Régis Prud’hon : « Qu’est-ce que ce sport est beau et riche ! »
mercredi 25 septembre 2019

Régis Prud'hon et Kaiser HDB
Régis Prud'hon et son cheval de tête, Kaiser HDB © Eric Knoll

Quelle saison cette année pour Régis Prud’hon qui signe son retour à haut niveau ! Signant la deuxième meilleure performance française à Waregem, le Tricolore confirme. Revenu d’une blessure, il fait le point sur sa saison, sa convalescence et ses objectifs pour l’avenir.

Mission accomplie à Waregem

En selle sur Kaiser HDB 41 75, Régis Prud’hon s’est octroyé la 5e place du CCIO 4*-S de Waregem. Un résultat d’autant plus satisfaisant « qu’il y avait un très beau lot d’étrangers ». Le couple effectue sa meilleure reprise de dressage à ce niveau, à plus de 70%. Un résultat qui n’est pas dû au hasard puisqu’il travaille avec Pierre Cannamela, avec en tête deux principes : grand confort et qualité de locomotion, « Kaiser a beaucoup gagné en puissance et en élasticité ». Sans-faute à l’hippique sur un parcours fautif, il a préféré ne pas prendre de risques sur le cross pour préserver son étalon : « Je voyais qu’il y avait beaucoup d’incidents ». Si le parcours n’était pas le plus gros qu’il ait couru, il demeurait difficile car sinueux – mais construit intelligemment – et de par la nature du terrain, très vallonné.

Régis tient à saluer le travail effectué sur le sol par les organisateurs, qui, au premier abord, « n’était vraiment pas bon, il était très dur, on pouvait être inquiet ». En piquant le sol avant de l’arroser, cela a permis à l’eau de s’infiltrer et de ne pas mouiller que le dessus. « Les Allemands ont couru plein pot leur cross et je ne crois pas qu’Ingrid Klimke ou Adreas Dibowski ne respectent pas leurs chevaux », souligne-t-il, « Le terrain était impeccable ».

« Il fallait s’accrocher pour que ça dure »

Régis revient de loin puisqu’en juillet 2018, il chute à Jardy et Tarastro lui marche sur la jambe. Il en ressort avec un nerf sciatique coincé entre une fibrose musculaire et un cal osseux. Examiné par les médecins de l’équipe de France de footabll, son dossier a fait le tour du monde. C’est finalement à Paris qu’il s’est fait opérer par un médecin de guerre afghan. Une nouvelle opération est prévue en fin de saison afin de retirer tout le matériel présent dans sa jambe.

Il n’a pas été facile pour le cavalier de se remettre de cette blessure, même s’il est remonté rapidement à cheval (septembre), et qu’il reprenait la compétition en octobre en saut d’obstacles. « Je ne me sentais pas de refaire du cross, les premières séances ont été un calvaire ». Sur les conseils de son chirurgien, il a tenu bon : « Il m’a dit qu’il fallait être patient et savoir accepter la douleur. Il faut savoir serrer les dents mais dans la juste mesure, il ne faut pas se faire mal à tort et à travers ». Une souffrance présente jusqu’au mois de février, le menant jusqu’aux larmes : « J’ai beaucoup souffert pendant les deux premiers stages de l’année, mais il fallait s’accrocher pour que ça dure ».

Parti en centre de rééducation, Régis avait deux séances de kiné par jour. Il n’a rien lâché, souhaitant revenir encore meilleur qu’avant, ce qu’il pense avoir réussi, « Je suis aussi plus serein ». Il est retourné en selle sans appréhension : « Le mot "peur" ne fait pas partie de mon registre. Je crois que le jour où j’ai une appréhension sera le jour où il faudra que j’arrête ». C’est son amour pour cette discipline qui le pousse à toujours dépasser ses limites : « On gagne mal notre vie dans le complet mais qu’est-ce que ce sport est beau et riche ! Il est riche d’une sensation, d’une complicité hors normes ».

La sécurité, l’une de ses préoccupations premières

Remis d’une blessure grave, Régis s’est toujours senti concerné par la sécurité dans sa discipline : « C’est un sport qui ne peut accepter de grosses fautes d’équitation ». Si les accidents sont inhérents à la pratique sportive, il est donc nécessaire de prendre le maximum de mesures de protection. Il est indéniable que des progrès ont été faits en matière d’obstacles eux-mêmes, à l’instar des fanions ou plus récemment des pins. Un risque se profile toutefois : que le cross se transforme en un derby où seront comptés les obstacles tombés. Le Français, dont l’avis est partagé par le Britannique Harry Meade, suggère de mettre de la brande sur les obstacles pouvant susciter une faute de genoux : « On donne la marge nécessaire aux chevaux et au pire ils passent à côté ou s’arrêtent ».

Certains accidents demeurent toutefois inévitables. Régis propose de travailler sur l’équipement du cavalier : « On sauve des vies de façon extraordinaire dans de nombreux sports par les équipements. Ils n’ont pas abaissé les vitesses en Formule 1, ils ont amélioré les équipements. Je crois qu’on se trompe de registre avec les obstacles cassables, je ne pense pas que ce soit la bonne évolution ». Cela fait d’ailleurs 5 ans qu’il mentionne des airbags se déclenchant selon un certain angle ou une vitesse. A long terme, tout cela pourrait permettre à la chute de n’être qu’un incident et non plus un accident dramatique, « Ce n’est pas très grave en soi de tomber ».

Plusieurs aspects se dessinent, tels que rendre obligatoires certains éléments de sécurité comme le port du casque dans toutes les circonstances. « C’est triste de rendre tout obligatoire. Est-ce qu’on a le droit de monter chez soi sans bombe ? Il y a des choses à mettre en place qui ne sont pas forcément révolutionnaires ». Le bon sens et la responsabilité de chacun sont à remettre en cause.

Cette responsabilité se retrouve en compétition : « C’est quand même souvent une faute d’équitation quand on tombe, rarement parce que le constructeur a mal fait son job. Parfois, en voyant des choses, on se demande si la personne a le niveau pour monter ce type d’épreuve ». A ce titre, il mentionne les prochains Jeux Olympiques, où les équipes de trois ainsi que le système de de qualification permettront à de nombreuses nations de participer, au risque d’y voir figurer des cavaliers au niveau inférieur. « Le rêve olympique n’est pas forcément simplement de rêver d’y participer, mais aussi d’y gagner ».

Et la suite ?

Les Jeux Olympiques, Régis en rêve, que ce soir Tokyo ou Paris. S’il vise ceux de 2020, il a déjà le regard tourné vers 2024 : « J’ai quand même quelques chevaux qui ne sont pas encore dévoilés dont un extraordinaire 6 ans que je vais prendre le temps de préparer pour Paris ». Outre les Jeux, les championnats d’Europe de 2021 sont également dans sa tête mais sa fin de saison sera déjà occupée. Tarastro se rendra en effet au 5* de Pau avec Vanda du Plessis tandis que Kaiser ira à Boekelo. Et pourquoi pas aussi le Mondial du Lion d’Angers avec Cristal de Singly, un 7 ans qui courra ce week-end à Chateaubriant.

Pour le moment, il ne peut que tirer du positif de sa saison, « Je n’ai pas à me plaindre cette année », dit-il en riant, « Je ne vais pas avoir la prétention de gagner en 5*, je n’ai pas encore les outils suffisants pour mais je peux être performant dans des épreuves de ce niveau. Je l’ai été avec mon ancien étalon Debiut ». Il peut compter sur Vanda et Tarastro pour l’épauler au plus haut niveau : « Vanda n’a pas loupé un concours de la saison et Tarastro a un super mental ». Le futur s’annonce brillant pour le Français !