple on serait tous champions. Il a été très déçu, il est conscient de ce qu’il a fait, il a analysé sa reprise avec moi, il faut qu’il digère, qu’il voit avec son entraîneur, mais ce sont dans ces conditions-là qu’on voit comment sont les gens, et avec des échecs comme ça qu’on voit s’ils peuvent se relever et qu’on voit s’ils sont des sportifs. » Après ces deux premières reprises, la France se classe neuvième au provisoire.

Demain, rendez-vous dès 11h pour la deuxième partie du Grand Prix et la première remise de médailles.

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