Sébastien Cavaillon : « Sarah est une vraie lionne »
mardi 10 septembre 2019

Excellente saison pour Sébastien Cavaillon et Sarah d'Argouges © Eric Knoll

Premier Badminton et premier Burghley avec une 11e place à l’issue de ce dernier concours. En une saison, Sébastien Cavaillon a fait ses débuts dans les plus beaux concours du monde et de bien belle manière. Le Français revient sur la compétition et sa saison, certainement l’une des meilleurs de sa carrière.

Quel bilan faites-vous de Burghley ?

Je suis content car c’est un troisième 5* en 11 mois, ce qui me fait deux classements et 100% de sans-faute sur le cross. J'ai un classement au bout, aux portes du top 10, mais une 11e place quand même. C’est forcément une satisfaction, on ne peut pas bouder un classement à ce niveau. Compte tenu des circonstances du week-end, c’était un peu compliqué d’être à fond sur la compétition le dimanche. Ce n’est pas une excuse, mais je pense que dans d’autres conditions et avec un peu plus de relâchement, ça se serait mieux passé parce que Sarah n’est pas censée faire autant de fautes.

C’est de bon augure pour la suite, je pense que c’est une jument qui va pouvoir jouer parmi les tous premiers à ce niveau d’épreuve. Elle s’est battue sur les plus gros concours de la planète cette année et a montré qu’elle était une digne représentante pour faire de bons résultats. Je suis ravi de ma performance pour le propriétaire, Michel Lancelot, que je remercie, ainsi que sa fille, parce que c’est eux qui me permettent de réaliser ce projet et de monter à haut niveau. En rentrant je lui ai dit qu’il pouvait s’assurer d’une chose : sa jument faisait partie des meilleurs chevaux de la planète.

Pouvez-vous nous parler du cross qui a fait beaucoup de dégâts pendant cette compétition ?

On sait que Burghley a le cross le plus difficile de la planète. Comme l’a très justement dit le chef de piste le capitaine Mark Philipps, ce n’est pas parce qu’on peut se qualifier en ayant fait un refus sur le niveau du dessous qu’il faut baisser le niveau de ces épreuves : un 5* doit rester un 5*. L’ouverture d’angle sur les pointes ne me choque pas car pour avoir couru en Angleterre, même à niveau inférieur les pointes sont à 90 degrés et ouvertes. C’est très anglais d’avoir ces oxers et pointes très creuses. C’est pour cela que je suis allé courir là-bas préparer Badminton et Burghley parce qu’on ne voit pas beaucoup ces profils-là en France. Même les meilleurs mondiaux peuvent se faire avoir parce que cela reste les épreuves les plus difficiles. Je suis très content d’avoir réussi à déjouer les pièges de ce parcours.

Il n’était pas dangereux, il y avait peut-être des chutes, des abandons et des refus mais les systèmes de sécurité étaient en place sur tous les obstacles qui auraient pu être dangereux pour les cavaliers et les chevaux et personne n’a été blessé. Les grosses fautes ou chutes viennent du cavalier, ce n’était pas le cheval qui « ne pouvait pas faire ». On ne peut pas aborder ces obstacles-là en mettant la main ou en raccourcissant les foulées : les parcours anglais sont faits pour être montés en avançant.

Qu’avez-vous pensé du parcours à l’hippique ?

Le parcours de CSO m’a paru plus accessible que Badminton. On a vu quelques sans-faute en début d’épreuve par des cavaliers qui n’avaient aucune pression puis on a vu ceux qui en avaient : chaque couple du top 3 a fait 4 points. C’est le sport : le concours complet comporte trois épreuves donc il faut être le meilleur sur les trois et pas que sur une. Il faut se battre tout du long, ce n’est jamais fini ! Imogen Murray par exemple, était 60e après le dressage et termine 5e, c’est juste incroyable et ça montre bien que c’est trois tests !

Que pouvez-vous nous dire sur Sarah d’Argouges ?

C’est une jument que j’ai récupérée à l’âge de 7 ans, je l’avais rencontrée quand elle avait 6 ans au mois de septembre. Son propriétaire me l’a amenée pour que je l’évalue parce qu’il l’avait achetée pour que sa fille puisse faire du concours Amateur. Quand ils m’ont présenté la jument, j’ai dit que je la trouvais fantastique, qu’il y avait clairement beaucoup de travail mais qu’elle avait quelque chose qui ressortait et qu’elle pouvait faire de belles épreuves.Il m’a rappelé entre Noël et le jour de l’an, la jument est arrivée et l’idée était de voir si selle passait les caps pour la garder pour le haut niveau ou faire de l’Amateur. Elle les a passés, a fait son premier international au mois de mars des 7 ans où elle termine 4e à Fontainebleau sur plus de 100 partants et derrière fait un podium à Arville.

Sarah a fait partie des douze meilleurs à pouvoir aller au Lion d’Angers et malheureusement j’ai eu l’un des rares dérobés de la jument sur le cross. Je ne la connaissais pas assez et n’avais pas assez de recul, à chaque concours on changeait d’embouchure, on recherchait des choses et j’avais des problèmes de contrôle. Ces problèmes de contrôle je les ai encore eus après, jusqu’à ma chute en 2017 et on a cherché des solutions dans le dressage pour améliorer ce cela.

Quels sont ses points forts ?

Elle peut dresser entre 70 et 73% et quand je sors de piste en me disant avoir fait une très mauvaise reprise, c’est à 66%. Elle a toujours bien dressé et a un chic et une locomotion au-dessus de la moyenne. Avec les années de travail, la jument s’est relâchée et présente maintenant des reprises qui sont dignes des tous grands. Tout un travail a été fait avec Perrine Carlier ainsi que le staff fédéral et aujourd’hui la jument est prête à être performante.

C’est une vraie lionne, sur le cross elle est ce que l’on appelle vulgairement un avion de chasse. Depuis notre chute elle a 100% de sans-faute sur ce test. Elle n’a jamais dérobé ou ne s’est jamais arrêtée, les rares 20 points viennent d’une volte de ma part. Elle est extraordinaire, elle a une vraie galopade et énormément de sang.

Pouvez-vous faire un point sur votre saison qui touche bientôt à sa fin ?

Je suis plus que ravi, c’est le résultat d’un travail de longue haleine. C’est quelque chose que je pensais faire depuis quelques années et qui a dû être repoussé suite à ma chute à Bramham. Après cela, j’ai remis en ordre ma façon de travailler les chevaux, beaucoup de choses ont été remises en question. Tout ce travail porte ses fruits et j’ai maintenant une jument régulière depuis deux ans sur le haut niveau en 4* et 5*, c’est un vrai régal !

Quelle est la suite du programme ?

Sarah en reste là sur cette saison, il est temps de la laisser en vacances bien méritées. On repartira sur de bonnes échéances dès la saison prochaine. Elle reprendra le travail progressivement pendant l’hiver avec un peu de concours hippique et ressortira en début de saison en complet. Pour moi ce n’est pas terminé, j’ai mes cavaliers de CSO à faire sortir, le CSI de Canteleu et on enchaîne avec le Grand National à Jardy en complet. Ensuite on a le 4* de Lignières avec mon 8 ans et la semaine d’après le 2* à Saint-Quentin-en-Yvelines avec ma 6 ans pour espérer prendre une qualification pour les 7 ans l’année prochaine.Propos