L'Open d'Argentine, au féminin aussi
mercredi 04 décembre 2019

Enfin le titre après deux finales perdues pour El Overo Z7 UAE ? De gauche à droite : Lia Salvo (ARG, H 9), Hazel Jackson (GBR, H 10), Millie Hine (GBR, H 4) et Calra Casino (ARG H 7). © Pascal Renauldon

Les femmes ont toujours joué au polo. Les fameuses estampes chinoises révélant les origines du polo, 600 ans avant Jésus Christ, montrent régulièrement des amazones bataillant maillets à la main. Jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les matchs féminins étaient surtout considérés comme de galantes distractions. Mais depuis dix ans, le polo « rose » est devenu une affaire sérieuse au point que l’Asociación Argentina de Polo (la fédé) a dû créer, il y trois ans, la version « dames » du mythique Abierto. Et ce, au pays du machisme !

Il y a dix ans encore, Lolo Castagnola, back de La Dolfina et père de deux phénomènes (mâles) de ce sport déclarait quelque chose du genre : « Le polo féminin ? Vous êtes sérieux ? Personne n’y croit, ça ne prendra jamais, c’est un sport d’hommes, les femmes ne sont pas faites pour cela ». Lolo a-t-il révisé son jugement depuis ? Car le polo féminin a trouvé sa voie. Clare Tomlinson en Angleterre et Caroline Anier, en France et aux États-Unis, en ont été les précurseurs (il n’existe visiblement pas de féminin pour ce mot !). Mais ces deux joueuses avaient un niveau de handicap* « masculin » plus qu’honorable (5 et 4 sur une échelle de 10) leur permettant surtout de louer leurs talents au sein d’équipes mixtes.

Lia Salvo montre la voie

Et puis Lìa Salvo est arrivée. Cette jeune Argentine a décidé à 16 ans qu’elle deviendrait professionnelle de polo. Au grand dam de son père, Hector, pourtant un ancien vainqueur de la Coupe d’Or de Deauville, mais qui aurait préféré voir Lìa suivre les traces de ses sœurs, l’une grand médecin au Texas et l’autre avocate. Mais Lìa s’est obstinée et vit aujourd’hui du polo, sillonnant le monde. En France, elle a gagné les Ladies Cup de Deauville et Saint-Tropez et l’Open de France féminin de Chantilly à trois reprises. Chantilly qui a eu de l’avance sur l’Argentine en créant cet Open Dames cinq ans avant les Argentins.

Lìa est au cœur de l’équipe favorite de cette troisième édition de l’Abierto Feminino. Le grand adversaire se nomme... La Dolfina Brava ! L’équipe de la fille d’Adolfo Cambiaso, Mìa, 17 ans, pouvant compter évidemment sur les meilleurs chevaux possibles fournis par son père, grand joueur devant l’Éternel, mais également grand éleveur et… cloneur. Petit souci cette année, La Dolfina ne pourra pas compter sur son pilier (là encore, pas de féminin !) britannique, la handicap 10* (plus d'informations en bas de l'article) Nina Clarkin dans l’attente d’un heureux événement – les aléas du sport féminin – et qui est remplacée par une handicap 7, Milagros Sanchez, bien remontée en chevaux de qualité.

La qualité des chevaux, aspect indispensable

Car le cheval reste le nerf de la guerre dans le polo, aussi bien masculin que féminin. Soutenue par la Sheikha Maitha bint Mohammed bin Rashid Al Maktoum, une des quelques filles du Sheikh Mohammed, qui espère rejoindre les rangs de cette équipe un jour (elle est une joueuse passionnée à côté du karaté et du taekwondo qu’elle pratique…) Lìa a donc formé une équipe avec sa copine de toujours, la puissante handicap 10 anglaise, Hazel Jackson (elle-aussi ex-vainqueur de l’Open de France), l’Argentine handicap 7, Clarita Casino (vainqueur en août dernier de la Ladies Cup de Deauville) et de la jeune Britannique Millie Hine, handicap 4 seulement, mais recrutée cette année pour la qualité de ses chevaux. 

Toujours côté chevaux, l’équipe est également soutenue par deux anciens handicaps 10 masculins et anciens vainqueurs de l’Abierto, Horacio Heguy et Lucas Monteverde dont l’équipe de Lìa porte le nom de son élevage, El Overo Z7 avec l’affixe UAE, cela va de soi : « Nous avons beaucoup de chance et de soutiens », explique Lìa Salvo. « Outre Lucas et Horacio, beaucoup de joueurs et d’élevages nous ont prêté des chevaux : Ernesto Gutiérrez et le haras de la Ensenada, Eduardo Anca, Pedro Somma ou Santiago Schinoni… Pour un tel tournoi, une équipe a besoin d’une quarantaine de chevaux » !

El Overa a fait une entrée fracassante dans le tournoi cette année en battant logiquement de 15 goals, une équipe nettement inférieure sur le papier. Mais le premier test véritable est programmé samedi prochain à Palermo, face à une équipe de meilleur niveau, avec l’ancienne coéquipière de Lìa, Sarah Wieseman, et la sœur de Nina Clarkin, Tamara Fox, toutes deux anglaises et handicap 7. En attendant la finale du 14 décembre, face certainement à La Dolfina Brava (qui a gagné également son premier match). Et là, la parole sera aux chevaux !

*Handicaps : Il s’agit de la cotation des joueurs allant de – 2 à +10 (seuls neuf joueurs aujourd’hui ont ce handicap, dont huit Argentins et un Uruguayen). Avec la montée du polo féminin, des handicaps spécifiques ont été créés il y a 5 ans. Lìa est 9 et les deux Anglaises Jackson et Clarkin sont 10. En mixte, elles sont respectivement 2, 4 et 2. La meilleure française est 6 féminin, mais Caroline Anier avait été longtemps la meilleure joueuse du monde avec un handicap mixte de 4 (ce qui lui aurait valu un 10 féminin aujourd’hui).