Herning 2022 : Pluie de médailles pour les Bleus de la voltige
lundi 08 août 2022

L'équipe de France de voltige avec, de gauche à droite, Lambert Leclezio, Dorian Terrier, Manon Moutinho, Corinne Bosshard, Jeanne Braun, Louis Du...
L'équipe de France de voltige avec, de gauche à droite, Lambert Leclezio, Dorian Terrier, Manon Moutinho, Corinne Bosshard, Jeanne Braun, Louis Dumont et Quentin Jabet © Scoopdyga

Quelle journée que celle de ce lundi 8 août 2022. Pressentis pour les podiums, les voltigeurs tricolores ont fait un carton. Alors que l’équipe et Quentin Jabet décrochent l’argent, Manon Moutinho et Lambert Leclezio inscrivent leurs noms dans les annales de leur sport. Récit de cette folle journée aux émotions décuplées.

Après avoir enchainé les victoires toute l’année, il aurait été injuste (même si le sport est parfois cruel) que Manon Moutinho passe à côté d’une médaille d’or. Mais la Française, dont le costume sublime le moindre de ses mouvements, a survolé ce programme libre et même s’il a fallu attendre les résultats officiels, tout le monde dans l’arène savait, une fois son programme terminé, qu’elle était sur le point de devenir la première Française titrée championne du monde en voltige individuelle. Forcément, c’est sur un petit nuage qu’elle a livré ses impressions sur cette année folle : « C’est la meilleure saison que j’ai faite, due au travail et au staff qui m’entoure. Bamdad (Memarian, entraîneur de l’équipe de France, ndlr) m’a beaucoup apporté, je ne le remercierai jamais assez. La saison s’est super bien déroulée, on a vraiment fait les bons choix, même si ce n’est pas facile de commencer en avril avec la Coupe du monde. En même temps ça m’a mis dans le bain directement. Physiquement, mentalement, on a vraiment bien géré les choses, on a communiqué et c’était jusqu’ici la plus belle saison de ma carrière. » Une saison que Manon conclut avec l’impressionnante note de 9.296 sur le programme libre (8.963 au cumul des trois programmes), grâce à une Saïtiri (Santorin II) fidèle à elle-même et une longeuse, Corinne Bosshard, toujours au top. Ça y est, le compteur de médaille de la France est ouvert, et Manon ouvre la voie à ses camarades, qui n’ont pas manqué l’occasion de l’emprunter. 

Explosif Quentin Jabet

Avant même la fin de l’épreuve individuelle homme, la France était assurée d’une médaille d’or grâce à la performance de Quentin Jabet, que seul son compatriote Lambert Leclezio pouvait détrôner. Deuxième au provisoire depuis le début de la compétition, il s’affichait au premier rang provisoire après son ultime passage, malgré une rupture de rythme de son cheval, Ronaldo 200 (Riccio Nrw), qui est repassé au trot sur quelques foulées juste avant la fin du programme. Heureusement, Andrea Boe, la longeuse du trio, a relancé le hongre de quinze ans, permettant par la même occasion au voltigeur de réaliser une sortie absolument surréaliste, faisant monter son salto arrière plusieurs mètres au-dessus du sol. Les notes techniques s’envolent avec lui et se situent toutes au-delà des 9, lui assurant alors une médaille d’argent. Encore dans l’émotion au moment de donner ses impressions à la presse, Quentin reconnaissait : « C’était assez inattendu, je ne partais pas pour faire cette médaille. Le travail a payé, j’ai déroulé manche après manche et puis ça s’est fini comme ça. C’est juste incroyable ! » La pression, bien sûr qu’il l’a sentie, mais il a tout fait pour la mettre de côté et se surpasser. « J’ai essayé de me libérer sur l’artistique pour vous faire plaisir un maximum ! Moi, je me suis fait plaisir en tout cas. » Rassure toi Quentin, tu nous as régalés. 

Une légende nommée Lambert

La Formule 1 a Lewis Hamilton, le golf, Tiger Woods, le football, Zidane, et la voltige, Lambert Leclezio. Quatre titres de champion du monde consécutifs. Voilà l’exploit qui n’avait jamais été réalisé et que Lambert Leclezio a fait. Ce lundi 8 août, le Français a inscrit son nom dans l’Histoire de son sport, après un programme libre qui a frôlé la perfection : deux 10 sur les notes artistiques, des notes techniques qui ne descendent pas plus bas que 9.8 et le cheval le mieux noté de l’épreuve (près de 8.5 de moyenne). À son entrée en piste, la tension est palpable, surtout dans le clan français. Mais Lambert, lui, reste solide comme un roc. Dans sa bulle, concentré sur ce qu’il avait à faire, le voltigeur s’est accordé une seule pensée divergente : « Quand j’ai levé la main, je me suis dit "Vas-y, c’est ta dernière", ce qui m’a mis un petit coup de plus pour me dire que c’était maintenant qu’il fallait tout donner. » La musique part, Lambert s’approche d'Estado*IFCE (Spielberg), toujours longé par Loïc Devedu, touche la poignée et s’envole pour un peu plus d’une minute d’un programme au cours duquel le temps semble s’être arrêté. Légèreté, grâce, harmonie, émotion, symbiose, tout y est. Lorsque les pieds du voltigeur touchent le sol, il réalise l’immensité de son oeuvre et, submergé par l’émotion, se recroqueville sur lui-même, la tête dans les mains, laissant échapper ses larmes et tirant au passage celles de ceux présents dans l’assistance. Le public se lève et ovationne le Français avant même que les notes ne tombent. « Finir la compétition comme ça avec Estado, qui a été incroyable toute la compétition, c’était assez fort en émotions », confiait Lambert, encore ému. « Je ne peux que remercier toute mon équipe et les gens qui ont permis que le cheval soit aussi bien et que moi je sois aussi bien, à Bamdad, à Davy (Delaire, chef d’équipe, ndlr), à tous ceux qui m’ont accompagné. Une belle façon de terminer et maintenant ce n’est que du plus sur la Coupe des nations. »

L’équipe en argent

Après le premier jour de compétition, Davy Delaire annonçait un match franco-allemand, notamment pour l’épreuve par équipes. À raison. À l’issue du programme imposé, la France comptait un petit dixième d’avance sur la Mannschaft, réputée pour présenter des programmes dont la technique frôle la perfection. Il faut dire que leur équipe est bien rodée et écume terrains de concours et récompenses depuis 2018. Ce lundi, dans le programme libre, ils ont été très, très impressionnants et ont enchainé les portés les plus risqués, sans jamais trembler. La note est sans appel : 9.063 sur le libre et 8.614 de moyenne générale. « Ils sont imbattables aujourd’hui », entendait-on dans les tribunes. La France est la dernière à entrer en piste. Au moment de partir au galop, Londontime (Londonderry) jette les postérieurs et part dans un galop pas vraiment adapté à la voltige. Sa longeuse, Corinne Bosshard, la reprend et la baie repart sur son cercle pendant que Quentin Jabet, premier des six Français à se hisser sur le dos de la jument, levait la main pour lancer la musique. Quelques petits déséquilibres viennent assombrir le tableau de l’équipe de France, également composée de Jeanne Braun, Louis Dumont, Lambert Leclezio, Manon Moutinho et Dorian Terrier, qui doit finalement se contenter de la médaille d’argent pour un dixième de point (8.549 au général). Certes, à chaud, la déception se lit dans les yeux des voltigeurs français, mais ils n’ont pas à rougir. Leurs premières séances de travail tous ensemble pour monter une équipe n’ont eu lieu qu’au début de cette année, et ils ne s’étaient jamais présentés sur un concours officiel. Ils sont peu nombreux ceux capables d’une telle performance. Alors oui, ce soir l’équipe de France s’endort avec l’argent, mais ne vaut-il pas bien plus que de l’or au regard du chemin parcouru ? Chez L’Eperon, nous avons envie de répondre par l’affirmative. Avec quatre médailles, pour quatre participations, le contrat est largement rempli.
La France aura l’occasion de jouer son match retour contre l’Allemagne. Il se passera mercredi, dans la Coupe des nations. Chaque pays y participant déroulera trois programmes libres : deux en individuel et un en équipe. Que le meilleur gagne ! 

En attendant, chers voltigeurs, aujourd’hui, nous n’avons qu’un mot à vous dire : merci. 

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