Alexandre Ayache : « Nous rentrons du Mans reboostés et reposés ! »
lundi 15 février 2021

Alexandre Ayache et Zo What
Alexandre Ayache et Zo What, en grande forme ce week-end au Mans ! © Les Garennes

Ce week-end, les Bouleries Jump du Mans accueillaient le premier CDI 3* de la saison organisé en France. Face à l’annulation persistante de nombreuses compétitions en raison de la crise sanitaire, cette épreuve internationale a su attirer un très beau plateau de cavaliers étrangers, ce qui n’a pas empêché Alexandre Ayache et Zo What de briller dans le Grand Prix et la Reprise Libre en Musique.

Vous êtes sur le retour du CDI 3* du Mans lors duquel vous réalisez deux fois la meilleure performance tricolore avec Zo What… 

Oui, nous ne repartons que maintenant puisque ce matin nous avons eu un check-up vétérinaire avec le staff fédéral. Ils ont branché tout un tas de capteurs sur le cheval pour analyser sa réaction à l’effort en vue des Jeux olympiques de Tokyo. C’était assez intéressant de voir l’évolution de ses émotions en fonction de l’effort demandé, savoir à quel moment il se décontracte, sur quoi il force ou pas. On a d’abord fait une détente normale au pas, au trot et au galop en restant deux minutes à chaque main à chaque allure, puis nous avons fait une détente un peu plus spécifique pour dérouler un Grand Prix. Enfin, nous avons présenté un mini Grand Prix pour observer les chevaux en situation réelle. Zo What était encore en pleine forme, il est très frais, même trop frais (rires). 

Vous avez pris la deuxième place du Grand Prix et la troisième place de la Libre avec des notes de plus de 72% et près de 74%. À 17 ans, Zo What ne fait vraiment pas son âge…

Il est en super forme ! Il commence vraiment à montrer de quoi il est capable. Il me fait de plus en plus confiance, il reste plus avec moi lorsque quelque chose l’inquiète ce qui me permet de le monter plus sereinement, de structurer plus les reprises. Sur le Grand Prix, on s’est un peu promené très honnêtement. L’idée n’était pas d’aller en compétition mais vraiment de me régaler, de reprendre un peu de plaisir avant de rentrer à la maison et d’affronter les problèmes auxquels nous faisons face avec un peu plus de baume au cœur. Et c’est vraiment ce qu’il s’est passé. Sur la Libre, qui est très technique, il s’inquiète une première fois sur la diagonale en regardant la caméra dans le coin en face de lui ce qui a un peu tout détraqué. Je me suis laissé surprendre par la première faute tandis que la deuxième est vraiment pour moi car je me suis déconcentré. 

Des résultats qui vous motivent certainement face à la situation face à laquelle vous êtes confrontés depuis plusieurs mois après le passage de la tempête Alex qui a détruit une partie de vos installations ? 

C’est plus que motivant, cela rappelle juste pourquoi on fait ça tous les jours et que toutes les années de travail - malgré les mois compliqués que l’on vient de passer et que l’on va encore devoir affronter - valent la peine. On redescend à la maison motivés et reposés. On a pu enfin dormir un peu alors que cela fait quatre mois que nous avons des journées qui commencent à 6h jusqu’à plus de 23h. Nous redescendons reboostés !

Où en sont les travaux de reconstruction ? Vous avez pu profiter d’un bel élan de solidarité ces dernières semaines, comment le vivez-vous ? 

Ce sont dans ces moments-là que l’on découvre des personnes extraordinaires, des gens qui gagnent à être connus et reconnus. J’ai eu une première écurie qui a complètement basculé dans le ravin au lendemain de la catastrophe et qui a déjà été rasée puis reconstruite et en partie remboursée par les assurances. Ma deuxième écurie, dans laquelle se trouvent tous mes chevaux de tête, est en train de glisser puisque le sous-sol s’effondre. Il va falloir la raser cette semaine pour la reconstruire. Il y a encore beaucoup de travaux à faire, je pense que nous en avons encore pour six mois avant de retrouver ce que nous avions à la veille de la tempête. 

« Si nous sommes appelés pour représenter la France à Tokyo nous serons honorés d’accepter. »

Malgré tout cela, vous préparez les Jeux olympiques de Tokyo et/ou les championnats d’Europe. Comment jonglez-vous entre le fait de reconstruire votre écurie et la préparation à de telles échéances ? 

Pendant deux mois, j’ai laissé les chevaux complètement au repos. Ils ont fait du marcheur, un peu d’aquatrainer et du paddock. J’ai remis sérieusement mes chevaux de tête au travail il y a environ un mois tandis que les jeunes chevaux ne travaillent que trois fois par semaine puisqu’il faut continuer à gérer les travaux en parallèle. Cela rappelle quelque part d’où on vient. On a pris une vraie piqûre de rappel mais le gros du problème est en train de se résoudre puisque les assurances sont en train d’entendre raison concernant la deuxième écurie. Ce week-end, j’ai reçu un mail me précisant qu’elles m’envoyaient un acompte, mercredi nous avons un rendez-vous avec le préfet qui a été missionné pour la reconstruction des vallées. J’ai donc bon espoir que les choses avancent vraiment cette semaine ce qui va me permettre de reprendre mon vrai métier de cavalier et dresseur de chevaux et non pas maçon. Si notre situation est difficile je tiens à rappeler que des gens ont perdu la vie lors de cette catastrophe. Mon problème est de sauver mon entreprise et de me préparer pour les Jeux olympiques. Si nous y travaillons certes depuis des années, il n’y a pas mort d’homme, cela reste ma passion. Il faut donc relativiser ! 

Lors du CDI 3* du Mans, vous étiez au départ du Grand Prix avec Double Dutch et Farao da Raia. Quel est votre sentiment sur leurs performances ? 

Farao est un tout petit cheval bourré d’énergie que ma femme a sorti un peu en concours. Je paye un peu le fait que les chevaux ont moins travaillé, ce sont des chevaux avec lesquels je n’ai pas de repères. Ils ont un potentiel assez incroyable, mais ils ont besoin d’une routine qu’ils n’ont pas eu ces derniers temps. Double Dutch est un phénomène mais il n’a déroulé que deux fois le Grand Prix. J’adore ces chevaux et je pense que d’ici quelques temps nous verrons l’ampleur de leur talent. J’ai aussi la chance d’avoir beaucoup d’autres chevaux et c’est d’ailleurs l’une des choses qui m’a aidé à tenir dans cette période difficile. D’avoir un piquet de chevaux incroyables avec un partenaire incroyable, Karim Barake, cela m’a permis de garder la tête hors de l’eau. La qualité des chevaux que je présente aujourd’hui est la moitié de la qualité des chevaux que je suis en train de préparer ! Ce sont surtout des chevaux que je prends du début, qui n’ont pas de passif alors que jusqu’à présent je montais beaucoup de chevaux dont plus personne ne voulait ! Je me retrouve avec des chevaux qui se dressent tout seuls, avec lesquels tout est facile. C’est vraiment sympa, c’est un autre sport (rires). 

Quels sont vos plans pour la suite de la saison ?

J’ai fait la demande pour les internationaux d’Ornago et de Mâcon mais si les deux ont lieu je pense privilégier l’Italie. C’est mine de rien vraiment moins loin de chez nous et si les concours se maintiennent, je préfère éviter aux chevaux de la fatigue inutile liée notamment aux longs trajets. Si j’arrive à sortir tous les mois et demi cela serait vraiment bien d’autant que j’aimerais vraiment réussir à dérouler ma reprise en musique avec Zo What sans faute, mais pour cela nous avons besoin d’un peu plus de routine ! En ce qui concerne Tokyo, pour être honnête, la seule chose que j’ai en tête est que Zo What continue de progresser. Il est évident que si nous pouvons aller aux Jeux on sera très content d’y aller, quel athlète ne le serait pas ! Une chose est sûre est que si le cheval va bien et que l’on nous appelle, on sera très honoré de participer aux Jeux olympiques et/ou aux championnats d’Europe ! Je pense que Zo What peut s’approcher des 75% dans le Grand Prix mais pour ça il doit encore se livrer un petit peu plus en épreuve. Et si la saison ressemble à une saison normale, alors je souhaite aussi sortir mes autres chevaux et notamment deux 9 ans qui sont prêts pour le Grand Prix et une jument de 7 ans, Olivia, que j’aimerais sortir sur quelques épreuves réservées à sa catégorie d’âge pour découvrir son comportement en piste avant de la mettre sur le Grand Prix l’année prochaine.

Comme pour la liste JOP Tokyo, vous êtes inscrit sur la liste JOP Paris avec Zo What alors qu’il est aujourd’hui âgé de 17 ans. Imaginez-vous le faire tenir jusqu’en 2024 ? 

Non, ce n’est pas lui qui ira à Paris même s’il est encore en pleine forme et qu’il peut encore faire deux ou trois saisons de concours. Si les choses se passent bien, j’ai dans mes écuries des chevaux dont la qualité intrinsèque est vraiment supérieure et qui devraient arriver à maturité pour 2024. Je ne critique pas du tout mon Zo What mais je crois vraiment avoir des chevaux hors normes qui attirent d’ailleurs l’attention des meilleurs cavaliers du monde. C’est donc que nous ne devons pas être loin de la vérité (rires). Mais même si notre métier est aussi de vendre des chevaux, et d’autant plus face à la situation actuelle, nous resterons équipés pour Paris, c’est une certitude !