Pentathlon moderne : quel avenir pour l’épreuve d’équitation ?
mercredi 18 août 2021

Pentathlon moderne - Epreuve d'équitation
Suite aux incidents survenus lors des Jeux olympiques de Tokyo, l'épreuve d'équitation du pentathlon moderne est désormais réellement remise en question © International Olympic Committee / Filip Komorous

Les Jeux olympiques de Tokyo ont été le théâtre de nombreux incidents mettant en cause des chevaux. Parmi eux, celui s’étant produit durant l’épreuve d’équitation du pentathlon moderne. Des images qui ont heurté un grand nombre de (télé)spectateurs, suscitant ainsi de très vives réactions et amenant l’Union internationale de pentathlon moderne à prendre au plus vite des mesures en faveur du bien-être des chevaux. Mais cela suffira-t-il à redorer l’image de la discipline ?

Tokyo, 6 août 2021, 17h15. Après avoir pris part à l’épreuve de natation et d’escrime, les athlètes féminines du pentathlon moderne se préparaient pour l’épreuve d’équitation, avant d’enchaîner sur la course à pied et le tir. Comme toujours, elles ont tiré au sort leur monture et ont eu vingt petites minutes pour faire connaissance avec elle. Une rencontre très chronométrée : les cavalières ont, comme le mentionne le règlement, dix minutes pour monter leur cheval sur le plat et dix autres pour passer quelques obstacles. Brève introduction. Direction ensuite la piste, pour enchaîner un parcours coté à 1,20 mètre. Une organisation qui a de quoi laisser quelque peu perplexe, notamment en ce qui concerne le temps imparti aux athlètes et au cheval pour se découvrir et se préparer… Mais il en est ainsi en pentathlon moderne, ce sport qui regroupe cinq disciplines – l’escrime, la natation, l’équitation, le tir au pistolet et la course à pied –, inscrit au programme des Jeux olympiques depuis 1912 comme l’a souhaité Pierre de Coubertin. À travers le pentathlon moderne, ce dernier avait pour objectif de promouvoir un sport qui allait « mettre à l’épreuve les qualités mentales d’un athlète autant que ses ressources et qualités physiques » et ainsi produire l’athlète « idéal et complet ». « Seuls ceux qui ont une endurance physique et mentale exceptionnelle alliée à l'habileté exigée dans les cinq disciplines peuvent remporter l'or », souligne le Comité olympique dans sa description de ce sport. Soit. Mais aujourd’hui, outre les capacités des athlètes, un autre point est scruté de manière très importante, jusqu’à faire débat : l’épreuve d’équitation et le traitement des chevaux.

Tokyo 2020 : une situation inédite...

À Tokyo, s’est produit un événement auquel beaucoup auraient préféré ne pas assister. Alors en tête du classement provisoire, l’Allemande Annika Schleu entre en piste, en selle sur un certain Saint Boy. Et rien ne s’est assurément passé comme prévu. C’est un cheval visiblement apeuré qui est arrivé sur la carrière, refusant catégoriquement de passer la ligne de départ et même, tout simplement, d’aller de l’avant. De quoi susciter l’incompréhension et le désemparement de la cavalière qui en est venue à utiliser à de multiples reprises sa cravache et s’est mise à donner d’importants coups de talons. Parallèlement à cela, la coach de la cavalière, présente au bord de la carrière, en est elle venue à frapper le cheval – action totalement interdite dans le règlement – pensant certainement ainsi aider son élève. Mais si le cheval a finalement accepté d’aller de l’avant, il a néanmoins catégoriquement refuser de passer les obstacles. Une scène qui a profondément choqué les téléspectateurs de cette épreuve mais aussi les associations de protection animale, qui n’ont pas manqué de partager leur incompréhension et leur colère face à de tels comportements sur les réseaux sociaux.

... Aux très lourdes conséquences

Et ce qui devait arriver, arriva. Outre le fait que Kim Raisner, l’entraîneuse allemande, ait été exclue par l’Union internationale de pentathlon moderne, certaines associations de protection des animaux se sont empressées d’écrire à Thomas Bach, président du Comité olympique international, en demandant tout simplement la suppression des épreuves d’équitation aux Jeux olympiques. « Les amendes et les suspensions ne suffisent pas à protéger les autres chevaux des entraîneurs qui pourraient commettre des infractions similaires. […] Tout comme les Jeux olympiques ont évolué pour inclure des sports d'intérêt actuel - comme le skateboard, le surf et l'escalade sportive - dans un monde qui refuse de plus en plus d'accepter les abus sous quelque forme que ce soit, il est temps de supprimer les sports qui ne sont plus soutenus par le public », a par exemple déclaré la célèbre association PETA (People for the Ethical Treatment of Animals, dans sa langue originelle, ou Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux, en français).

Révision du règlement

Une importante menace plane donc au-dessus de l’Union internationale de pentathlon moderne. Face à toutes ces vives réactions, cette dernière a, en urgence, annoncé la révision de son règlement et la mise en place de multiples mesures en faveur du bien-être animal. Objectif : créer « une discipline plus sécurisée pour tous les participants », affirmait l’institution. Pour cela, l’UIPM a indiqué créer un groupe de travail ayant pour mission de comprendre et analyser les événements survenus lors des derniers Jeux, réfléchir à des moyens de minimiser les risques qu’une telle situation se reproduise, évaluer la nécessité de créer certains amendements au Code de l’éthique de l’UIMP en faveur du bien-être des chevaux et, si besoin, de les rédiger. Dans cette même optique, Klaus Schormann, président de l’UIPM, a rencontré Ingmar de Vos, président de la FEI afin d’obtenir des conseils sur les actions à mettre en place concernant les chevaux.

Côté règlement, il a également été décidé que, dès 2022, l’épreuve d’équitation du pentathlon moderne allait connaître quelques ajustements techniques : le parcours sera moins long et les obstacles moins hauts et plus simples. Mais rien concernant le tirage au sort des chevaux et le temps de préparation… De plus, il est désormais prévu que les athlètes, entraîneurs et juges soient plus sensibilisés au bien-être, grâce à de nouveaux outils éducatifs et une révision du programme de certification. Les délégués techniques seront, grâce à des études de cas, sensibilisés et préparés à la gestion de certaines situations. « Au nom de la commission exécutive de l’Union internationale de pentathlon moderne, j’ai hâte de travailler avec toutes les parties concernées pour m’assurer que nous effectuerons les ajustements nécessaires pour offrir un avenir sûr et sécurisé à la discipline équestre au sein du pentathlon moderne », a déclaré Klaus Schormann.

Des mesures suffisantes ?

On ne peut le nier, une certaine volonté de changement, d’adaptation et de prise en compte du bien-être animal a émergé au sein de l’Union internationale de pentathlon moderne. Mais les actions entreprises et souhaitées arriveront-elles à redorer l’image de l’épreuve d’équitation ? De ce côté, de sérieux doutes subsistent. Peut-être aurait-on par exemple aimé lire d’autres décisions, comme celle de supprimer le tirage au sort et/ou d’allonger le temps accordé à la préparation des cavaliers et des chevaux avant d’entrer en piste. Car, tous les passionnés le savent, plus qu’une histoire de cavalier et de cheval, l’équitation est une histoire de couple. Un couple qui se connaît bien et qui a pris plus de vingt minutes à se former. Et ce n’est pas en baissant la hauteur du parcours que cavalier et cheval jouiront d’une plus grande harmonie. Certes, l’adaptation du cavalier est tout l’enjeu de cette épreuve en pentathlon moderne. « Tous les athlètes espèrent avoir un cheval qui leur convient, c’est le facteur chance de la discipline », écrit d’ailleurs le Comité olympique. Mais peut-être est-il temps d’offrir la chance aux athlètes de venir avec leur propre monture. Peut-être que la difficulté de l’épreuve en sera moindre mais le respect du cavalier et du cheval n’en sera lui que plus important. Et, comme dans les sports équestres, l’épreuve n’en restera pas moins un véritable défi, car il n’est assurément pas aisé de terminer un parcours dans le temps imparti et sans faire tomber une seule barre, même avec un cheval que l’on connaît bien. Peut-être est-il enfin temps de voir les choses autrement.