CEI3* de Castelsagrat : les organisateurs respirent et Philippe Tomas sourit
mardi 08 juin 2021

Après une longue course, Philippe Tomas remporte pour la troisième fois l’épreuve de Castelsagrat © Anne Jonchery

Il y a encore 2 semaines, Castelsagrat Endurance Équestre n’était pas sûre d’organiser sa course. Après une annulation à cause de la Covid-19 en 2020, la rhinopneumonie et encore la Covid-19 ont donné du fil à retordre aux organisateurs. Heureusement, Anne et Jean-Jacques Donzelli ainsi que Franck Verbrugge sont tenaces et ont permis un très beau week-end tant sportif qu’émotionnel : tous les fidèles de Castelsagrat, amateurs et professionnels, étaient là, heureux de se retrouver. Retour sur cet événement tant attendu.

Comme si la Covid-19 ne suffisait pas, les contraintes liées à la rhinopneumonie ont refait surface une semaine avant le CEI3* de Castelsagrat. Suite à la petite frayeur déclenchée à Pise par le cheval américain laissant planer une reprise de la rhinopneumonie, la FEI a imposé un protocole pour toute participation à une compétition. Et Castelsagrat n’y a pas coupé. À une semaine de l’événement, il a fallu trouver trois officiels supplémentaires pour respecter les consignes : 500m avant d’entrer sur le site, prise de température de chaque cheval, récupération de sa feuille de températures collectées matin et soir depuis l’annonce de cette obligation et apposition d’une gommette sur le carnet du cheval si tout est en règle. Dans le cas où la température atteignait les 38°, le cheval patientait dix minutes hors du van avant un second contrôle. Si la température restait à 38°, le cheval passait sous surveillance, et s’il avait 38,5° ou plus, un examen vétérinaire complet était effectué. Quatre boxes d’isolement étaient disponibles hors du site de la course. Et un officiel a dû saisir toutes les températures biquotidiennes prises pour chaque cheval: un travail titanesque sachant qu’il y avait 300 chevaux engagés !Si ce protocole a bien été respecté, l’idée de la FEI selon laquelle ce dernier deviendrait permanent fait grincer des dents, d’autant que ces prises de températures doivent être faites pendant dix jours avant toute compétition.
Côté humain, rien n’a été simple non plus : montage d’un barnum supplémentaire à côté de la buvette pour y installer des tables suffisamment espacées, où ceux qui le souhaitaient, pouvaient poser leurs plateaux repas, moins d’assistants, bracelets d’identification pour le couvre-feu, pas d’affichage public, de campagne de presse, pas de bandas, de soirées, pas de fleurs sur le site, etc. Si bien évidemment le masque était obligatoire sur le site et aux points d’assistance, un registre Covid devait être signé par toutes les personnes présentes, avec leur numéro de téléphone. Les remises de prix ont également été adaptées : pas de podium « classique » mais une estrade bien longue pour accueillir uniquement cinq cavaliers, pas de lots mais des bons d’achat. Malgré toutes ces contraintes, la bonne ambiance était au rendez-vous.

Et dire qu’il se trouvait trop vieux

La course phare de ce week-end était bien entendu celle de 160km. Sur six étapes (trois boucles de 30km ainsi que de deux de 20km), les 49 partants ont non seulement dû gérer une piste technique, dénivelée, mais également une météo épouvantable. La troisième boucle a été dantesque : des rideaux d’eau, des rafales de vent, un terrain devenu très glissant obligeant Jean-Jacques Donzelli à modifier certains passages pour la sécurité des chevaux et des cavaliers. Le dernier couple, Aurélien Cerlati/Beldia, est arrivé à 22h56. Depuis 06h30 le matin, la journée a donc été bien longue, mais ils se sont classés. Un groupe emmené par les Espagnols Maria Alavrez Ponton/Siriwa d’Hal Tseu (qui a longtemps alterné la première place avec Enora Boulanger/Vitawan de Passille), Gil Berenguer Carrera/Jilguero II, Philippe Tomas/ Biwaka de Chalendrat, et Lionel Mesnier/Althea la Majorie a rapidement donné le tempo de la course. Le quatrième contrôle vétérinaire a rebattu les cartes avec l’élimination de Maria. Dans la dernière boucle, Énora s’est positionnée à la troisième place, laissant Gil et Philippe en découdre. La descente de Gasques prise au galop par Philippe et Biwaka a signé le salut de Gil : « l’Espagnol était en perdition. J’ai testé en accélérant et en passant devant, et il est resté à trois mètres. Je me demandais s’il avait vraiment craqué ou s’il allait sprinter car son cheval n’était pas impressionnant depuis le début ! Je me suis méfié, mais lorsque j’ai vu qu’il montait la côte du lavoir à pied, j’ai décidé d’y aller tout seul », explique Philippe. Gil avait bien calé, et Énora termine deuxième.
Mais en fait, Philippe n’était pas seul : le long de la route des voitures klaxonnaient, des gens hurlaient pour l’encourager. « J’entendais crier mon nom par des gens que je ne connaissais même pas ! Biwaka est très émotif et a ressenti cette ferveur », s’en amuse le cavalier. « Je pensais que j’étais trop vieux pour courir ce genre de course et préparer de grosses échéances (Pise et les prochains Championnats d’Europe, ndlr). J’ai quand même failli arrêter à la troisième boucle pour ne pas blesser mon cheval », commente avec humilité celui qui était venu pour se faire plaisir... et qui finalement remporte pour la troisième fois l’épreuve de Castelsagrat. Mais lorsque l’on parle de Biwaka, les yeux de Philippe s’illuminent : « J’adore les chevaux pie ! Biwaka m’a tapé dans l’œil à la finale des 6 ans à Uzès. Il est très sanguin, mais tout lui convient : la pluie, la boue, la distance, etc. Il fait son job. Il est capable de prendre trois brins d’herbe dans une côte !  Une chose est sûre : il ne sera jamais à vendre ! », conclue le cavalier.

Résultats complets à retrouver ici.