Pratoni 2022 : Un cross pour rebattre les cartes
samedi 17 septembre 2022

La combinaison des
La combinaison des "chevaux de Pratoni" © Pratoni 2022/Massimo Argenziano

Ce samedi matin, les quatre-vingt-huit concurrents en lice à l’occasion des championnats du monde de Pratoni del Vivaro, en Italie, s’élanceront sur le cross à partir de 10h30. Sur le tracé, composé de trente obstacles pour un total de quarante-deux efforts, « il y a du travail », comme nous l’ont confié l’ensemble des cavaliers. Tour d’horizon des impressions.

Avec ses quarante-deux efforts, le cross de Pratoni del Vivaro promet du grand sport. Pas le temps de dormir pour les quatre-vingt-huit couples au départ ! Connu pour l’immensité de son terrain de cross, Pratoni del Vivaro fait pourtant des déçus. À commencer par le leader du classement provisoire, Michael Jung. « Je ne suis pas très content du cross, je n’aime pas la manière dont le chef de piste (Giuseppe della Chiesa, ndlr) a utilisé l’espace. Nous avons un endroit magnifique… mais on n’utilise pas le terrain. Il a fait un cross très tournant, où vous devez ralentir et où il est difficile de prendre un vrai galop. Tout cela complique l’exercice. Peut-être que je le trouverai plus agréable à monter que l’impression que j’en ai en le marchant, mais dix minutes en tournant, ce n’est pas l’idéal », faisait remarquer le poleman. Un sentiment partagé par Nicolas Touzaint, qui s’attend également à un parcours « éprouvant » et espérait « un parcours plus galopant par rapport aux espaces qu’il y a. Là, on trouve pas mal de virages un peu serrés et de franches montées. » Cette sensation de “parcours qui tournicote” est globalement partagée par tous les cavaliers interrogés, quelle que soit leur nationalité. 

Habituellement, le terrain de Pratoni est réputé pour la qualité de son sol, où Thomas Carlile se souvient avoir fait « des concours ici où il avait plu des trombes et les carrières étaient inondées, alors que le cross était fabuleux ». Hier, il commençait à poser question. « La qualité du sol n’est pas terrible et le tracé ne l’est pas non plus », faisait savoir Nicolas Touzaint. Alors que des précipitations étaient attendues ces derniers jours, seules quelques averses ont arrosé le terrain italien. « Même pas un coup de herse… c’est limite », entendait-on parfois au détour d’une reconnaissance. Même son de cloche du côté d’Andrew Hoy, cavalier du Selle Français Vassily de Lassos (Jaguar Mail), qui expliquait qu’à la moitié du parcours, où un dévers assez important pourrait malmener les boulets des chevaux, il choisira de diminuer de vitesse « quitte à prendre du temps ». 

Les bonnes questions

Ce qui frappe lorsqu’on marche le cross de ces Mondiaux, c’est la variété d’options proposées par le chef de piste. C’est à s’y perdre et au premier abord, même les cavaliers s’interrogaient sur les différents chemins à prendre. Toutes ces options représentent une très bonne initiative pour Michael Jung, qui voit d’un bon œil la possibilité pour les nations les moins affûtées ou les couples avec moins d’expérience de « rentrer à la maison avec plus de temps, mais sans dommage ». Pour Astier Nicolas, « il y a des combinaisons assez difficiles », tandis que Rosalind Canter évoque « des questions à se poser, des choix à faire et des situations qui pourraient se révéler délicates ». Au cours des reconnaissances de chacun, on a prêté une attention particulière au gué, traversé deux fois en fin de parcours (obstacles n°21 et 24), ainsi qu’à la combinaison Fischer placée en n°11 en haut d’une colline et dont les deux pointes en B et C devront être abordées avec un soin tout particulier. En avant-dernier obstacle, les "chevaux de Pratoni", un enchaînement de haies directionnelles fait également s’arrêter les chefs d’équipe et leurs soldats. 

Ensuite, les muscles de nos fessiers ont pu se rendre compte de l’importance du dénivelé de Pratoni, augmentant d’un cran la difficulté sur certains obstacles. C’est notamment le cas de la combinaison n°7, « un grand classique de Pratoni grâce auquel Nicolas Touzaint avait été sacré champion d’Europe en 2007 », remémorait le DTN français Michel Asseray. Au menu, un tronc en haut de la colline, dont la réception se fait au début d’une descente vertigineuse qui mène sur les éléments B et C, deux doubles brushes étroits. « Cette combinaison arrive très vite dans le parcours, mais tout est sautable », estimait Yasmin Ingham, l’individuelle britannique. À Laura Collett, actuellement deuxième après le dressage, le dénivelé du terrain italien lui « rappelle un peu Chatsworth ». 

S’adapter pour ne pas disparaître

Pour Thomas Carlile, pour ce qui est de la construction même du parcours, celui-ci réunit pas mal d’ingrédients nécessaires au beau sport. « C’est gros sans être énorme, c’est bien assez technique sans être illisible et ça ne va pas se faire tout seul », faisait-il remarquer. Pour lui, Giuseppe della Chiesa a trouvé « un super équilibre entre un vrai parcours de championnat et la modernisation du concours complet, là où le sport tend, avec beaucoup de profils frangibles et de sécurité. » Selon le complétiste français, même si les avis sur les évolutions de la discipline divergent, « c’est la direction que va prendre le sport, donc il faut qu’on commence à s’y habituer, à choisir nos chevaux et les former à ce cross-là. » Car ce samedi, si la performance purement sportive sera au centre de l’attention, elle ne sera pas l’unique enjeu. C’est aussi un peu l’avenir du concours complet qui se joue à Pratoni del Vivaro, où des membres du Comité international olympique ont fait le déplacement pour assister à ces Mondiaux. En effet, depuis quelques mois, des rumeurs circulent sur le fait que la discipline pourrait ne pas apparaître au programme des Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028. “Trop coûteux”, “trop dangereux”, “pas assez dans l’air du temps”, les détracteurs ne manquent pas d’arguments et pourraient avoir raison d’un sport qui a toujours été au programme des Olympiades depuis 1912. Affaire à suivre…

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