Julia Krajewski au sommet de l'Olympe, les Bleus dans le top 12
lundi 02 août 2021

Julia Krajewski et Amande de B'Neville, sacrées championnes olympiques à Tokyo
Julia Krajewski et Amande de B'Neville, sacrées championnes olympiques à Tokyo © FEI/EFE/Kai Försterling

Impériales, Julia Krajewski et Amande de B'Neville se sont offert le titre tant convoité de championnes olympiques, l'Allemande devenant ainsi la première femme de l'histoire à remporter ce sésame en individuel en concours complet. Du côté de la France, si les représentants officiels de l'Hexagone ne montent pas sur le podium, l'élevage tricolore a fait une véritable razzia.

On voit difficilement ce qu'il aurait pu arriver à Julia Krajewski et Amande de B'Neville, sacrées championnes olympiques au Japon. Alors que certains chevaux paraissaient fatigués, probablement écrasés par la chaleur et les efforts de ces derniers jours, Amande faisait encore preuve d'une fraicheur incroyable. Elle qui, aux yeux de son naisseur Jean-Baptiste Thiébot, « avait tout pour réussir » a prouvé aujourd'hui sa valeur au monde entier. Après un dressage pénalisé de 25,20 points, qui les plaçait au pied du podium provisoire, Julia Krajewski et sa jument baie n'écopaient que d'une seconde de temps dépassé sur le cross (0,4 point) et figuraient sur la deuxième marche du podium avant la dernière épreuve, le saut d'obstacles. Aux Jeux olympiques, ce ne sont pas un, mais bien deux parcours que les vingt-cinq meilleurs couples individuels doivent effectuer pour déterminer leur classement. Déjà lors du premier parcours, comptant pour le classement par équipes mais également comme une qualification individuelle, le duo avait survolé l'épreuve. Si l'Allemagne n'a pas connu le succès escompté dans l'épreuve par équipes et termine quatrième, Julia Krajewski était ressortie de ce premier parcours sous les meilleurs auspices, une faute du Britannique Oliver Townend et de Ballaghmore Class, jusqu'ici leaders de la compétition, la propulsant tout en haut du tableau des résultats. 
Ainsi placée en position de "chassée" et non de "chasseuse", Julia Krajewski n'avait pas besoin de se préoccuper du résultat des autres. Elle devait "juste" assurer un sans-faute. La pression ? Elle l'avait probablement. Mais elle avait aussi cette jument, avec qui elle avait remporté en mai dernier le CCI4*-L de Saumur. À l'époque, lorsque L'Eperon l'avait interrogée, elle envisageait « d'aller aux championnats d'Europe » avec Amande. Les Jeux olympiques, elle les espérait un peu, mais sans trop y croire. « En Allemagne, beaucoup de couples peuvent prétendre à une sélection, mais ma jument n'a pas énormément d'expérience. » Malgré son manque d'expérience, Amande a fait preuve d'un talent digne des plus grands. Pas une once de fatigue, pas une once d'hésitation, pas un obstacle frôlé au cours de cet ultime tour et au bout, une médaille d'or. Le bras en l'air, les yeux humides, le doigt pointé vers sa jument, Julia Krajewski est devenue ce lundi 2 août, au parc équestre de Baji Koen, la première femme à décrocher le titre de championne olympique de concours complet en individuel. 

Sur le bord de la carrière, Tom McEwen regardait attentivement le parcours de l'Allemande. Lui devait espérer qu'elle renverse une barre et que la médaille d'or lui revienne. On a beau être l'athlète le plus fairplay du monde, quand on est à moins d'une barre d'un titre olympique, on espère secrètement une petite erreur du concurrent. Mais Julia n'en a pas fait et Tom McEwen l'a applaudie et est venu la féliciter à sa sortie de piste. Pour lui aussi, ç'aurait été une belle performance. Douzième après le dressage, il a déroulé ensuite une prestation presque parfaite avec Toledo de Kerser : maxi sur le cross, sans-faute sur l'hippique par équipe et une petite seconde de temps dépassé (0,4 point) sur la manche individuelle. Après tout, on n'est pas numéro 5 mondial par hasard. Pour l'or individuel, le Britannique devra attendre une prochaine olympiade, même s'il se console probablement avec l'or acquis en équipe

C'est un habitué des podiums olympiques qui s'offre le bronze. Les Jeux de Tokyo représentent sa huitième participation à une échéance olympique. Depuis ses débuts dans la compétition aux cinq anneaux, en 1984, à Los Angeles, Andrew Hoy a glâné pas moins de trois médailles d'or, toutes en équipe, en 1992 à Barcelone, en 1996 à Atlanta et en 2000 à Sydney. À domicile, cette dernière année là, il avait également terminé avec l'argent individuel. Il ne lui manquait que le bronze. Il aura attendu ses 62 ans et le statut de doyen de l'épreuve pour s'offrir le métal manquant. Il est d'ailleurs le seul des soixante-trois prétendants à une médaille olympique à avoir conservé son score du dressage sur l'intégralité de la compétition, soit 29,60 points grâce à un Vassily de Lassos des grands jours. Andrew Hoy, un peu à l'image de Mark Todd il y a encore quelques années, serait-il la preuve que les papis font de la résistance ? À vous d'en juger.

Nicolas Touzaint, meilleur français

Si aucun de nos trois Bleus n'a pu se faire une place sur le podium, ils n'ont pas à rougir de leurs performances. Les trois mousquetaires de l'équipe de France terminent tous dans le top 12. Premier représentant du drapeau tricolore à s'élancer sur l'épreuve individuelle et ce parcours composé de neuf obstacles et douze efforts, Karim Laghouag avait le sans-faute à portée de main, jusqu'au double. Alors que le début du parcours se déroulait parfaitement bien, une incompréhension entre lui et Triton Fontaine, qui a retapé une petite foulée sur le vertical d'entrée, et tout s'enchaine. Triton s'encastre dans le vertical en le renversant et, sous les encouragements de son cavalier, sort du double en franchissant l'oxer au trot. Évidemment, avec une hauteur de 1,30 mètre et une largeur de 1,45 mètre, impossible pour Triton de s'en sortir sans toucher la moindre barre. Le couple sort de piste avec 8 points et terminera douzième. 
Venait ensuite le tour de Nicolas Touzaint. Une fois de plus, il a prouvé qu'il était un homme de championnat, capable de se transcender et de tirer le meilleur de lui-même et de son cheval en toutes circonstances. Sur un Absolut Gold*HDC frais comme un gardon, il a été le premier à boucler son parcours sans la moindre pénalité. Chose que les quinze autres couples avant lui et Absolut n'avaient pas été en mesure de faire et en récompense, une sixième place individuelle. 
Enfin, Christopher Six était le mieux placé pour aller décrocher une médaille individuelle puisqu'il figurait sixième, à moins d'une barre de la médaille d'argent. Pour cela, il fallait être sans-faute et espérer que les autres ne le soient pas. Mais une petite touchette des antérieurs de Totem de Brécey sur la sortie du triple fait s'envoler tout espoir de médaille et le relègue juste derrière Nicolas Touzaint, au septième rang. Sur le moment, la déception devait être grande. Mais à faire des calculs et refaire le monde avec des "si", on se rend compte que même sans cette barre, il aurait dû se contenter de la quatrième place. Entre nous, c'est peut-être la pire de toutes... Un mal pour un bien ?

Le triomphe de l'élevage français 

Si la France n'a officiellement récolté aucune médaille individuelle, elle a tout raflé du côté de l'élevage. Sur les sept meilleurs chevaux de cette compétition olympique, six sont issus de l'élevage tricolore (cinq Selle Français et un Anglo-arabe), dont les trois médaillés. Amande de B'Neville (Oscar des Fontaines), née dans la Manche chez Jean-Baptiste Thiébot, avait été valorisée sur le circuit SHF des 5 ans en saut d'obstacles par Arthur Le Vot, avant d'être vendue à sa propriétaire actuelle, qui l'a ensuite confiée à Julia Krajewski. Si le Selle Français Toledo de Kerser (Diamant de Semilly), médaillé d'argent donc, né Kerstin Drevet et vendu dans ses plus jeunes années en Grande-Bretagne, n'a pas eu le temps de faire ses gammes sur le circuit français, ce n'est pas le cas de Vinci de la Vigne (Esterel des Bois). Avec son cavalier japonais Kazuma Tomoto, il termine au pied du podium. Il y a sept ans, en 2014, il avait rejoint les écuries du champion olympique Astier Nicolas à l'âge cinq ans, après une année passée sous la selle de Quentin Gueho, qui l'avait débuté dans les épreuves jeunes chevaux, en saut d'obstacles. Les deux autres Selle Français, Absolut Gold*HDC (Birkhof's Grafenstolz) et Totem de Brécey (Mylord Carthago*HN), ont passé toute leur carrière sur le sol français et continuent de défendre fièrement leur pays de naissance. 
Enfin, Vassily de Lassos (Jaguar Mail), le sixième et dernier représentant de l'élevage français dans le top 7 appartient quant à lui au stud-book Anglo-arabe. Il avait été valorisé sur le circuit SHF en concours complet et saut d'obstacles par Thomas Carlile à partir de ses 4 ans, après quelques sorties effectuées sous la selle de Marie Corrège. Avec Tom, il avait été sacré vice-champion de France à 4 ans, médaillé de bronze à 5 ans, champion de France à 6 ans (monté au pied levé par Jean-Lou Bigot puisque Thomas Carlile était appelé en équipe de France), avait terminé sixième à six ans puis quatrième à sept ans du Mondial du Lion d'Angers, chaque fois avec Thomas Carlile. C'est l'année de ses huit ans que l'alezan a quitté les écuries de son cavalier tricolore pour intégrer celles d'Andrew Hoy. 

Pour retrouver les résultats complets, cliquez ici.