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Guy Otheguy, du Cadre Noir au complet
mercredi 26 mai 2021

Guy Otheguy
Guy Otheguy © Xavier Libbrecht/ Coll. L'Eperon

Il faisait partie des figures emblématiques de la discipline du concours complet. Et pourtant, sa longue et prolifique carrière débuta par tout autre chose. Guy Otheguy, 79 ans, nous a quitté dimanche, laissant orphelins des générations entières de cavaliers et d’enseignants, en France et à l’étranger. François Belz, son ami de presque soixante ans, revient pour nous sur sa vie.

« Pour moi, il était mon grand-frère » précise François Belz, qui fut durant plus de trente ans délégué technique à la SHF et juge de dressage en concours complet. « Nous nous connaissions depuis 1965, quand j’ai intégré le Cadre Noir de Saumur, et il était déjà en ‘noir’ ». Avant d’épouser cette carrière en uniforme, ce tarbais d’origine – région dont il avait gardé ce petit accent si caractéristique, lui était le fils d’un agent des Haras nationaux -, Guy avait goûté aux joies du spectacle équestre avec la troupe de Dimitri Pakhomoff, spécialiste en voltige cosaque. Un brin original lorsqu’ensuite il entre dans l’armée (il fut notamment envoyé en Algérie dans la Compagnie des Méharistes) avant de postuler à l’école des sous-officiers de Saumur. Là, il suivit le cours d’élève-sous-maître dont il sortit major, ce qui lui permit de rejoindre la prestigieuse maison. Son passage à Saumur n’a laissé personne indifférent. A tel point qu’un gala fut organisé pour fêter son départ de la fonction publique territoriale, sous la houlette des anciens du Cadre Noir, les Loïc de la Porte du Theil, Didier Courrèges, Jean Teulère, avec une bonne partie des Conseillers Techniques Régionaux de France. « On a renfilé nos tuniques pour une soirée, c’était unique ! Pas un seul autre écuyer n’a reçu un tel honneur ! » s’enthousiasme François. Il termina comme maréchal des logis chef, écuyer membre de la reprise des sauteurs...une suite logique après la voltige cosaque ! « On a fait Pinder ! » s’amuse François Belz. 

La fin des cavaliers militaires

1966, direction la Société Hippique Nationale de Lyon puis St Cyr Coëtquidan, sans quitter l’uniforme (noir également) où Guy Otheguy enseignait comme instructeur. Cavalier émérite, il tourne alors à un niveau équivalent à Pro Elite. En 1972, il figure même sur les qualifiés en vue des Jeux Olympiques de Munich (GER) avec Quimper (Red Rock, PS) avant d’être écarté avec ses amis militaires (François Belz et Georges Fauré) au profit des civils. « L’armée n’avait plus les moyens d’acheter de bons chevaux, les civils ont pris le relais, les Marie-Christine Duroy, Roselyne Bouttin-Cayeux, Thierry Touzaint, etc. Il y avait toujours des cavaliers exceptionnels comme André Le Goupil avec Olivette, les Jean Sarrasin, Bentéjac, etc. époque où l’on pouvait encore rivaliser. »

Enseigner, partager, transmettre

Nommé Conseiller Technique Régional, il quitte l’armée et côtoie des générations d’enseignants qu’il auditionne lors des examens régionaux, mais n’en abandonne pas pour autant sa passion. Avec Jack Le Goff, ancien sous-officier, médaillé de bronze à Rome et longtemps sélectionneur de l’équipe américaine de CCE, il crée la fonction de « délégué technique ». Le duo organise d’ailleurs les premières formations notamment à l’étranger. Aujourd’hui, le TD (pour Technical Delegate) représente une personne clé dans tous les concours complets internationaux.

Pilier du complet rhônalpin

Sa passion pour le concours complet ne s’est jamais éteinte. D’ailleurs, à son retour dans sa région d’adoption, Rhône-Alpes, il fit énormément pour la discipline. « Contrairement à beaucoup, Guy n’était pas feignant, il empoignait la tronçonneuse et fabriquait les cross lui-même » témoigne François Belz. Tant et si bien qu’il devint incontournable, construisant la plupart des cross des gros concours hexagonaux. « Avant lui, il n’y avait pas vraiment de spécialistes dans ce domaine. Ceux qui construisaient les cross n’étaient pas forcément cavaliers. L’idée était un peu de chercher à piéger les cavaliers. C’était une toute autre approche. Guy a remis de l’ordre dans tout ça et en a même écrit un livre ». Auquel d’ailleurs son ami François Belz a contribué en sous-main, « il n’aimait pas trop écrire » (rires).

« Il donnait son cœur » dit-il, « quand il allait entraîner des gens un peu partout, il le faisait gratuitement. A l’armée, on ne nous a jamais appris à vendre des chevaux, par contre on savait rendre ce qu’on nous avait appris. Guy a toujours été comme ça, et m’a transmis cette vision ». Conception désintéressée qui ne nourrit malheureusement pas son homme. « Pierre Michelet, avec qui Guy s’entendait très bien et qui pour moi est un génie, nous a appris que l’on pouvait gagner sa vie en tant que chef de piste ».

Juger avec bienveillance

En parallèle, Guy Otheguy devint juge de dressage en concours complet, et accède au niveau international dès 1980, avant d’officier aussi comme délégué technique. « Il avait son petit caractère, mais était toujours honnête » admet François Belz. Ce dernier, entré à la SHF dès 1985, choisit Guy Otheguy comme conseiller technique de la SHF pour le concours complet. « Il a énormément travaillé sur l’évolution des parcours destinés aux jeunes chevaux. Ça a l’air idiot de dire ça aujourd’hui mais c’est lui qui a instauré le pied sur les obstacles 4/5/6 ans pour qu’ils sautent rond. Il a vraiment amélioré le style des chevaux grâce à ses constructions. » La FEI a même fait appel à lui pour former les pays émergents, notamment dans l’est de l’Europe.

Des témoignages unanimes

Serge Balbin, cavalier international de dressage, se souvient lui-aussi de Guy à cette époque. « Nous nous souviendrons de ses démonstrations de voltige avec le cheval barbe Tabor, réminiscences de son passage dans la troupe Pakhomoff, de son sens de la justesse et de l'équité, qui aura habité une vie durant les jurys d'examens comme de concours, de son accent basque, qui remonte immédiatement à notre souvenir lorsqu'il évoquait les allures "rintinting" d'un cheval sans locomotion ou les mains d'un cavalier "sucrant les fraises". » 

Charles Trolliet, Président de la Fédération Suisse des Sports Equestres, s’est lui-aussi remémoré les nombreux moments passés avec Guy Otheguy, lui qui a officié de nombreuses années en Suisse : « Toutes celles et tous ceux qui l’ont croisé dans l’une ou l’autre de ses fonctions se souviendront de son accent chantant, de son sourire et de son regard bleu perçant. Rigoureux mais constructif, toujours là pour encourager, soutenir et motiver, prêt à payer de sa personne, il avait aussi l’expression qu’il fallait et la pointe d’humour qui amenait le sourire ou même le rire quand il le fallait. Tous ceux qui l’ont connu pourraient raconter une anecdote (ou plusieurs !) à son sujet, démontrant ses immenses qualités. »

De grands noms du concours complet en France et dans le monde ont partagé leurs souvenirs depuis l’annonce de sa disparition, soulignant les qualités humaines de l’homme de cheval qu’il était. « Il a beaucoup fait pour la filière équestre, pour les enseignants, cavaliers, et pour la discipline du concours complet » a déclaré Jean-Luc Force. « Quelle triste nouvelle, c’est une grande personnalité du monde équestre qui nous quitte avec beaucoup de souvenirs » a admis Catrin Norinder, Directrice du concours complet à la FEI. Serge Cornut, Ian Stark (multi médaillé olympique et du monde), Peter Hasenboehler (ancien cavalier et entraîneur), Giuseppe Della Chiesa (chef de piste et ancien président de la commission CCE à la FEI), Gillian Kyle (juge internationale), Ruy Fonseca (cavalier brésilien), pour ne citer que les plus illustres ont salué la mémoire de Guy.

Guy vivait depuis bien longtemps dans le petit village de Le Plantay, près de Bourg-en-Bresse, dont sa femme Danielle, institutrice, puis directrice d’école, a été maire de mars 2014 à mai 2020. Ses obsèques ont été célébrées dans la plus stricte intimité ce mercredi 26 mai. Pour ceux qui veulent lui rendre hommage, un registre est en ligne : ICI. La rédaction de L’Eperon, dont certains membres l’ont bien connu, adressent à son épouse, ses enfants et petits-enfants leur plus sincères pensées.