Finale de saut d'obstacles : Ben Maher explosif
mercredi 04 août 2021

Podium finale individuelle - JO Tokyo
L'or, l'argent et le bronze pour Ben Maher, Peder Fredricson et Maikel Van der Vleuten © Scoopdyga

Malgré tous ses succès passés, Ben Maher n'a pas pu retenir ses larmes à l'issue du barrage de la finale individuelle de saut d'obstacles : la manche au chronomètre a permis au Britannique, aux commandes d'Explosion W, d'aller chercher la médaille d'or devant le Suédois Peder Fredricson associé à All in - couple déjà en argent en 2016 à Rio - et le Hollandais Maikel Van Der Vleuten, en selle sur Beauville Z. Nicolas Delmotte, seul Tricolore en lice dans cette finale, termine à une honorable douzième place (cinq points de pénalité) avec Urvoso du Roch.

Si l'entrée en matière de mardi, avec l'épreuve qualificative, a joué à merveille son rôle de sélection, ce parcours de finale individuelle était une parfaite suite logique. Et le chef de piste espagnol, Santiago Varela, n'entendait pas rendre la tâche facile aux trente cavaliers sélectionnés. Jusqu'à l'oxer numéro 5, pas de problème majeur : un vertical en numéro un, suivi de deux lignes à quatre et sept foulées, sur des cotes néanmoins conséquentes (1,65 mètre pour le vertical décoré d'un sumo, qui a posé tant de problème à nos Tricolores la veille). En seconde partie de parcours, les choses commençaient à se corser : le numéro 6, un double mur/palanque (1,63 mètre et 1,65 mètre de cotes), était suivi à six foulées d'un oxer, lui-même précédant, via une ligne brisée, le triple composé d'un oxer, une foulée, vertical, une foulée, oxer. Un peu de répit, sans néanmoins réduire le rythme, avec la rivière située en numéro 9, suivie d'un vertical à cinq foulées. Puis, les couples avaient à composer avec un enchaînement composé d'un double (spa, une foulée, oxer), suivi à six foulées en ligne brisée d'un "mur de palanques" surmonté d'une barre, suivi à son tour d'un copieux oxer aux couleurs des cerisiers du Japon. Les concurrents finissaient enfin sur un vertical (1,66 mètre) reprenant les codes couleurs des Jeux de Tokyo. 

Des scores élevés et l'inquiétude pour Kilkenny  

Trente partants, six sans-faute. Autant dire que nombreux ont été les couples qui n'ont pas pu déjouer les difficultés imposées par le chef de piste espagnol et ont vu leur chance de médaille s'envoler. Il fallait être bon techniquement, il fallait aussi ne pas craquer psychologiquement dans les dernières foulées, les derniers abords... Les premiers partants à se confronter au parcours sortent avec des scores lourds : le Suisse Beat Mandli, après plusieurs fautes, décide de s'arrêter, comme le Norvégien Geir Gulliksen, après pas moins de huit barres. Le Japonais Eiken Sato et son Selle Français Saphyr des Lacs (Mr Blue), sans-faute la veille, en terminent avec seize points. Après cinq parcours, le meilleur score est de huit points... Jusqu'au passage de l'Irlandais Cian O'Connor et son bon Kilkenny (Cardento), qui réalisent une très belle entame de parcours. Le couple déroule sa partition sans fausse note jusqu'à ce que le puissant gris de neuf ans se tâche de rouge sur le nez et la bouche. On s'attend à ce que le jury interrompe le tour de l'Irlandais, mais rien ne se produit. Le couple finit son parcours avec un point de pénalité, tandis que le bout de devant de Kilkenny est en sang. Le couple termine septième de l'épreuve, sans que la FEI ne commente par la suite la situation et n'informe de l'état de santé du cheval. C'est le cavalier, quelque temps après l'épreuve, qui a réagi par le biais d'une vidéo sur ses réseaux sociaux : "Le nez de Kilkenny s’est mis à saigner avant la fin de la compétition mais par chance il s’en remet bien, indique Cian O'Connor. Il est en forme. Les vétérinaires l’ont ausculté et il va bien. Nous sommes autorisés à reprendre la compétition mais, pour moi, son futur est plus important. Je vais le préserver. Je finirai donc la compétition à pied, pour soutenir nos champions, Bertram, Darragh et Shane, afin qu’ils gagnent une médaille par équipe. Je suis vraiment heureux que Kilkenny soit en bonne santé, il a si bien sauté dans l’épreuve qualificative et à la finale." Si on se félicite de la décision du cavalier, il est légitime de s'interroger sur le fait qu'il ait pu dérouler son parcours jusqu'à la fin alors que son cheval présentait visiblement un problème physique. 

Les Suédois en feu

Après cette image qui a sans doute refroidi plus d'un spectateur, la compétition s'est poursuivie, pour certains avec difficulté : Marc Houtzager n'a pas subi l'inquiétude de sa bonne jument Dante (Canturano) comme ce fut le cas hier, mais en termine néanmoins avec douze points. Le premier parcours sans faute est l'œuvre du cavalier Suédois Henrik Von Eckermann et King Edward (Edward 28). La Suède, qui alignait 100% de parcours sans pénalité la veille, continuait ainsi sur sa bonne lancée. Henrik Von Eckermann est rejoint quelques parcours plus tard par l'un des cavaliers hôtes de ces Jeux, le Japonais Daisuke Fukushima et Chanyon (Chacco Blue), visiblement ravi de réaliser cette performance à domicile. Puis, c'est la déferlante suédoise : Malin Baryard-Johnsson et sa puissante jument baie de treize ans, Indiana (Kashmir van Schuttershof), ainsi que Peder Fredricson et All In, entrent dans le cercle prisé des barragistes. Ce dernier, médaillé d'argent en individuel à Rio connaît bien son équipier : avec ce fils de Kashmir van Schuttershof, le Suédois a également décroché la médaille d'or des championnats d'Europe en 2017. A mi-épreuve, ce sont donc trois cavaliers sur quatre couples qui réalisent l'exploit de se qualifier pour le barrage. Un véritable raz de marée bleu et jaune.

Déception pour Nicolas Delmotte

Avec un seul cavalier français en lice dans cette finale individuelle, tous les espoirs tricolores reposaient sur les épaules de Nicolas Delmotte. Malgré un Urvoso du Roch (Nervoso) particulièrement aérien, le couple commet une faute sur l'oxer numéro 5, en bout de ligne, et se sort parfaitement de toutes les autres difficultés du parcours. Rageant : le Nordiste et son cheval de treize ans avaient bien la possibilité de se qualifier pour le barrage. A l'origine de la faute, une place a priori un peu près, et il semble que le cheval ait été surpris par la largeur de l'obstacle. Le Nordiste finit sur un parcours à cinq points de pénalité - il écope également d'un peu de temps - et termine à la douzième place de cette finale. 

Les Belges et les Irlandais pas au rendez-vous

Du côté des cavaliers que l'on s'attendait à voir boucler le clear round, il y avait bien évidemment les Belges, qui affichaient également 100% de parcours sans faute mardi. Tandis que Niels Bruynseels essuie les refus de Delux van T&L (Toulon), bien décidé à rester dans le coin proche du paddock et rétive, Jérôme Guéry, qui rêvait d'un Top 10 avec Quel Homme de Hus (Quidam de Revel), écope d'un stop sur le dernier obstacle du parcours. Le regret est moindre pour le cavalier d'Outre-Quiévrain, qui n'aurait de toute façon pas pu accéder au podium à cause de pénalité de temps. Enfin, Gregory Wathelet et Nevados (Calvados Z) commettent une petite faute sur le vertical derrière la rivière, malgré le lever de genoux impressionnant du cheval gris. Côté britannique, équipe également en grande forme au vue de ses performances de mardi, Harry Charles commet plusieurs fautes et décide de jeter l'éponge tandis que, malheureux, Scott Brash essuie un petit point de temps dépassé... Autre favori de ces Jeux, le Suisse Martin Fuchs : après une entame parfaite, le cavalier de Clooney 51 (Cornet Obolensky) craque sur les deux derniers obstacles : gérant mal sa dernière ligne et son dernier abord, il sort de piste avec huit points de pénalité, le même score que les Irlandais Darragh Kenny et Bertram Allen.

Finalement, deux autres cavaliers apportent un peu de couleurs à la finale au chronomètre : le Britannique Ben Maher et Explosion W (Chacco Blue) et le Hollandais Maikel van der Vleuten, associé à Beauville Z (Bustique) rejoignent les trois Suédois et le Japonais au barrage. Trois médailles, six barragistes, une chance sur deux de décrocher la breloque...

Ben Maher au-dessus du lot

Pour le barrage, les cavaliers avaient à composer avec la barre de spa en numéro un, virage à gauche, vertical numéro 10, virage à droite, le triple transformé en double, virage à droite, oxer numéro 2, virage à serrer à gauche, mur de palanques pour finir sur les deux derniers éléments du parcours. C'est le Japonais qui a le difficile rôle d'ouvreur : Daisuke Fukushima signe un parcours sans faute, en 43,76. Une partition propre, dans un galop régulier, mais sans grande prise de risque, avec un chrono que Malin Baryard Johnsson abaisse de pas moins de trois secondes immédiatement. 40, 76, nouveau temps de référence. Peder Fredricson prend sa suite et améliore encore le chrono de plus de deux secondes (38,02), avec son généreux All In. Immédiatement, le Britannique, bien décidé à accrocher une médaille, ne se pose pas de question et met en marche la machine Explosion : il fait encore mieux et passe sous la barre des 38 secondes : 37,85. Ni Henrik Von Eckermann, ni Maikel Van Der Vleuten, tous les deux sans-faute, respectivement en 39,71 et 38,90, n'arrivent à déloger Ben Maher et Peder Fredricson de la première et la deuxième place. Le cavalier à la veste orange parvient à décrocher le bronze. 

Sur le podium, si Peder Fredricson, en habitué des récompenses, est apparu heureux et serein, s'autorisant même à faire un peu d'humour en faisant mine de prendre l'or du plateau des médailles, il en était autrement de ses deux plus jeunes concurrents, qui n'ont pas pu retenir leurs larmes. 

Les résultats complets sont à retrouver ici

Rendez-vous vendredi, midi (heure française) pour l'épreuve qualificative par équipe.