Anne Sophie Serre : "Je vais à Lyon sans pression !"
mercredi 09 octobre 2019

Actuelle de Massa et Anne Sophie Serre
Actuelle de Massa et Anne Sophie Serre (archives) © Christine Marquenet

Après ses excellents résultats au CDI 3* de Nice, l'Eperon est parti à la rencontre d'Anne Sophie Serre. La cavalière est revenue sur l'évolution de ses deux chevaux de tête, Actuelle et Vistoso de Massa, et dont la forme va lui permettre de prendre part à sa première Coupe du Monde dans moins d'un mois à Lyon.

Vous étiez à Nice ce week-end à l'occasion du CDI 3* où vous terminez deuxième du Grand Prix et de la Reprise Libre en Musique avec Actuelle de Massa, de belles performances !

Actuelle est en constante progression. Elle a commencé sur le Médium Tour cette année puis elle a fait Nice et Jardy. Je voulais attaquer les choses sérieuses à Vierzon en faisait l'Inter II et le Grand Prix mais Vistoso, qui devrait courir le championnat de France Pro Elite, s'est blessé. Je l'ai donc remplacé par Actuelle histoire de ne pas avoir fait la route "pour rien". On termine troisième (derrière Charlotte Chalvignac et Morgan Barbançon Mestre, ndlr), c'était franchement inespéré vu la fraîcheur de la jument à ce niveau de compétition ! Puisque nous étions lancées, nous avons continué et elle a confirmé à Nice puis à Ornago (où elle a remporté trois épreuves, ndlr). Là-bas nous avons couru notre première Libre histoire de monter un peu dans le classement mondial. C'est important parce que nous avons toujours l'espoir d'être repêchés par équipe pour les Jeux Olympique en cas de désistement de l'une des équipes qualifiées même si pour ma part, je poursuis surtout dans une optique de formation. Je n'avais donc pas trop de pression. A Nice elle est deuxième du Grand Prix avec 70.913% et à nouveau deuxième dans la Libre avec 75.650%. 

Elle n'a que neuf ans mais elle semble avoir franchi un vrai cap ces derniers mois. Pouvez-vous parler un peu d'elle ? 

A vrai dire, je ne lui trouve pas beaucoup de défauts. Outre son énergie, elle se montre très généreuse et volontaire dans le travail au quotidien. Si je devais vraiment lui en trouver un, je dirais que son pas n'est peut-être pas à la hauteur du reste mais il reste très correct. Sinon elle montre beaucoup d'aisance dans tous les exercices. Tout semble facile avec elle, il n'y a pas de résistance, pas de contraction. C'est un bonheur au quotidien. C'est un cheval rare ! 

Vous la montez depuis un petit moment, vous aviez même participé aux championnats du Monde à Ermelo. Aviez-vous décelé son potentiel à ce moment-là ? 

La jument n'a vraiment pas été portée aux nues lors des championnats du Monde, elle termine dans le milieu de tableau de la petite finale. Sa note de prospect (de potentiel, ndlr) était à 6,8. Ce n'est pas beaucoup mais je signerai tout de suite pour ces chevaux comme elle, même avec cette note-là (rires). Plus sérieusement, je ne suis pas très fan du circuit jeune cheval, j'ai parfois un peu de mal à saisir l'objectivité du jugement. 

Ne pensez-vous pas que cela est aussi dû à la maturité plus lente du Lusitanien ? 

Effectivement c'est un cheval qui est très tardif dans le physique mais très précoce dans l'apprentissage. Par exemple, nos chevaux sont familiers à de nombreux exercices du Grand Prix à  cinq et six ans. J'ai deux six ans à la maison qui commencent les changements de pied au temps. Jeunes, ils ont besoin d'être travaillés très longs et très relax. Ils apprennent mieux dans ces attitudes. C'est peut-être pour cela qu'ils ne brillent pas spécialement dans les épreuves Jeunes Chevaux. 

Est-ce pour cela que vous n'avez pas hésité à sécher la Grande Semaine de l'élevage de Saumur ? 

J'ai plusieurs chevaux de quatre et cinq ans et je vais quand même participer au circuit de temps en temps. L'an dernier j'ai présenté Caporal de Massa, c'est ce que j'ai fait aussi pour Actuelle et Vistoso. Mon but n'est pas forcément de briller chez les jeunes chevaux mais davantage de leur donner du métier dans le cadre de leur formation pour le Grand Prix. Je me projette plus dans l'avenir. D'ailleurs je sors rarement un cheval sur le St Georges mais directement sur le Médium Tour. Je ne suis pas une grande adepte des épreuves qui précèdent le Grand Prix parce que c'est une épreuve aux mouvements très spécifiques. Le St Georges n'a donc pas beaucoup d'intérêt pour nous hormis pour les chevaux qui regardent beaucoup et qui ont besoin de découvrir les choses par  exemple. 

Comment va Vistoso qui était lui aussi à Nice et qui remporte le Grand Prix Spécial avec 72.149% ?

Vistoso reprend bien après sa blessure qui n'en était pas une. Il s'est en fait tordu le pied à Vierzon. Au début, nous pensions à quelque chose de plus sérieux, nous avons fait une batterie de test mais il n'avait plus rien une semaine après. Il a juste pris quelques jours de vacances (rires). Il est d'abord ressorti à Ornago avant d'aller à Nice. Le week-end dernier il a fait une faute sur une pirouette qui coûte cher. J'étais très satisfaite du Grand Prix Spécial, il a même gagné des points par rapport à ce qu'il a eu tout au long de la saison. En tout cas j'ai eu de super sensations et le cheval est bien reparti. 

Dans quelques semaines, vous vous rendrez à Lyon pour courir la Coupe du Monde, avez quel cheval prendrez vous le départ ?

Nous avons demandé une sélection à Lyon avec Actuelle plutôt qu'avec Vistoso. C'est une jument qui est plus tranquille et moins regardante, je pense que le cadre lui conviendra mieux, d'autant plus qu'elle est sur la pente ascendante en cette fin de saison. C'est en tout cas une bonne surprise de pouvoir s'y rendre sachant que la jument n'a que trois CDI à son actif, c'est aussi valorisant pour nous et son éleveur. En plus, ce sera ma toute première Coupe du Monde. Ma jument est très jeune mais moi un peu moins (rires). En tout cas, je m'y rends sans pression aucune, je garde les pieds sur terre. L'objectif est de donner une bonne image des Français et de montrer que nous avons de bons chevaux ! 

Le circuit indoor pourrait-il être l'un de vos objectifs ? 

Avec cette jument, je réfléchis un peu au jour le jour. Si tout se passe bien à Lyon, nous réfléchirons peut-être à nous rendre à Madrid. Quoiqu'il en soit la priorité en terme de places est donnée à Morgan (Barbançon-Mestre, ndlr) et c'est tout à fait légitime : elle joue la qualification olympique en individuel. De notre côté, nous allons nous servir de ces concours pour grimper dans la ranking au cas où la France soit repêchée pour les Jeux. De manière générale, mon but est de rendre mes chevaux performants et surtout dans la durée.