Haras de Malleret : "Se donner les moyens en préservant l'éthique des chevaux"
mardi 07 juillet 2020

Haras de Malleret
Gérald Martinez, propriétaire du Haras de Malleret, et Dorothee Schneider entourant Danciano © Coll.

Depuis la reprise de la compétition, les produits du Haras de Malleret sont omniprésents sur les terrains de concours et notamment sur le circuit SHF. Plusieurs sont allés garnir les écuries des meilleurs cavalières du monde à l’instar de Dorothee Schneider, Jessica von Bredow-Werndl ou encore Morgan Barbançon-Mestre. En moins de dix ans d'existence, comment expliquer une telle réussite ? Gérald Martinez est allé piocher ce qu'il se fait de mieux chez nos voisins allemands et attache une importance particulière à leur valorisation sans jamais dévier de sa ligne de conduite, le respect et le bien-être du cheval avant tout.

Le Haras de Malleret fait partie des petits nouveaux dans le paysage du dressage tricolore. Depuis l’achat des premières poulinières en 2012, Gérald Martinez a réussi par la force de ses convictions et de gros investissements à développer son élevage à vitesse grand V. Aujourd'hui, le Haras a trouvé son rythme de croisière une dizaine de naissances par an et une cinquantaine de chevaux qui grandissent pour la plupart à une trentaine de kilomètres de Bordeaux, dans un grand domaine de 360 hectares dédié en partie à la vigne. Depuis quelques années, la partie équestre a été réaménagée pour accueillir un centre d'élevage et de balnéothérapie. "Le but est d’avoir une sélection génétique très aboutie de manière à fabriquer des chevaux de très haut-niveau, c’est un peu l’objectif de tout éleveur. On se donne les moyens d’y arriver tout en préservant l’éthique du cheval. Ce sont nos bases et on ne dérogera pas à la règle", raconte Alexandra Laffea, la chargée des relations publiques du Haras. Lorsque l'on rêve de haut-niveau, les Jeux Olympiques sont forcément dans un coin de la tête. "En tant qu’éleveurs, les JO qui plus est en France, ont encore plus d’impact. Dans quatre ans, une bonne partie de nos chevaux auront atteint l’âge idéal", avance Alexandra. Et pour cela, le Haras de Malleret dispose de plusieurs cartouches...

Danciano, l'atout olympique ?

Parmi les grands espoirs du Haras se trouve Danciano (Dancier x Rotspon, lignée Donnerhall) que Gérald a repéré chez Paul Schockemöhle à trois ans. "Il n’était pas en vente initialement, Paul voulait le faire approuver et le garder pour la reproduction. Il a finalement accepté de le céder à condition de le garder pour la monte deux années supplémentaires. Il a rejoint Gérald à cinq ans après avoir été second du championnat Hanovrien à 4 ans", explique Alexandra. 

Depuis, Gérald a profité de Danciano et l’a préparé au Grand Prix en coulisses jusqu’à son départ pour les écuries de la championne olympique Dorothee Schneider il y a quelques semaines. Leur collaboration ne date pas d'hier, l'Allemande vient donner des cours à Gérald à titre privé depuis 2012, mais en début d’année, elle a finalement récupéré Filarmonie (Furstenball) et Dancielle (Danciano). "Dorothée a un ressenti unique. Elle est très performante en Grand Prix mais aussi en jeunes chevaux. Elle a une vision du cheval qui est très proche de la nôtre. Elle les respecte toujours physiquement mais aussi psychologiquement", soutient Alexandra. Quand Gérald a commencé à manquer de temps pour valoriser Danciano, c'est logiquement vers Dorothee qu'il s'est tourné."Il a choisi de le confier à Dorothée et à personne d’autre, si vous saviez déjà combien cela lui a coûté (rires). Ce n’est pas facile parce que Danciano est un peu son bébé. Jusqu’à présent, il a toujours été mis dans le confort, je pense qu'il va désormais rentrer dans le vif du sujet", raconte Alexandra. La route jusqu'au plus haut-niveau est encore longue mais le bel étalon affiche de la qualité et surtout un excellent caractère."A partir du moment où m’on atteint un certain niveau de difficulté technique je pense que c’est très compliqué d’atteindre ses objectifs si le mental ne suit pas. Si on arrive pas à conduire une Ferrari c’est dommage. Danciano aime travailler, c’est une machine", renchérit Alexandra. 

"Avant tout une histoire de feeling"

Dorothee n'est pas la seule cavalière allemande à se voir confier des produits estampillés Malleret. Début 2020, Jessica von Bredow-Werndl, championne d’Europe par équipe et médaillée de bronze en individuel l’été dernier, s’était vue confier une fille de For Romance, Forsazza de Malleret. Elle l’a d’ailleurs acheté fin juin pour poursuivre sa formation jusqu’aux Grands Prix. "Dorothee et Jessica sont assez différentes mais Gérald a adopté une nouvelle stratégie qui consiste à pouvoir confier des chevaux à des cavaliers qui ont des morphologies et des équitations distinctes même s'ils ont les mêmes bases c’est à dire le respect et le bien-être du cheval", explique Alexandra.

Il n’est pas toutefois nécessaire de monter sous les couleurs de la Mannschaft pour travailler avec le Haras de Malleret, il s’agit plutôt d’instinct et de sentiment. "Gérald est assez visionnaire : en fonction des caractères et des morphologies des chevaux, il a déjà des idées de cavaliers en tête. Pour Jessica, nous avions un doute entre deux juments et plus nous discutions avec elle et plus nous étions convaincus que c’était Forsazza qui lui irait le mieux, ne serait-ce que par le caractère. Lorsqu’elle est montée dessus elle a su en trente secondes que c’était bon. Il y a quelque chose de très spécial entre elles et c’est ce que l’on recherche. Lorsqu’un couple est très fusionnel, il arrive à monter dans les points et éventuellement à se retrouver au dessus d’un autre concurrent".  En plus de Dorothee Schneider et de Jessica von Bredow-Werndl, Gérald confie la valorisation de ses chevaux à son cavalier maison, Alfonso de la Chica Parras, mais aussi aux tricolores Alexandre Cheret, Morgan Barbancon-MestreJessica Michel Botton et Pauline Guillem. "La France est une nation émergente, tout est en train de bouger et cela nous ravit. On a joué le jeu du cocorico en confiant des chevaux aux Français mais nous élevons des races allemandes donc on a tissé des liens très spécifiques avec l’Allemagne. Il y a beaucoup d’enjeux stratégiques, économiques, on ne peut pas permettre de se rater."

De nouvelles perspectives...

Effectivement, le Haras de Malleret est lié de bien des manières avec l’Allemagne : depuis peu il s'est associé avec Ekke Thaden. Cet éleveur a fait naître Dancier (De Niro) qui fut l'un des meilleurs ambassadeurs du stud-book Hanovrien de ce début de siècle avant de disparaître bien trop tôt (vainqueur de l'approbation à deux ans puis vendu pour 330 000 euros, il a ensuite remporté le test des 300 jours à 3 ans avant de connaître une belle carrière de reproducteur d'où sont issus une trentaine de fils étalons). "Ekke Thaden nous a choisis pour reprendre petit à petit son élevage. Cela nous permet de profiter d’une sélection génétique extraordinaire avec un monsieur qui possède une cinquantaine d’années d’expérience derrière lui. Il a pensé à créer Dancier, il a encore sa mère... Ces gens là sont des génies. Il peut aussi bien vous conseiller dans le bovin que dans l’équin que dans les pigeons (rires). Il voit tout de suite ce que va donner un étalon, ce que la mère et le père transmettent, ce qu'ils marquent de bien et de moins bien, comment il faut les associer… Nous avons une chance incroyable d’être associés à quelqu’un comme lui dès nos premières années", appuie Alexandra.