CHE Rotterdam: Les dernières médailles
dimanche 21 août 2011

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Adelinde Cornelissen et Parzival © Kit Houghton/FEI

« It’s unbelievable », n’arrêtait pas de répéter Patrick Kittel en regardant et embrassant sa médaille de bronze encore une demi-heure après la fin de la remise des prix. Le Suédois est la seconde, voire la troisième surprise de ces championnats d’Europe après l’or pour les Anglais et la médaille d’argent de Carl Hester hier. Qui l’a gardé aujourd’hui tout comme Adelinde Cornelissen.

Il était bon de pouvoir rester jusqu’à la fin de ces vingt-cinquièmes championnats d’Europe pour en partir avec une meilleure image. Celle de trois couples plaisants. La justice est passée et Laura Bechtolsheimer, cette fois, reste au pied du podium. Pourtant, sauf sur les changements de pied aux deux temps et un piaffer, fautif d’ailleurs, sa kür était peut-être la plus regardable des trois reprises qu’elle a faites ici. Mais passer derrière Uthopia ne l’a certainement pas servie, ni d’ailleurs sa musique un peu trop trafiquée. Le toujours souriant Patrick Kittel, trente-cinq ans, qui n’a jamais eu une médaille de sa vie absorbée par l’équitation depuis toujours, a profité de l’occasion avec son Watermill Scandic « qui a fait sa meilleure reprise des trois aujourd’hui ». Quant à Matthias Rath, deux fois 4e et qui aurait pu, dans un jour de grâce, profiter de l’aubaine, il recule d’une place. Totilas a encore commis des fautes aux changement de pied, mais l’ensemble était un peu plus fluide qu’hier. Toutefois, le « cheval était trop serré dans son encolure », expliquera Ghislain Fouarge, président du jury aujourd’hui qui disait aussi « Je n’ai jamais vu autant de qualité dans un championnat d’Europe, mais Adelinde Cornelissen était clairement celle qui devait gagner ».

Ecrasante victoire d’Adelinde et Parzival

Et la Néerlandaise écrase en effet ses adversaires d’un88,83 à 84,17 pour Carl Hester et 83,42 pour Patrick Kittel. Elle n’a fait aucune faute, Parzival était particulièrement à l’écoute, et même s’il s’est parfois un peu enfermé, le contact semblait plus tranquille. Hormis la musique plutôt cafouilleuse et pas toujours évidente (trouver la synchro avec l’allure pouvait nécessiter quelque réflexion !), et une petite faute dans un piaffer, sa Libre était superbe avec des changements de pied magnifiques et pour conclure un demi éventail à droite puis à gauche au piaffer de toute beauté.

Jusqu’au 8e cavalier, les moyennes sont à 80% et plus, ce qui montre combien les médailles pouvaient aujourd’hui être plus disputées qu’il n’y paraissait hier, tant les couples changent dans ces reprises en musique, généralement plus décontractés. Juan Munoz Diaz et Fuegode Cardenas, le chouchou dont le public a scandé la ligne de changements au temps à une main, termine 6e, toujours accompagné de sa musique hispanique totalement en phase avec le cheval (une des rares avec celles de Parzival, de damon Hill/Helen Langehanenberg  et de Scandic), mais avec quelques fautes et un cheval un peu enfermé. Ce n’est pas l’aisance d’un Soto avec Invasor, mais la popularité est là. 

Patrick Kittel, jamais médaillé de sa vie, en bronze

L’Espagnol devance Isabell Werth et El Santo qui avaient pris la tête du premier groupe juste avant la pause grâce à une reprise agréable, dynamique comme sait les monter Isabell, toujours sans beaucoup de piaffer. Avec elle, qui passait en sixième position, on quittait un lot de concurrents aux musiques un peu plates, si l’on excepte la Danoise Nathalie zu Sayn Wittgenstein, mais le modèle de son cheval le supporte bien. Alors qu’en chorégraphie, l’utilisation de la piste ne cesse de s’améliorer, les compositions musicales ont encore des progrès à faire. Et, que cela soit une bonne chose ou pas, tous les premiers, mis à part Munoz évidemment, donnent dans une musique beaucoup plus contemporaine, très rythmée pour certains qui sied à l’impétuosité naturelle du cheval, surtout ceux de dressage dont la sensibilité est exacerbée.

Le médaillé de bronze avait donc lui aussi une musique dont le tempo convenait parfaitement à son cheval (composition spéciale de l’Allemand Michel Erdmann – comme Isabell Werth – inspirée de Dépêche Mode) et a exécuté dessus une partition sans un couac, avec un travail au galop beaucoup plus soutenu qu’hier, un superbe enchaînement passage-piaffer-passage-trot allongé, et un allongement du trot d’école dans une cadence parfaitement maintenue, le cheval étant d’une manière générale beaucoup plus délié que la veille.

Double médaille d’argent pour Uthopia et Carl

Question allongement du trot, Parzival est fort aussi, mais le plus fort des trois et même des autres, tout en souplesse cependant, reste Uthopia. Aujourd’hui il volait à nouveau. Sans une double pirouette un peu difficile et quand même quelques petites pertes de synchronisation avec la musique (mais » c’est un miracle que j’ai réussi à la suivre, constatait Carl Hester en riant, puisqu’il n’avait jamais déroulé sa Libre dessus !),la médaille aurait semblé assurée. Elle ne le sera qu’après le passage de Mistral (82,94), puisqu’il ne restait plus ensuite que Parzival et Totilas. Ce dernier n’ayant pas changé dans la nuit, c’est même Patrick Kittel qui montera aussi sur le podium.

Et, comme un plaisir ne vient jamais seul, non seulement le podium est un beau podium, renouvelé aux deux tiers, mais en plus, le public a eu droit à un magnifique tour d’honneur des trois médaillés chacun avec son cheval, y compris Parzival. Ceci grâce à une astuce : les trois chevaux,dont deux étalons, sont sortis du terrain pendant la longue remise des prix à pied, en présence de sa Majesté la Reine Béatrix, et sont revenus à la fin de cette cérémonie. Parzival n’a pas « pété les plombs », a fait ses tours d’honneur comme un grand champion qu’il est devant puis aux côtés de ses comparses, au passage. Il est même resté tout seul, comme toujours le premier,et a gratifié le public de beaux piaffers. Ce dernier jour a donc délivré son lot d’émotions, y compris celle de voir Nadine, sans selle, en main avec HansPeter Minderhoud, faire le tour du terrain au pas pour ses adieux à la compétition.

Dans cette arène, très joliment décorée, avec des chevaux sculptés dans du buis particulièrement réussis, ces derniers instants d’une belle compétition, qui a vu l’arrivée de podiums individuels encore rénovés et des Anglais au plus haut niveau avec une équitation différente dont on aimerait que ce soit celle de l’avenir, laisseront indubitablement de bons souvenirs à ceux qui ont eu la chance d’y assister. MHM