Rotterdam: La Grande Bretagne vire en tête
mercredi 17 août 2011

Rotterdam 11-Charlotte Dujardin et Valegro
Charlotte Dujardin et Valegro © Dirk Caremans

Hier cela pouvait encore sembler très optimiste d’envisager l’or pour la Grande-Bretagne, mais les résultats du premier groupe du Grand Prix sont irréfutables : les Anglais mènent largement, avec 149,25 alors que les Allemands sont à 142,52. Quant aux Français, des petites fautes pour Le Guerrier et d’autres pour Passe Partout les empêchent d’atteindre leurs meilleures moyennes et la France est pour le moment 8e.

Le classement individuel du premier groupe n’a pas changé après le passage de Charlotte Dujardin et Valegro juste avant la pause déjeuner ce qui laissait le public sur une superbe impression : l’incroyable énergie que Valegro met en douceur à la disposition de sa cavalière et la régularité de la reprise font oublier son modèle un peu carrossier. La Britannique a pris alors très largement la tête devant les Allemands Christoph Koschel (très en-dessous de ses dernières moyennes plutôt dans les 75%, le cheval n’appréciant pas, selon son cavalier, le caméra qui coûtera cher à Sébastien Duperdu) ) et Helen Langehanenberg avec Damon Hill. Restait à savoir si le deuxième Néerlandais allait modifier cet ordre, mais il n’en a rien été. Hans Peter Minderhoud, dernier à passer dans ce premier groupe, qui n’avait pas trop le droit à l’erreur pour maintenir le Danemark 4e, voire pour essayer de passer devant l’Allemagne, a fait une belle reprise mais prudente ce qui ne permettait pas de compenser les petits points perdus notamment du fait d’une grosse faute en fin de galop allongé. Sa prudence maintient son pays à la 3e place ce soir, mais ne lui a pas donné le gros point qui le sépare de son éternel rival.

Pour les Jeux, rien n’est gagné

Derrière, les mieux placés pour décrocher la fameuse qualification olympique sont le Danemark avec une belle reprise de Raneur et la jeune et inédite à ce niveau, Lisbeth Seierskilde, premiers à passer, la Suède avec Bocelli qui a surtout gagné ses points au pas allongé et au galop avec Rose Mathisen, et l’Espagne, malgré des performances inférieures à celles que font habituellement Fabergé/Beatriz Ferrer-Salat et Jade de MV/ Claudio Castilla Ruiz. Jade manquait un peu d’activité et Fabergé semblait particulièrement peu disponible, d’où une impression d’ensemble peu fluide et des transitions incertaines. Sauf contre performance des deux cavaliers qui passeront demain pour ces trois équipes, elles devraient conserver leurs positions avec tout de même un risque pour l’Espagne.

Des petites surprises

D’autant que la Suisse, 7e, est tout de même assez loin. Une surprise de voir nos voisins en si bonne place alors qu’ils se sont peu signalés cette saison, assez toutefois pour se qualifier et même pour avoir un cinquième cheval engagé ici, donc qualifié lui aussi, ce qui poserait un problème réglementaire : Smeyers Smolberg ne figurait pas sur la start liste de la visite vétérinaire et, vraisemblablement,seuls quatre chevaux pouvaient être maintenus après le 12 août. Selon Marcela Krinke-Susmelj, « Michel d’Arcis, le nouvel ancien chef d’équipe, a bien lu le règlement, heureusement. Je suis heureuse de pouvoir quand même monter,même si Corinth aurait été préférable pour l’équipe. Je n’ai Smolberg que depuis décembre et n’ai fait que trois GP avec lui, avec des résultats allant de la catastrophe à 68% ». Quant à Corinth, son exclusion est « due à une coupure sous le pied de l’antérieur gauche. Comme je ne peux pas l’emmener en main à la visite véto, je l’ai monté pour y aller au pas et n’ai pas fait assez attention au sol. Il s’est blessé et a commencé à saigner au trot pendant la visite. Il a un gros pansement, mais ce n’est pas trop grave ».

Ce premier jour de championnats d’Europe a également mis en lumière la force de la Pologne, dont la première cavalière (et unique aujourd’hui puisque son pays n’a que trois équipiers), Beata Stremler, termine 8e du classement provisoire avec Martini et un beau 69,65 (le public du CDI de Compiègne l’avait découverte avec un autre cheval), un excellent résultat pour d’une jeune femme de vingt-six ans qui a déjà travaillé avec trois entraîneurs et pas des moindres : Bemelmans, Nivelle et maintenant de Ridder. Même si Ekwador est un peu en perte de vitesse, avec lui et Random, cette équipe pourrait bien mettre la qualification de l’Espagne en danger et nous faire reculer d’une place. En espérant que ce ne sera pas davantage, car  le Portugal et l’Autriche n’ont eux aussi passé qu’un seul cavalier, comme toutes les équipes de trois.

La France, 8esur 16

Pour les nôtres, Le Guerrier,qui entrait donc en piste à 11h15 après la première pause, a mal commencé sa reprise avec un arrêt bougé puis un premier piaffer très hésitant. Puis les choses se sont arrangées, avec notamment un très bon pas allongé (sa meilleure note : 7,7 avec coefficient 2) « où il gagne 2% d’un coup »,précise Carlos Pinto (ici comme entraîneur de Gonçalo Carvalho et Rubi), avant une faute aux 2 temps, mais avec des passages et des piaffers qui sont allés en s’améliorant sans toutefois que les notes affichées sur les tableaux lumineux tournés vers le public ne s’en trouvent réellement modifiées. Selon quelques observateurs tricolores et notamment bien sûr Alain Francqueville et Arnaud Serre lui-même, Anne-Sophie Serre a bien tenu sa place. Elle est elle-même plutôt contente d’avoir atteint cette moyenne malgré les fautes et de prendre ici une expérience irremplaçable. C’est un peu le même discours pour Sébastien Duperdu, dont le grisou s’est plutôt bien comporté jusqu’à la fin du zigzag, avec même un très joli début de travail au galop où le cheval est beaucoup plus harmonieux qu’il ne le fut, exécutant notamment de jolis 2 temps, amples.« Depuis le début, je sentais qu’il se tendait quand nous approchions de la caméra (à peu près en C, ndla), mais à la fin du zigzag, nous arrivons droit dessus et je n’ai rien pu faire. Du coup, j’ai commencé les changements au temps alors qu’il venait d’être en désordre dans le coin ». Passe Partout se défend sur la fin de la ligne. Et même si le cavalier réussit à sauver les meubles avec une fin de reprise plutôt en ordre, la note a brutalement et beaucoup chuté. « Avec ces chevaux, qui n’ont pas les allures qu’ont d’autres, il faut une épreuve sans faute, regrettera Stefan van Ingelgem l’entraîneur avec lequel Sébastien travaille depuis un an et demi. Le cheval n’est pas assez en avant de ses aides, l’attitude reste un peu trop serrée. Il faut améliorer cela, ainsi que le passage, le piaffer et le pas ». 

Jeudi, seconde journée de Grand Prix, avec la plupart des tenors : la couleur des médailles apparaîtra définitivement à la sortie du terrain d’Adelinde Cornelissen et Parzival, le couple n°1 mondial étant le dernier à passer. El Santo/I. Werth et Totilas/M. A. Rath auront défendu les couleurs allemandes à 9h45 et14h35, Sisther de Jeu/E. Gal celles des Pays Bas à 14h15. Quant aux Britanniques, Uthopia/C. Hester entrera dans l’arène à 10h15 et Mistral à 14h45 pour éventuellement mettre d’accord Allemagne et Pays-Bas en remportant pour la première fois une échéance majeure en équipe. Une chose est sûre, le dressage n’est plus la discipline archi prévisible qu’il était. Sauf encore un peu pour les Français, qui progressent doucement mais pas encore assez pour que cela se sente à ce niveau d’épreuve.Catherine Henriquet et Arnaud Serre présenteront Paradieszauber et Hélio II à12h15 et 16h45.