Kilkenny, cas de conscience
jeudi 05 août 2021

Kilkenny
Le cheval de l'Irlandais Cian O'Connor s'est mis à saigner du nez au milieu du parcours de la finale individuelle de saut d'obstacles. © Scoopdyga

Mercredi, le cheval de l'Irlandais Cian O'Connor s'est mis à saigner abondamment du nez sur son parcours et le jury de l'épreuve individuelle de saut d'obstacles n'a pas stoppé le couple, qui termine avec un point de temps de pénalité. En réalité, la FEI rappelle que seules les traces de sang à la bouche et aux flancs, causées par l'action du cavalier, sont éliminatoires. Mais quid du bien-être du cheval dans ce cas de figure ?

Lors de la finale individuelle de saut d'obstacles qui s'est déroulée mercredi, de nombreux spectateurs ont sans doute été choqués de voir le cheval de l'Irlandais Cian O'Connor, Kilkenny, sixième au départ, se couvrir de sang au niveau du nez et de la bouche, sans que le couple ne soit stoppé dans son parcours. L'Irlandais a pu dérouler sa partition, tandis qu'une quantité de sang assez impressionnante semblait provenir des naseaux du cheval de neuf ans. En témoignent les impressionnantes tâches rouges sur son poitrail à sa sortie de piste. 

Alors que, quelques jours plus tôt, Caroline Chew, cavalière de dressage aux couleurs de Singapour, avait vu sa reprise interrompue par le jury dans le Grand Prix à cause d'une trace de sang sur la bouche de son cheval, on peut légitimement s'interroger sur le fait que Cian O'Connor ait pu poursuivre son parcours. 

Sans doute conscient du fait que ces images aient pu choquer les passionnés des sports équestres et le grand public, le cavalier a publié une vidéo sur ses réseaux sociaux où il se montre rassurant sur l'état de santé de son cheval : "Le nez de Kilkenny s’est mis à saigner avant la fin de la compétition mais par chance il s’en remet bien", indique Cian O'Connor. "Il est en forme. Les vétérinaires l’ont ausculté et il va bien." Fait étonnant, le sportif indique même que son cheval est autorisé à reprendre la compétition, mais qu'il préfère ne pas prendre le départ des épreuves par équipe. "Nous sommes autorisés à reprendre la compétition mais, pour moi, le futur de Kilkenny est plus important. Je vais le préserver. Je finirai donc la compétition à pied, pour soutenir nos champions, Bertram, Darragh et Shane, afin qu’ils gagnent une médaille par équipe. Je suis vraiment heureux que Kilkenny soit en bonne santé, il a si bien sauté dans l’épreuve qualificative et à la finale.

Le saignement de nez, pas motif d'élimination

Si on se félicite de cette décision de la part de l'Irlandais, des questions demeurent sur le règlement FEI. L'instance a d'ailleurs consacré un petit paragraphe à cet "épisode" dans un communiqué livré après l'épreuve. "Le cheval Kilkenny, monté par Cian O'Connor (IRL), a eu un saignement de nez (epistaxis) durant la finale individuelle de saut d'obstacles aujourd'hui aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Le cheval irlandais de neuf ans, qui a réalisé son parcours avec juste un point de temps dépassé, a été examiné immédiatement après l'épreuve par les vétérinaires et, par précaution, sera emmené dans une clinique vétérinaire en dehors du site, pour une visite plus approfondie. Suivant les règles de la FEI, les traces de sang sur les flancs ou dans la bouche du cheval entraînent son élimination. Cependant, une hémorragie en provenance des fosses nasales n'est pas un cas d'élimination. Le cheval Kilkenny a été retiré de la compétition et ne prendra pas part aux épreuves par équipes qui commencent vendredi."

Balayer devant notre porte 

Suite à ce rappel de la FEI, certaines questions se posent cependant : comment le jury pouvait-il savoir, sur le moment et à une certaine distance du cheval, qu'il s'agissait de sang provenant des naseaux et non de la bouche du cheval ? Si ce point de règlement montre bien que la FEI condamne toute action de la part du cavalier qui pourrait blesser le cheval (mors, éperons) - on s'en félicite -, comment l'état de santé et le bien-être du cheval ne peut-il pas être pris en compte dans le déroulé d'une compétition ? Pourquoi le principe de précaution n'est-il pas appliqué dans ce cas de figure, pour préserver le cheval ? Il paraît difficilement concevable de laisser le cheval réaliser des efforts, dans le cadre d'une compétition, alors qu'il présente de façon évidente des signes de faiblesse et de mal-être. Dans un contexte social en perpétuelle évolution et des associations de protection des animaux particulièrement aux aguets, il serait grand temps d'ajuster certains points de règlement pour ne pas tendre le bâton pour se faire battre.