Les nouvelles règles britanniques pour le bien-être des chevaux
vendredi 20 septembre 2019

Contrôle vétérinaire
Le nouveau règlement de dressage britannique apporte des précisions en matière de traces de sang (photo d'illustration) © Eric Knoll

La fédération britannique a publié les amendements effectués à son règlement concernant le dressage en compétition. Si certains points ont été reformulés pour plus de clarté, de compréhension ou simplement pour des questions administratives, d’autres sont totalement innovants, et ce notamment concernant le bien-être animal.

La Grande-Bretagne fait un pas en avant en matière de bien-être des chevaux à travers son nouveau règlement, applicable à compter du 1er décembre 2019. L’un des apports majeurs pour le règlement 2020 concerne l’hyperflexion. Ainsi, de nouvelles indications sont ajoutées quant au rollkur (flexion de l'encolure du cheval par la force, comme le définit le FEI, le chanfrein est bien souvent sous la verticale, voire collé au poitrail par la contrainte). Il sera inscrit que l’hyperflexion n’est permise ni tolérée de la part d’aucun cavalier ou combinaison. Les stewards le signaleront immédiatement au juge en C ou à l’organisateur et le couple sera éliminé de la compétition.

La Grande-Bretagne se calque sur la FEI concernant les traces de sang

En matière de traces de sang, les règles de la FEI sont adoptées et s’appliqueront pour les compétitions nationales. Ainsi, si du sang est remarqué sur un cheval pendant la détente, un steward le signalera au cavalier. En cas de sang sur les flancs, le nez, la bouche ou les lèvres, le cavalier sera averti que s’il ne peut y mettre fin immédiatement, il devra déclarer forfait dans l’épreuve en question. Refuser entraînera le signalement de l’incident au juge en C. Lorsque le sang est remarqué par un ou plusieurs juges alors que le couple est dans la zone entourant la piste ou en piste, avant, pendant ou après la reprise, le juge en C doit éliminer cette paire de l’épreuve.

Dans le cas où les traces sont remarquées par le steward pendant l’inspection suivant la reprise, ce sera seulement lorsque le sang sera au niveau des flancs, du nez, de la bouche ou des lèvres que le steward préviendra le juge en C. Ce dernier devra alors, au vu des preuves apportées par le steward, éliminer le couple de l’épreuve. Seules les traces de sang étant le résultat de [maltraitance] et non d’un dommage accidentel (piqûre de moustique, cheval qui se mord la langue par exemple) permettent au steward d’agir.

Jusqu’à présent, le règlement 2019 disposait qu’en cas de sang résultant de [maltraitance], alors le compétiteur devait être immédiatement éliminé. Si du sang était vu sur n’importe quelle partie du cheval en entrant en piste ou pendant la reprise, le cavalier devait être interrompu, informé et devait déclarer forfait de la compétition. Si le sang était remarqué par le juge vers la fin de la reprise et sans possibilité d’interruption, alors l’inspection devait avoir lieu immédiatement après le test et le score ne compterait alors pas en cas de confirmation par l'inspection.

Des modifications efficaces ?

Il n’y a pas de doute que l’introduction de l’interdiction du rollkur, décrié et dénoncé depuis de nombreuses années, et de sanctions est un pas en avant pour le bien-être du cheval. La question des traces de sang semble également accentuer cela dans la mesure où des précisions sont ajoutées concernant la détente, période qui n’était pas mentionnée dans l’édition précédente. Nous pouvons tout de même noter que l’énoncé du nouveau règlement semble limiter les sanctions aux traces de sang se situant aux flancs, bouche, nez et lèvres du cheval, alors que le règlement 2019 disposait qu’il y avait élimination en cas de marque sur « n’importe quelle partie du cheval ».

Et en France ?

Du côté français, les mentions explicites des traces de sang sont rares, celles de l’hyperflexion inexistantes. Les dispositions demeurent plus vagues : l’article 3.4. A du règlement 2020 du dressage dispose que « le Président du jury a autorité pour éliminer un concurrent dont le cheval […] est blessé avec traces de sang. Dans ce dernier cas, il doit arrêter le cheval, vérifier la réalité de la blessure pour confirmer sa décision dont il informe le cavalier et le public » et à l’article 7.8 qu’ « en cas de […] saignement, le Président de jury avertit le concurrent qu’il est éliminé ». Un grand pouvoir d’appréciation est donc donné au Président du jury, sans indiquer explicitement le comportement à suivre en cas de traces de sang au paddock. Le Président du jury peut-il agir si le sang est remarqué au paddock ? Ou est-ce uniquement lors du test en lui-même ?

Le règlement 2020 de saut d’obstacles dispose lui, à son article 3.4, que parmi les attributions du Commissaire au paddock figure « surveiller les abus dans l’entraînement des poneys/chevaux ». Une attention particulière est apportée à la détente de cette discipline. En dressage, l’article 3.5 énonce lui qu’ « un commissaire peut être mis en place à l’initiative de la FFE ou de l’organisateur. La présence d’un commissaire pour le paddock est souhaitable ». Si elle est souhaitable, elle n’est toutefois pas obligatoire, laissant donc une plus grande marge de manœuvre dans les détentes, semblerait-il sur papier.

Le règlement général 2020 (qui s’applique à toutes les disciplines) aborde la lutte contre les atteintes au bien-être des poneys et chevaux à son article 1.5, indiquant que « toute brutalité, cruauté et mauvais traitement […] sont proscrits et éliminatoires sur décision du président de jury », donnant ensuite des exemples de comportements qui peuvent entraîner des saignements tels que des coups de cravache ou une utilisation d’éperons excessifs. Le bon sens voudrait donc que des traces de sang soient éliminatoires diront certains, mais une trace de sang issue d’une piqûre d’un moustique n’est pas de la maltraitance. Un vide demeure donc en la matière. Pourquoi ne pas mentionner explicitement dans les différents règlements, qu’ils soient spécifiques ou généraux, les conséquences en cas de traces de sang et les distinctions éventuelles en cas de maltraitance ou d’accident, à l’instar de la FEI et de nos amis britanniques ?