Marie Pierre Péroteau, solo gagnant
samedi 17 octobre 2020

Marie Pierre Péroteau et Qanai du Tipi
Marie Pierre Péroteau et Qanai du Tipi © Béatrice Fletcher

Depuis une dizaine d’années, grâce à Caroline et Gilles Cabardos, fondateurs de l’association Grand Parquet Endurance, Fontainebleau est devenu l’un des rendez-vous incontournables de la discipline. Ce week end du 16 au 18 octobre était à nouveau l’occasion pour les cavaliers venus de toute la France et de l’étranger de profiter de la forêt bellifontaine.

Marie Pierre Péroteau, la tête de bout en bout

Pas moins de 450 chevaux se répartissaient sur une douzaine d’épreuves proposées aux amateurs, pros et jeunes cavaliers, dont des préparatoires de 40 à 85km, un choix exhaustif qui compensait l’annulation du concours de Tartas (40) programmé le week end prochain, pour cause de contraintes sanitaires. Le CEI3* 160 km, épreuve reine de ces trois jours, mettait en présence 39 couples, venus notamment d’Algérie, de Belgique, des Pays Bas, de Suisse, de Norvège, d’Angleterre, d’Allemagne et d’Andorre. Les tricolores, parmi les meilleurs mondiaux de la discipline, affichent une nouvelle fois leur suprématie et trustent le Top 5 du classement final. Tout s’est joué avant même le lever du jour timide et brumeux en ce vendredi 16 vers 6 heures du matin, puisque dès la première boucle, un groupe s’égare et perd quelques précieuses minutes.

Marie Pierre Péroteau, 39 ans, gagnante de l’épreuve aux rênes de Qanai du Tipi, avec des moyennes proches des 20km/h, explique avoir couru les deux premières boucles aux côtés de Géraldine Brault, malheureusement éliminée à l’issue d’un réexamen de Gronwel Assan lors du contrôle vétérinaire. « Je finis toujours les courses seule, mais aujourd’hui en particulier ce n’était pas voulu. Les autres se sont perdus sur la première boucle, et certains sur la deuxième. J’aurais aimé offrir à Qanai un autre scénario pour sa dernière course, car j’ai décidé de ne plus l’engager à haut niveau. Il a seize ans, il a fait de belles courses. Nous l’avons eu au travail à partir de l’âge de trois ans, et nous l’avons acheté à sept ans, quand il a gagné sa première course 2*. J’ai été son unique cavalière tout au long de sa carrière. Cette année, je n’ai fait qu’une 80 km avant de courir cette 160. Quand on a eu un cheval de cette qualité, notamment un mental exceptionnel, c’est difficile de se projeter avec un autre partenaire. En tout cas il ne partira jamais de chez moi. Je courrai peut-être en international avec les chevaux que j’ai au travail, mais ce ne sera jamais pareil qu’avec Qanai. » Marie Pierre, seule à s’entraîner, s’interroge sur la poursuite de sa carrière de cavalière à haut niveau. « Je limite le nombre de chevaux car je ne veux pas embaucher, et je ne veux ni marcheur, ni tapis.»  

Camille Garbet, 29 ans, après 8h25’10’’ de course aux commandes de Baltika d’Aurabelle, 9 ans, monte sur la deuxième marche du podium après une belle remontée et un sprint final endiablé. La jeune femme explique s’être perdue sur la deuxième boucle, tout comme une douzaine de cavaliers. « Nous avons manqué le fléchage de rappel et emprunté le mauvais chemin, ce qui nous a valu de faire deux kilomètres supplémentaires, et de creuser l’écart avec le duo de tête. Nous sommes enchantés de Baltika et de ses temps de récupération.» Pour 2021, l’objectif de Camille n’est autre que de décrocher une sélection au championnat d’Europe à Ermelo, aux Pays Bas, en septembre.

A l’issue du sprint final qui l’opposait à Camille et à Philippe Tomas, Melody Théolissat, 31 ans, en selle sur Wala de Jalima, 8 ans, propriété de son éleveur Jean Claude Guillaume, s’adjuge la troisième place en grignotant presque huit minutes lors de la dernière boucle alors qu’elle pointait en 8ème position à l’issue de la 4ème phase. Si le couple était parmi les concurrents égarés lors de la première boucle, Melody l’assure, elle n’avait de toute façon pas prévu de partir en tête avec cette jument qui courait sa première 160. « Je monte toujours mes courses de cette façon, j’en garde sous le pied, et s’ils sont très bien, je sais que je peux me permettre d’aller très vite sur la fin. Sur la 2ème boucle, un groupe de quinze chevaux a perdu au moins huit minutes. Dès que nous avons couvert 500 mètres et que nous n'avons plus vu plus les balises de rappel d’itinéraires, nous avons réalisé qu’il fallait faire demi-tour. Nous avions une bonne heure de course de nuit, et les balisages n’étaient pas phosphorescents. » A la décharge de l’organisateur, certains cavaliers ont visiblement été plus prudents et pris le temps nécessaire à soigner leur itinéraire… Basée à Dignes les Bains, où elle gère l’écurie J’M endurance avec son conjoint Justin Moreau, forte d’une cinquantaine de chevaux, y compris d’élevage sur une quinzaine d’hectares, Melody vise elle aussi une sélection européenne pour 2021, peut-être l’occasion de décrocher à nouveau une médaille d’or par équipes comme en 2013.  Félicitations à Philippe Tomas, en selle sur Biwaka de Chalendrat, dans le trio de tête sur une bonne partie de la course, mais qui doit se contenter de la 4ème place.

Un mode de vie au naturel

Alors que la pression des associations de défense des animaux se fait pressante, il est intéressant de constater que les deux meilleurs cavalières de cette course ont choisi d’offrir à leurs chevaux un style de vie que revendiquent les comportementalistes et éthologues depuis plusieurs années. Depuis 2016, Marie Pierre Péroteau et son conjoint Raphaël Muller sont à la tête d’Eden-Tal à Oberdorf dans le Haut Rhin (68), qui accueille 60 à 80 chevaux, plus quelques chevaux d’endurance au travail sur une superficie dix hectares plus soixante hectares d’estive pour les beaux jours. « Dans cette conformation » précise Marie Pierre,  « les chevaux parcourent 16 à 18 km par jour. Qanai vit au milieu d’un troupeau de 30 chevaux, il est heureux. Je ne peux sortir seule en balade que depuis qu’il a cette vraie vie de cheval. »

De son coté, Camille Garbet est installée aux GAEC Les Ecuries d’Aurabelle à Gréoux Les Bains aux côtés de François et Stephen Atger. Elle l’explique « voilà cinq ans, je faisais des études d’ingénieur agronome, j’ai atterri à Gréoux Les Bains pour un stage, j’ai commencé à monter en endurance et je n’en suis plus jamais partie. Baltika est notre image de marque. Elle nous permet de promouvoir le mode de vie que nous proposons à nos chevaux, qui est encore au-delà du concept de l’écurie active, puisque nos 80 chevaux (40 dédiés à l’élevage et 40 en pension) bénéficient de 170 hectares de pâtures, où ils vivent en troupeaux. Leur alimentation est composée d’herbe et de foin. Nous avons un centre équestre et un centre de tourisme. A son retour, nous allons lâcher Baltika dans 25 hectares de prairie avec des abris naturels. Nous tenons à prouver que ce mode de vie permet d’assurer le bien-être du cheval et de l’amener au plus haut niveau de performance. » 

Une organisation millimétrée

Caroline Cabardos, qui aux côtés de son mari Gilles tient à bout de bras cette organisation biannuelle depuis dix ans, le souligne « nous aurions aimé en faire une plus belle fête mais les consignes sanitaires imposées depuis plusieurs mois, renforcées par le couvre-feu mis en place à partir du vendredi 16 à minuit, ont limité nos élans. Heureusement, le traiteur The Dish s’est adapté aux mesures en modifiant les horaires des repas proposés aux cavaliers. » Côté participation, Caroline l’observe, « le nombre d’engagés sur la 140km (17) et la deux fois 70km (10) n’étant pas très élevé, nous nous posons la question de reconduire ces épreuves lors de nos prochaines éditions en 2021.  Nous pourrions privilégier le circuit Top 7 développé par la FFE depuis 2019 pour les chevaux de sept ans. »

Gilles, lors du briefing de fin de journée, remerciait les cavaliers pour leurs marques de reconnaissance et leur bonne humeur tout au long de la journée, mais aussi pour avoir respecté les consignes imposées par l’ONF sur le parcours (gilet de sécurité pour l’assistance, passage au pas sur certains tronçons). Il rendait également un hommage appuyé à l’équipe de 30 à 55 bénévoles (par jour) sans lesquels ces compétitions ne pourraient pas avoir lieu. Enorme coup de chapeau à cette armée de bonnes volontés qui œuvre dans l’ombre pendant des semaines pour constituer un dossier complet par cavalier (consignes de sécurité, place de parking, dossard, road book etc), gérer l’hébergement des 25 officiels (dont 11 vétérinaires), baliser les itinéraires, mettre en place des kilomètres de cordage, assurer l’accueil des participants de l’aube à la nuit, et assurer l’assistance du secrétariat vétérinaire, en remettant à l’ensemble des cavaliers après chaque contrôle un récapitulatif des données enregistrées par ATRM. Une organisation purement privée, bien que soutenue par la communauté d’agglomération du Pays de Fontainebleau et du CREIF, qui jongle chaque année pour boucler un budget global d’environ 90 000 euros, uniquement grâce aux engagements. 

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