Herning 2022 : Et la médaille s'envola
samedi 13 août 2022

Kévin Staut, à gauche, et Matthieu Billot, réserviste
Kévin Staut, à gauche, et Matthieu Billot, réserviste © Scoopdyga

Difficile vendredi soir pour le clan français du saut d'obstacles. Alors qu'à l'issue de la chasse et de la première manche par équipes, la France pointait au deuxième rang provisoire, les chances de ramener une breloque de ces championnats du monde n'ont fait que s'amenuiser au fur et à mesure que les minutes défilaient. Un violent revers qui, même s'il fait partie de "la dure loi du sport", comme on l'entend souvent, n'est pas inédit.

Il est un peu plus de 22h20 lorsque le premier couple de l'équipe de France, Simon Delestre et Cayman Jolly Jumper (Hickstead) fait son entrée sur la piste danoise du Stutteri Ask Stadium. Le parcours est très difficile et seuls deux couples (sur une trentaine) avaient trouvé le moyen de franchir la ligne d'arrivée sans la moindre pénalité au compteur. Malheureusement, Simon et Cayman ne seront pas les troisièmes. Comme beaucoup, ils se font piéger sur le triple installé en numéro 13, plus précisément sur l'entrée. Après tout, quatre points, ce n'est pas si grave, ils sont beaucoup à se faire avoir pour pas grand chose. Oui mais, ce que personne ne savait, c'est que ce quatre points sera le meilleure score tricolore de la soirée. 

Dix chevaux plus tard, Grégory Cottard et Bibici (Norman Pré Noir) font leur entrée en piste, s'élancent et... fautent dès le premier obstacle. Par la suite, le parcours se déroule bien. Bibici se montre dans une forme olympique et Grégory s'applique pour faciliter le travail de la jument. Mais sur de telles hauteurs, inédites pour le couple, le moindre grain de sable vient enrayer une machine pourtant bien huilée. Le 13B est à terre et on compte un total de neuf points... chronomètre dépassé oblige. 

Rapides et efficaces, les Français espèrent que Julien Epaillard et Caracole de la Roque (Zandor Z) fassent comme les jours précédents et alignent un parcours parfait mais là encore, le triple est venu jouer les trouble-fêtes. Alors que Julien craignait un peu cette épreuve en nocturne, Caracole est à son affaire et réalise une partition sans fausse note. Le triple arrive et les fautes avec lui : huit points pour avoir renversé l'entrée et le milieu de l'obstacle. Bon, il va falloir commencer les savants calculs pour voir à quoi le dernier duo de l'équipe a droit. Mais visiblement, les choix vont être assez restreints.

En tribune presse, on compte les points et on imagine tous les scénarios possibles afin de trouver le dénouement le plus heureux. « Si Kévin est sans faute, il assure l'argent », entend-on d'abord. « Non attends, le classement par équipes n'est pas à jour, l'argent reviendra forcément aux Pays-Bas », a-t-on recalculé. « Mais une médaille est quand même possible ? », essaie-t-on de se rassurer. Les cerveaux finissent par s'embrouiller autant que le Longines Timing, qui affiche (ou du moins qui est censé afficher) les résultats en direct. Et puis lorsque Kévin Staut entre en piste avec Viking d'la Rousserie (Quaprice Bois Margot), on pose les crayons, on ferme les ordinateurs et on observe en croisant les doigts pour que les barres restent sur les taquets. L'espoir aura été de courte durée. L'oxer numéro 1 tombe. « Merde ! » Ce n'est pas poli, mais ça vient du coeur. On se dit que si le quatre points tient, la situation ne sera « pas si pire que ça ». La fin de tour approche, le couple aborde l'oxer numéro 10. Bam, une deuxième barre à terre. « C'est mort. » Puis le triple, dont l'entrée finit elle aussi par terre. Les poings tapent sur les tables et sonnent la fin de la partie. Douze points. On n'essaie même plus de savoir où le score final place l'équipe de France, puisque le retour à la maison se fera les mains vides. Sixièmes, avec 26.44 points. La sanction est lourde, mais c'est aussi ça, le sport. 
Un sport qui continuera dimanche, avec la finale individuelle où la France sera représentée par Simon Delestre (dixième, 6.93 points) et Julien Epaillard (douzième, 8 points). Espérons au moins que - même s'il n'y a pas de médaille au bout - chevaux et cavaliers puissent compter de nouveaux sans-fautes à leur actif. 

La réaction de Simon Delestre : « Le cheval a vraiment fait un bon parcours. Il a fait un petit quatre points et c'est le jeu. J’ai vraiment voulu aller à l’intérieur pour aborder le triple et faire les neuf foulées pour rentrer en freinant sur les deux premiers verticaux de la combinaison, séparés par deux foulées, parce que l’oxer en sortie était difficile. Je suis peut-être un peu trop resté à l’intérieur et j’ai tenu jusqu’à la fin pour les neuf foulées. Peut-être que si j’avais un tout petit peu plus écarté ce serait passé, mais c’est difficile à dire. Pour le reste, Cayman a encore fait un boulot exceptionnel. Ce sont ses premières expériences sur ces épreuves mais la façon dont il a déroulé aujourd’hui, où on est tellement proche du sans-faute, fait qu’on veut toujours plus. C’est sûr que 0-0-4, c’est quand même un très bon score et plus particulièrement avec le parcours de ce soir, mais quatre points vont couter cher. »

La réaction de Grégory Cottard : « Je suis déçu évidemment parce que j’ai fait deux fautes que je n’explique pas trop. Bibici fait une bonne faute sur l'obstacle numéro un. Je pense qu’elle était surprise un petit peu de l’environnement. Après, je l’ai sentie vraiment à l’aise dans mon parcours, je trouve que j’étais vraiment au point dans mon tracé, on a bien révisé avec les gars et Henk (Nooren, chef d'équipe, ndlr). Ensuite, je refais une petite faute dans le triple. J’ai vu pas mal de chevaux faire une faute d'antérieur, donc j’ai peut-être un peu trop soutenu la barre du milieu ce qui entraîne une petite touchette avec les postérieurs. Pas de chance. Je n'ai pas grand-chose à dire sur Bibici, elle est juste parfaite elle a fait le job parfaitement. »

La réaction de Julien Epaillard : « Je pense que la jument manque encore un peu de métier. Je la subis encore un peu trop. J'appréhendais un peu cette épreuve, du fait qu'elle soit de nuit. J'ai dû mettre un peu plus de pression que les autres jours. Sur ce genre de parcours, quand on n'a pas 100% de contrôle, on le paie directement. Je savais que le triple était vraiment difficile. J'ai fait ce que j'ai pu en début de parcours. Le fait d'avoir mis beaucoup de pression en début de tour a fait que j'ai l'ai perdue au fur et à mesure. Et ce triple en numéro 13... Techniquement, je ne suis pas au point, et je le savais avant de venir. Caracole a dix ans, on n'a pas encore fait de grosses échéances comme ça, tout n'est pas encore au point. Elle a beaucoup évolué en ce qui concerne le contrôle, mais j'ai encore un petit peu de travail. Cette sixième place... C'est sûr qu'il faut avaler la pastille. On était parti sur une bonne dynamique. Aujourd'hui, le parcours était vraiment sélectif, il fallait être à 100% au point. Les meilleurs ont gagné, les équipes sont au point. On va analyser tout ça à froid, mais je pense qu'il nous a manqué un peu de technique. Il va falloir débriefer tout ça. Le parcours était faisable, il fallait avoir un contrôle parfait du début à la fin du parcours. Ça reste une bonne expérience pour la jument et pour moi. On a appris à se connaître. On savait qu'elle manquait encore un peu d'expérience pour être vraiment compétitive jusqu'au bout. On a fait un bon début... Il faut reconnaître les côtés positifs mais aussi voir ce qu'il reste à travailler. On va avancer, il y a d'autres échéances comme Barcelone. D'ici là, il faut que l'on revoit un petit peu notre copie. On va réfléchir, voir comment on peu arranger ça, comment régler ces gros problèmes techniques qu'on a rencontrés ce soir. »

La réaction de Kévin Staut : « J’ai une explication technique et ce n'est pas pour trouver une excuse, mais le cheval avait déjà passé la langue au paddock. On avait les mêmes réglages que d’habitude et j’ai senti en partant sur le numéro 1 qu’il avait repassé la langue. Forcément, le contact est un peu faussé. Ça explique déjà la faute de postérieurs sur le numéro 1. Ensuite, j'ai vraiment, un problème pour retrouver la connexion. Le cheval avait envie de se donner. Je pense aussi que c’est un phénomène. Quand il sent la pression, il essaie de faire encore mieux. Ça n’excuse rien pour moi, j’aurais du m’adapter et soit avoir une réaction au paddock, quand il a passé la langue, soit trouver un moyen en piste pour éviter au moins deux fautes. Ça n’a pas été le cas. C’est une journée forcément difficile parce qu’on avait eu des bons parcours jusqu’à maintenant. On savait qu’on avait un parcours difficile à affronter. On a essayé d’être concentré et sérieux mais ça n’a pas suffit, il y a cinq équipes meilleures que nous. Mon bilan personnel est forcément décevant sur ces championnats entre le premier jour et aujourd’hui. Ce qui ne retire rien au fait que le cheval s’est beaucoup donné. Il a forcément de l’avenir dans les grosses échéances à venir. Un championnat ce sont des émotions, très bonnes comme hier et très mauvaises comme aujourd’hui. Maintenant, on est confronté à ça régulièrement. Si on ne veut pas souffrir, on ne doit pas venir. On sait que quand on fait le voyage, c’est aussi pour encaisser ça. Maintenant il faut aussi analyser et continuer d’évoluer, arriver à rectifier les points techniques qui doivent l’être. »

Le bilan de Henk Nooren, chef d'équipe : « Tout le monde est forcément déçu de la performance d’aujourd’hui. D’un autre côté, avant de partir, j’ai dit qu'on avait une bonne équipe qui se formait dans l’année 2022. Ce soir, il y avait un très gros parcours et c’est une hauteur qui est normale pour un championnat. Peut-être que les chevaux ne sont pas encore vraiment habitués à cette hauteur, alors on a encore besoin de six mois supplémentaires pour les affûter. Grégory Cottard vivait aussi son premier championnat sur cette hauteur, qu’il n’avait encore jamais sautée... ça prend encore un peu de temps. Le prochain objectif maintenant, jusqu’à la fin de l’année ou le début de l’année prochaine, est vraiment d’essayer, déjà, de former les couples avec lesquels on aimerait bien aller à Paris et identifier vraiment ce panel de cavaliers qui sont capables de faire une performance sur des échéances comme ça. À partir du début de l’année 2023, tout sera fait en pensant à Paris 2024. »

Retrouvez très vite un article complet sur les résultats de cette finale par équipes.