Amande de B’Neville, parcours sans-faute
jeudi 27 mai 2021

Julia Krajewski et Amande de B'Neville
A Saumur, Julia Krajewski et Amande de B'Neville remportaient leur premier CIC4*-L. © Eric Knoll

Le 28 avril dernier, Julia Krajewski s’imposait dans le CCI4*-L de Saumur, en selle sur Amande de B’Neville. Une première victoire à ce niveau-là pour le couple, bien que les autres belles performances de cette formidable Selle Français ne manquent pas. Portrait d’une bonne élève, au parcours des plus exemplaires.

« Je cherche à faire naître des chevaux avec un beau modèle, une belle locomotion, une bonne tête, du mental et du courage. » En une phrase, Jean-Baptiste Thiébot décrit ainsi parfaitement ses ambitions mais aussi Amande de B’Neville, qu’il a fait naître. Après le succès de Piaf de B’Neville (Cap de B’Neville), Amande est la nouvelle grande réussite en concours complet de cet élevage, pourtant initialement tourné vers le saut d’obstacles. « Je ne fais pas de croisement dans le but de faire des chevaux de complet. Je prends des origines que j’apprécie et j’accorde beaucoup d’importance aux souches maternelles, qui font selon moi les deux tiers de la réussite. Dans le cas d’Amande, j’ai par exemple préféré prendre un fils de Lando que Lando lui-même, car je le trouve un peu trop regardant. Concernant sa mère, elle est issue d’une très bonne souche de performers à haut niveau comme l'ont été Fort de B'Neville et Radja de B'Neville », assure Jean-Baptiste Thiébot. Et si cette fille d’Oscar des Fontaines (Lando) et de Perle de B’Neville (Elan de la Cour) s’est ainsi avérée être excellente sur les terrains de cross, Olivier Le Vot, le cavalier qui l’a formée, l’affirme : « Elle aurait été une très bonne jument de CSO et aurait au moins pu faire des épreuves 1,40 mètre. » Mais le destin en a décidé autrement. « Je ne vais pas fanfaronner en disant que j’ai toujours su qu’elle ferait du haut niveau. En effet, dès son plus jeune âge, c’était déjà une belle jument, avec du sang, bien dans sa tête et elle avait tout pour réussir. Mais j’ai aussi su la laisser entre les mains des bonnes personnes, des gens compétents et qui connaissaient très bien le milieu du concours complet », souligne Jean-Baptiste Thiébot.

La bonne élève

Contrairement à de nombreux chevaux, Amande de B’Neville n’a pas fait ses premiers pas en compétition à l’âge de quatre ans. Un choix assumé de son naisseur : « Je ne suis pas du tout pressé en ce qui concerne les chevaux que je fais naître. Ils travaillent tous modérément à quatre ans, voire pas du tout. Certains ne sont pas même débourrés. Ce sont encore des poulains à cet âge-là, il faut leur laisser du temps. » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela a été bénéfique à Amande. À cinq ans, la bai fait ses débuts sous la selle d’Arthur Le Vot – qui a également effectué tout le travail de débourrage – et réalise une très bonne saison, totalisant pas moins de dix sans-faute. « C’était déjà une excellente jument de concours. Elle avait un très bon mental, beaucoup d’étendue et était très facile. Elle se laissait bien faire au travail et comprenait assez vite ce qu’on lui demandait. Amande avait vraiment un très bon mental et un bon caractère. Elle était un petit peu raide mais bougeait tout de même bien. C’était vraiment une jument d’avenir », confie Olivier Le Vot.

De nombreuses qualités, qui n’ont évidemment pas échappé aux connaisseurs. Alors qu’Amande était rentrée passer l’hiver chez son éleveur après la finale des cinq ans de Fontainebleau, la jument tape dans l’œil de la Flammande Myriam Meylemans, qui avait déjà découvert le champion Samouraï du Thot. « Elle a beaucoup aimé son modèle ainsi que la manière dont elle bougeait et sautait. Amande a de belles allures et un bon passage de dos à l’obstacle », raconte Jean-Baptiste Thiébot. La bai s’envole alors pour la Belgique puis rejoint les écuries de Julia Krajewski en Allemagne. De quoi ravir son naisseur. « Je suis vraiment heureux qu’Amande soit sous la selle de Julia. C’est une excellente cavalière, qui a vraiment su tirer le meilleur de la jument. Amande est une très bonne ambassadrice du savoir-faire français à l’étranger », affirme le fondateur de l’élevage de B’Neville. Même discours du côté d’Olivier Le Vot, présent lors de la victoire du couple à Saumur : « Je suis ravi de voir Amande ainsi. Elle a énormément changé, bien sûr : elle a pris de la masse musculaire et s’est bien assouplie. Julia et son équipe ont fait un super travail. Je les ai vu lors de l’hippique et la jument saute toujours aussi bien. On n’a pas peur de la barre du haut avec cette jument-là. Et même après un cross, elle a encore beaucoup de recul. »

Une habituée du Top 10

Voilà maintenant cinq ans qu’Amande de B’Neville et Julia Krajewski sont présentes sur le circuit international. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont su s’y imposer comme des concurrentes redoutables. Dès leur premier départ, lors du CIC1* de Hünxe en 2016, elles se placent directement dans le top 10… Et n’en sont que très rarement sorties durant les concours suivants. Un an plus tard, pour leur premier CIC2* à Langenhagen, Amande et Julia signent une belle cinquième place, terminent dixièmes lors de leur première participation à un CICO3*-NC en 2018 à Waregem ou encore quatrième de leur premier CCI4* l’année suivante à Chatsworth. Une évolution à la fois progressive dans l’augmentation du niveau mais aussi linéaire dans les résultats obtenus. Amande a donc su répondre à toutes les sollicitations et ambitions de sa cavalière, qui a pourtant dû accélérer le rythme avec elle il y a quelques mois suite au départ de la retraite inattendu de Samouraï du Thot, son cheval de tête. « Pour le moment, elle a réussi à passer le cap. Le cross et le saut d’obstacles sont vraiment ses points forts », souligne Julia Krajewski. À noter que le couple brille également en dressage, et ses 24,7 points après ce test à Saumur le prouvent. De quoi affirmer encore le statut de bonne élève de cette formidable jument, toujours très appliquée, quel que soit l’épreuve.

Le CIC4*-L de Saumur en avril dernier a véritablement été la consécration de toutes ces années de travail et de régularité puisque le couple remporte cette belle épreuve. De quoi combler Julia Krajewski qui, pourtant, n’était initialement pas venue pour gagner. « C’est une jument rapide, débordante d’énergie, très honnête, qui ferait tout pour son cavalier. Néanmoins, elle reste un peu verte. Elle n’a pas fait de 5*, notamment car je pense qu’un 4*-L est plus difficile. Je voulais être sûre que les premières parties un peu difficiles étaient faites sans encombre. Et elle a encore réagi mieux que je le pensais ! Elle était vraiment avec moi. Elle a tout sauté et a vraiment galopé à la fin. Au milieu du parcours je me suis dit qu’elle était peut-être un peu en retard mais c’est une telle machine ! Elle est vraiment géniale : c’est une bonne galopeuse, une bonne sauteuse et une guerrière. Je suis très fière », confiait l’Allemande après sa victoire. Bien rodé, à Saumur, le couple a ainsi mis au tapis les meilleurs cavaliers français, dont certains devant prendre la route pour Tokyo d’ici peu. Un véritable exploit que Julia Krajewski n’est pas prête d’oublier. Prochain objectif pour le couple : les championnats d’Europe cet été ou un premier 5* en fin de saison, la concurrence au sein de l’équipe allemande pour les Jeux Olympiques étant encore trop rude.

Revivez le parcours final d’Amande et Julia lors du CCI4*-L de Saumur au mois d’avril 2021 :