Clara Loiseau : « Ces Pur-Sang ont des histoires qui méritent de ne pas s'arrêter aux courses »
mardi 24 septembre 2019

Clara Loizeau et Cassioppée d'Azur
Clara Loiseau et la prometteuse Cassioppée d'Azur © Eric Knoll

Suite à une blessure au pied, Clara Loiseau a dû mettre fin à sa saison plus tôt que prévu. La cavalière a toutefois pu fouler les plus belles pistes cette année, faisant ses débuts en 5* et participant au mythique concours de Badminton. La Française revient sur son année et ses deux chevaux de tête, Wont Wait et Ultramaille, deux Pur-Sang réformés, une race qu’elle affectionne particulièrement.

Comment vous êtes-vous blessée ?

Un cheval de 4 ans que je tenais en main a fait l’imbécile et atterri sur mon pied ce qui a occasionné une fracture avec déplacement. Il n’y avait de base qu’une fracture mais comme c’est arrivé fin août, j’ai tiré dessus et je suis quand même partie à Burghley. Au retour, le pied avait bougé et il y avait déplacement. Je suis arrêtée à présent jusqu’à fin novembre. Après, j’aurai normalement le droit de monter sans étriers.

Vous avez donc couru le CCI 5*-L de Burghley blessée, comment cela s’est-il passé ?

Bien sûr j’étais un peu perturbée parce qu’il faut y aller quand on est à 200%. Je voulais quand même tenter parce que le cheval était prêt, je pensais l’être et c’est arrivé à peine une semaine avant de prendre le bateau. Avec du recul et en y réfléchissant, je pense que je n’aurais jamais dû partir. Ça m’a au moins permis de voir comment c’était. Tous les Anglais disent que c’est plus gros que Badminton et je confirme (rires). Maintenant je sais à quoi m’attendre mais je ne pense pas que le cheval se soit fait peur. Quand j’ai vu que ça le gênait que je ne sois pas sur mes deux appuis, j’ai abandonné et me suis dit qu’on reviendrait plus tard sans chercher la casse, il y en avait déjà bien assez sur ce cross pour tenter le diable. Je pense vraiment qu’il a dérobé parce que je ne pouvais m’appuyer que sur le pied droit et pas le pied gauche.

Que font vos chevaux à présent ?

Ils sont un peu plus tranquilles mais sont tous sortis, aucun n’est au repos, ils font simplement un travail plus modéré. On a baissé le régime parce qu’ils préparaient tous de grosses échéances. J’ai une bonne équipe à la maison donc tous les chevaux sortent au quotidien. Ils seront prêts pour réattaquer quand je serai remise.

Quel bilan faites-vous de votre saison pendant laquelle vous avez débuté en 5* à Badminton, Luhmühlen et Burghley ?

Ça a été une prise d’expérience énorme que de faire ces concours-là et cela me donnera de la sérénité quand je reviendrai sur ces épreuves. C’est ce qui se fait de plus gros. Cette année, j’ai eu la chance d’avoir deux chevaux qui m'ont permis de faire ces épreuves, j’en ai profité au maximum. J’avais des chevaux en forme cette saison qui ont bien fait, d’autres revenaient à ce niveau et qui ont eu une saison un peu plus mitigée, mais quoiqu’il arrive ils ont tous appris. Ils terminent tous en bonne santé avec l’envie d’en faire plus l’année prochaine et c’est le principal. Une saison est bonne lorsque tout se passe bien sur le plan sportif mais aussi lorsque les chevaux sont en bonne santé avec le moral à la fin. 

Pouvez-vous nous parler de Wont Wait ?

Son caractère est toute une histoire (rires) ! On l’adore et sans son caractère il n’en serait pas là. Il est comme on le dit, un vrai rogneux. Il a plein de surnoms dont « Hannibal Lecter » : il veut mordre tout le monde, il est d’une humeur de chien tout le temps. Il est capable de vouloir vous mordre et après de sortir sa langue pour vous lécher de partout pendant des heures. Ça le rend attachant, on sait tout de suite quand il va bien, mal ou qu’il n’a pas envie. A la maison on dirait un vrai cheval de club mais dès qu’il entend le camion démarrer, c’est le lion qui sort de sa cage.

Et d’Ultramaille ?

Elle n’est jamais fatiguée, toujours volontaire, parfois un peu trop. C’est vraiment la vieille fille des écuries qu’il ne faut pas embêter. Elle n’est pas comme Wont Wait qui va être très câlin et jaloux des autres, elle ne va pas chercher à faire des bisous. Elle le devient un petit peu mais elle est beaucoup plus brutale dans sa façon d’être au quotidien. Elle commence à être un peu jalouse des autres chevaux, je pense que c’est d’aller en 5* où on ne s’occupe que d’elle, elle trouve ça cool et ne veut plus partager.

Vous montez encore des Pur-Sang que l’on ne retrouve plus autant qu’auparavant en complet, pouvez-vous nous parler de cette race ?

Ce sont des chevaux que j’aime beaucoup même si je pense que ça demande énormément de temps pour les former à ce niveau, ils mettent beaucoup de temps à se caler. Il faut gommer tout ce qu’on leur a appris et refaire derrière. J’ai Wont Wait et Ultramaille qui concourent au plus haut niveau de la discipline. Tous les deux sont des Pur-Sang réformés que j’ai récupérés en fin d’année de 4 ans. Wont Wait vient de chez Yannick Fouin et il a commencé le complet assez rapidement ; et Ultramaille avait pour entraîneur Gilles Chaignan, qui elle a fait du concours hippique. J’ai aussi deux autres réformés qui commencent doucement à prendre la relève

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers les Pur-Sang ?

Au tout début pour être très franche, c’était une question de budget (rires). Après, j’ai été habituée toute petite à monter des chevaux avec beaucoup de sang. J'aime ce genre de chevaux. Ce sont des montures à qui l’on demande beaucoup et qui donnent tellement, ils méritent une belle reconversion. Ils savent faire plein de choses, ils ont énormément de cœur et sont très généreux ce qui est très important pour le cross. On met du temps à en faire nos copains mais une fois que c’est fait, ce sont les meilleurs amis du monde. Je trouve que c’est une belle histoire : c’est motivant de les sortir des courses parce qu’ils n’étaient pas bons et de leur trouver une discipline derrière dans laquelle ils le sont. Ça ne marche pas pour tous, mais pour certaine ça en vaut la peine. Pour moi, ces Pur-Sang ont des histoires qui méritent de ne pas s'arrêter aux courses.

Quels sont vos projets pour 2020 ?

On a en tête de repartir à Badminton, éventuellement y remettre Wont Wait et Ultra. Je veux essayer de qualifier Volnay de la Triballe pour faire 4*-L, Frans Hals va lui rester sur le Grand National. J’ai une très bonne 7 ans, Cassiopée d’Azur, en qui on fonde beaucoup d’espoirs et que l'on va prendre le temps de continuer à la former. 2020 va aussi être les débuts de Lilalco, mon autre Pur-Sang réformé. Il a fait des préparatoires cette année donc il sera prêt pour se lancer dans le grand bain des concours nationaux et internationaux.