José Letartre et Hamilton, en route pour Paris 2024
mardi 11 mai 2021

José Letartre et Hamilton, ici au Mans
José Letartre et Hamilton, ici au Mans © Coll. privée José Letartre

Hamilton, hongre hanovrien de 11 ans, fils de Hochadel et d’une mère par Frenchman, propriété de Thierry Lhermitte et Hervé Guyot, figure sur la liste des présélectionnés pour les JO de Paris 2024 en para-dressage Grade IV. Il est associé à José Letartre, 56 ans, douze fois champion de France de saut d’obstacles Handisport et présent lors de quatre championnats d’Europe et cinq Jeux paralympiques.

Lors des JEM de Tryon, en septembre 2018, l’ex-écuyer du Cadre Noir et coach de José Letartre, Philippe Limousin, prend conscience qu’il va falloir trouver une relève pour Swing Royal*IFCE. En mars 2019, les deux hommes sillonnent ne l’hexagone à la recherche de la perle rare et découvrent Hamilton. C’est Gilles Bordes, cavalier de concours complet installé en Corrèze, qui l’avait acquis pour sa fille en 2015. Si le coach fonde de grands espoirs en ce nouveau partenaire potentiel, José est plus mitigé. Il se souvient d’un cheval qui marchait et trottait plutôt bien, mais ne galopait pas lors de l’essai. Et pour cause, l’examen vétérinaire révélera une leptospirose. Quelques semaines plus tard, nouvelle rencontre à Lamotte-Beuvron à l’occasion du Grand National auquel Gilles participe. Hamilton affiche une stabilité exemplaire en dépit de l’agitation ambiante sur le site. José emmène Hamilton à l’essai dans l’écurie privée de Seine et Marne qui accueille déjà Paco des Plains, son partenaire de saut d’obstacles sur des épreuves jusqu’à 1,40 m. Une visite d’achat concluante permet de finaliser l’acquisition du cheval moyennant 15 000 euros. « Il est très gentil et volontaire, il a trois belles allures. Il a fallu du temps pour le mettre à ma main », indique José Letartre. Après quelques ajustements sur le plan de la santé, et une victoire en championnat de France Handisport à Saint Lô notée à 70%, en janvier 2020, le couple se produit sur son premier international au CPEDI3* de Mâcon Chaintré, dernière qualificative pour les Jeux paralympiques de Tokyo, où José obtient le score décevant de 66.825%. La saison est ensuite brutalement interrompue suite au COVID, mais José continue les entraînements avec son coach à Saumur une ou deux fois par mois, avant de reprendre le fil de sa saison chez les valides. « Je perdais quelques points sur les changements de pied », relève José, qui se classe 8ème avec 66.133% au championnat de France Amateur 2 au Mans en octobre 2020. Suite à l’épizootie de rhinopneumonie, le championnat de France de Saint Lô puis le concours de Mâcon sont annulés. Il aura fallu attendre le CPEDI3* de Waregem, du 22 au 25 avril dernier, pour que le couple se produise à nouveau en para dressage, et se classe 11ème avec à 66%. « Il a confirmé sa qualité chez les valides, mais il a un peu plus de mal en para », souffle José, déçu.

Une concurrence féroce 

Si son coach est confiant sur le potentiel d’Hamilton, il arrive à José d’avoir quelques doutes. « Aujourd’hui, les chevaux du Grade IV sont de véritables machines de guerre. La concurrence est très rude. Ils ont tous un modèle comparable à Totilas ou Rockn’Roll Star, dont Hamilton n’aura jamais le gabarit. En Grade IV ils performent en Saint Georges et Petit Grand Prix, en grade V en Grand Prix valide. Un bon cheval se négocie autour de 80 000 à 100 000 euros. Hamilton peut prendre des points s’il est juste, ne fait aucune faute, si les épaules en dedans, les demi tours sur les hanches, les cessions à la jambe et les appuyers sont parfaits. Il nous faut encore travailler les changements de pied rapprochés pour passer aux épreuves supérieures, et éventuellement tenter le Saint Georges. S’il est affûté à ce niveau, il a des chances d’être performant dans les épreuves para. Pendant de longues années, on a pu se contenter de chevaux lambda, mais aujourd’hui les meilleurs sont à 75%. Pour être dans les cinq premiers, il faut au moins atteindre 70%. C’est comme en CSO, certains cavaliers ont les moyens ou des sponsors, d’autres comme moi achètent des chevaux moyens et essaient de s’en sortir », note le cavalier qui depuis 2006 bénéficie de la part de son employeur, la mairie de Paris, de précieux aménagements de son emploi du temps de chauffeur de poids lourd sous forme de « mises à disposition » pour les entraînements et compétitions en tant qu’athlète de haut niveau. Philippe Limousin l’affirme, José a fait progresser Hamilton de manière significative, et l’a amené à un niveau que personne avant lui n’avait atteint. « Il pratique une équitation de grande qualité. Grâce à son travail, son cheval a repris de la rondeur, il est beau, il travaille juste, il n’est pas encore parfait, mais pourra sans doute obtenir 70%. En tout cas il peut faire un bon cheval d’équipe. » Le coach ose le dire, il a parfois une dent contre les juges, qui ne sont pas eux-mêmes montés en épreuves, et privilégient le modèle du cheval à la qualité de l’équitation. « Le para-dressage est une compétition de haut niveau, où les juges attendent du cheval un véritable charisme, tandis que sur les épreuves valides, en catégorie Amateur, José est face à des chevaux qui n’ont pas forcément la qualité et l’éducation du sien, c’est pourquoi il obtient de meilleures notes. C’est sans doute le cavalier de para-dressage qui a le plus de sens du cheval juste, d’ailleurs il le prouve en montant jusqu’à 1,40 m à l’obstacle en dépit de son handicap. Il a toujours été capable d’interpréter n’importe quel cheval. Ce qu’il apprend avec Hamilton lui servira de toute façon pour ses futures montures. Mon objectif est avant tout de l’aider. » 

Le CPEDI3* de Deauville du 28 au 30 mai ayant été annulé, José prévoit un concours valide dans les prochaines semaines, puis le CPEDI3* de Grote-Brogel en Belgique du 26 au 28 juin. Il visera ensuite le championnat de France amateur, et rejoindra le circuit para-dressage en espérant que ses efforts aient porté leurs fruits et fait monter ses moyennes.