Rémi Pillot, l'amateur qui s'illustre au milieu des pros
jeudi 13 août 2020

Rémi Pillot et Tol Chik du Levant
Rémi Pillot et Tol Chik du Levant sur le CCI 5* de Pau l'an dernier, une première expérience qu'ils comptent réitérer ! © Eric Knoll

A l’heure où émerge une nouvelle génération de cavaliers à l’organisation millimétrée, évoluant au sein de structures ultra-modernes sous l’oeil de coachs compétents, un personnage singulier se démarque : Rémi Pillot. Lui a fait le choix de poursuivre sa carrière en concours complet à haut-niveau sans en faire son métier. Aujourd’hui il se qualifie lui-même de « vieux dinosaure » au milieu de tous ces jeunes. Mais cela ne l’empêche pas d’obtenir de bons résultats et de viser une participation aux prochains championnats d’Europe !

Rémi Pillot fait partie des personnalités incontournables de « la petite famille du complet tricolore », comme il se plait à l’appeler. Après plus de quarante ans de carrière, il tient toujours la forme ! La preuve avec sa victoire dans le CCI 3*S de Sandillon avec Tol Chik du Levant (Volchebnik) au début du mois. Douzième après le dressage, le Charentais a signé la meilleure performance sur le cross qui s’est révélé particulièrement difficile. « Il y avait deux obstacles un peu compliqués qui ont fait la sélection. Je passais dans les 10 premiers sur le cross donc je partais un peu à l’aveugle. D’expérience, je sais que les premiers prennent du temps pour trouver les repères, les sans-fautes arrivent en milieu d’épreuve. Je suis parti un peu vite et j’ai continué sur ce rythme. Au final, je signe le meilleur cross avec le temps le plus rapide. »

L’efficacité, l’optimisme et l’expérience 

Sur les terrains de concours, Rémi ne laisse pas indifférent. Pas seulement à cause de son vieux camion qui tranche au milieu des gros engins modernes, mais aussi grâce à son style, pas franchement académique, qu’il doit en partie à son autodidaxie. Même si son père travaillait dans l’administration des Haras nationaux et que « l’odeur du cheval toujours régné dans la maison », c’est pourtant seul que Rémi a appris à monter à cheval. « Nous partions seuls en balade avec mon frère et si on ne tombait pas, on était content. Je pense que j’ai naturellement un bon équilibre. J’ai appris le  dressage sur les terrains de concours quant au concours hippique il s’agissait de passer entre les fanions. » Cette particularité est loin de l’inquiéter, il préfère s’en amuser : « Karim Laghouag commentait le CCI 4*S de Saumur (où il a d’ailleurs terminé quatrième, ndlr) et quand je suis arrivé il a dit « Rémi, quoi dire ? Bah c’est Rémi quoi ! C’est particulier mais efficace. » J’en rajoute peut-être un peu,  je n’ai pas une monte très classique mais mes chevaux n’ont pas l’air de s’en émouvoir. D’aucun diraient que je monte mal, moi je dis que je monte différemment (rires) »

Rémi s’est surtout adapté aux différentes montures qu’il a rencontrées pendant sa carrière, à commencer par son premier cheval, Farouk, dont la mère était arabe-barbe. « Il avait des allures absolument extraordinaires pour l’époque. Il était toujours très bien noté au dressage et il allait impeccablement sur le cross. Il pêchait un peu au concours hippique, il n’avait pas une trajectoire qui allait très très haut. 120 c’était son maximum. Il fallait rajouter un peu de vitesse pour l’aider. J’ai du prendre un peu de défauts à l’hippique avec ce cheval», remarque-t-il. Il y a eu ensuite Cyrille de Nieulle, « un cheval de club que j’ai récupéré à huit ans. Au début, il avait du mal à terminer les Pro 3. En deux ans il est arrivé au top niveau. Ce cheval là avait un coeur extraordinaire, un moral d’enfer mais pas de dispositions physiques particulières. » Au final, Remi n’a pas monté des dizaines et des dizaines de chevaux et cela tient à un détail : il est l’un si ce n’est le seul cavalier de concours complet à évoluer à haut-niveau en ayant un métier à côté. 

Une double vie bien remplie

Est ce qu’il a songé à devenir cavalier professionnel ? Oui, comme la plupart des jeunes qui réussissent à percer tôt à haut niveau. À l’âge de 21 ans, il a participé aux Jeux Olympiques de remplacement à Fontainebleau avec le fameux Farouk. « J’ai alors pensé que c’était ma destinée », confie Rémi. En parallèle de la fac de droit, il a même passé son monitorat mais l’enseignement n’était vraiment pas son truc. « Cela ne m’amusait pas. Je me suis rendu compte que si je voulais continuer de m’amuser en compétition, il me fallait un boulot à côté. » Aujourd’hui, il travaille au Conseil départemental de Charentes Maritimes. Auparavant, il était directeur d’une maison de l’emploi où il s’est occupé des politiques d’insertion dans le département pendant 15 ans.

En parallèle, il s’est installé dans une propriété près de Saintes avec des boxes, une carrière et une piste de galop qui sert à accueillir quelques chevaux de courses en pré-entrainement l’hiver, quand il n’est pas occupé par le concours complet. C’est au coeur de ses sept hectares que se logent trois chevaux dont son cheval du moment, Tol Chik du Levant.

« J’aimerais finir en apothéose et faire les championnats d’Europe en France l’an prochain »

Tol Chik du Levant, son dernier complice

Rémi prend toujours du plaisir à raconter sa rencontre avec Tol Chik : « Je dis toujours que je ne sais pas choisir mes chevaux. Les rares fois où je me suis déplacé pour en acheter un, je suis toujours revenu avec le mauvais. Tous les chevaux que j’ai eu et qui ont bien marché sont des chevaux qui sont arrivés dans ma cour au sens propre. Une amie est allée chercher deux chevaux de quatre ans à l’élevage du Levant et elle ne savait pas lequel prendre. Elle m’a demandé si elle pouvait les stocker à la maison pendant quinze jours-trois semaines pour voir lequel elle allait choisir. Elle a finalement gardé la jument et n'a pas voulu garder Tol Chik. C’est vrai qu’il était assez joyeux et espiègle, il faisait beaucoup de sauts de mouton et il avait aussi peur de tout. Comme cela faisait trois semaines que je le voyais fonctionner, je l’ai trouvé sympa et il est resté (rires). » Le cheval a gravi les échelons tranquillement : il remporte les Cycles Libres 3ème année à 6 ans, se classe septième lors du championnat de France des 7 ans, court et classe son premier CCI 3* à 9 ans. Bref, il répond toujours présent. Ce qui lui a d’ailleurs valu le surnom de « Pile Poil », et son cavalier ne tarit pas d’éloges à son sujet : « Il est hyper agile, hyper attentif. Quelques fois, cela pose problème sur le dressage parce qu’il regarde un peu, par contre sur le cross et le concours hippique, il est d’une réactivité assez étonnante. Je peux arriver sur un obstacle et corriger ma courbe ou mon abord au dernier moment, il sautera toujours avec beaucoup de facilité. Il est capté par ce qu’il fait. Honnêtement, il est vraiment sympa. » 

Décoré du titre de champion de France Pro 1 l’année dernière, Rémi aimerait désormais tenter sa chance avec Tol Chik dans le championnat Pro Elite et sur le circuit du Grand National (il court sous les couleurs de l’écurie Miel Safran Laurence B - Haras de Bory avec Régis Prud’hon)... avant de prendre sa retraite ? « Le cheval a 13 ans, moi 61, à priori nous terminerons notre carrière ensemble. J’aimerais finir en apothéose et faire les championnats d’Europe en France l’an prochain (qui ont été annulés pour le moment mais les fédérations nationales militent pour leur réorganisation, ndlr). Fut un temps le pays organisateur avait le droit à douze places. Les nouvelles sont un peu confuses parce que la FEI voulait revenir à six places. S’il y a bien douze places, je caresse l’espoir d’en faire partie mais la décision ne m’appartient pas. »