Antoine Ermann, un jeune talent qui s’affirme
jeudi 05 novembre 2020

Antoine Ermann et Elios de la Lie
Antoine Ermann avec le champion de l'élevage familial, Elios de la Lie © Jean Louis Perrier

Antoine Ermann a ouvert son palmarès avec le titre de Champion de France Junior 2019. En 2020 il remporte le championnat des 6 ans à Fontainebleau avec Elios de la Lie, fruit de l’élevage familial. Pas de doute, le jeune cavalier mâconnais balise son parcours équestre sous le signe de la réussite !

 2019 avait été une belle année pour Antoine Ermann sacré champion de France Junior et 14e individuel lors de l’échéance européenne avec Azur du Vinnebus. Si la crise sanitaire ne lui a pas permis de s’exprimer dans la catégorie Jeunes Cavaliers, à dix-neuf ans, il bouscule sérieusement ses ainés, prenant régulièrement de belles places dans les remises de prix des CSI et, pour une première participation à la Grande Semaine de Fontainebleau, la victoire dans le championnat des 6 ans associé à Elios de la Lie, produit de l’élevage familial. Il nous a parlé de cet itinéraire déjà heureux, et de ses projets pour continuer sur la même lancée. 

Chez les Ermann, le cheval c’est une affaire de famille ? 

Mon père Jean-Yves a créé le centre équestre de Chevagny les Chevrières il y a 30 ans. J’y suis né et j’ai commencé à monter très jeune, vers 3-4 ans, avec lui. Ma mère, Elisabeth, est pharmacienne mais elle était aussi cavalière amateur. J’ai un frère ainé qui avait commencé à monter mais n’a pas continué dans cette voie. Aujourd’hui nous avons une quarantaine de chevaux en boxes sur le site, plus des chevaux à l’élevage, et une école d’équitation. Nous sommes quatre à travailler, il faut bien ça ! 

Quand avez-vous décidé de faire votre avenir professionnel dans le cheval ? 

J’ai toujours aimé passer mon temps avec les chevaux, enfant je ne sortais pas beaucoup ! Au collège je faisais du foot, mais j’ai arrêté quand j’ai commencé à beaucoup monter en concours, vers 14 ans. En 4e puis en 3e, les profs ont commencé à nous parler d’orientation professionnelle. C’est devenu une évidence pour moi de travailler avec les chevaux. Je voyais mon père au quotidien et je savais que c’était dur, c’est un métier qui prend beaucoup de temps, mais c’est vraiment ce que je voulais. Mes parents ont exigé que je continue jusqu’au Bac, et je l’ai eu ! Donc j’ai arrêté l’école à 18 ans et depuis je me consacre au travail des chevaux et leur sortie en compétition. J’ai passé cette année le DEJEPS, mon père tenait beaucoup à ce que j’ai ce diplôme pour faire de l’enseignement. Pour le moment c’est vraiment la compétition qui m’attire le plus, et je veux me concentrer pour évoluer vers le haut niveau, mais pourquoi pas un jour faire du coaching ? 

On sait qu’il est difficile de vivre de la compétition,  avez-vous des revenus par les pensions, le commerce ? 

J’ai quelques jeunes chevaux confiés par des propriétaires mais tous mes chevaux d’âge sont à nous. Il y a des gens qui commencent à me faire des propositions pour des chevaux d’âge, mais rien ne s’est encore concrétisé. Le commerce est un passage obligé ! Les concours coûtent très cher même si nous avons la chance d’être dans une région où il y a de quoi faire très près (NDLA : Cluny, Sainte Cécile et Mâcon-Chaintré sont dans un rayon de moins de 25 kilomètres), ce qui limite les frais ! Nous venons de vendre Velours de Ceran avec qui j’étais régulièrement classé sur 1,40m, ce sont toujours des décisions difficiles à prendre, mais il faut bien en vendre pour pouvoir en acheter d’autres ! Mon père achète beaucoup de chevaux entre 6 mois et 3 ans en Normandie. Et maintenant nous avons notre propre élevage, ça me plait de faire évoluer des chevaux qu’on voit grandir ! Nous avons des projets pour développer l’activité commerce. 

Vous avez remporté le championnat des 6 ans, c’était une belle occasion de faire du commerce ? 

Nous avons été sollicité mais nous n’avons pas donné de suite, nous ne sommes pas pressé de le vendre, c’est un cheval d’avenir ! Et puis c’est une belle aventure : Elios de la Lie est un des premiers chevaux de l’élevage et j’avais aussi sa demi sœur par la même mère, Funny de la Lie qui termine 15e des juments de 5 ans avec le label "Excellent". C’est la première fois que je faisais la Grande Semaine, j’en avais vraiment envie ! Avant pour moi c’était pendant la rentrée scolaire, donc impossible. Aller à Fontainebleau, c’est un investissement important mais nous avions trois bons chevaux, et je savais qu’ils avaient leur chance d’aller en finale. Il n’y a que Flyod des Près qui a fait une faute le premier jour, et du coup n’était pas qualifié pour la finale malgré un sans faute le lendemain. Ce n’est pas grave, c’est un bon cheval qui fera bien les 6 ans l’an prochain. 

Vous avez pu participer cette année à des très beaux concours comme l’Hubside Jumping, qu’avez-vous ressenti ? 

J’avais déjà pu faire un CSI 2* à Grimaud-St Tropez fin 2019, mais cette année avec le peu de concours, il y avait vraiment les meilleurs mondiaux. Déjà que le site est impressionnant, c’est incroyable de se retrouver dans les mêmes épreuves que Scott Brash et tous les meilleurs ! Ce sont des stars, et en même temps ça permet de voir qu’ils sont comme nous, je ne sais pas comment dire, mais quand on les regarde au paddock, ils travaillent tous comme on essaye juste de le faire ! Et tout simplement, croiser Kévin Staut qui me dit bonjour, c’est que du bonheur et c’est motivant ! Le CSI 3* de Deauville aussi était très impressionnant par le plateau, je suis classé dans la qualificative du Grand Prix, et dans celui-ci je fais 4 points sur le dernier !

 Quel sera votre piquet pour 2021 ? 

Mon cheval de tête est toujours Azur du Vinnebus. Après le CSI 3* de Deauville, on a senti qu’il avait besoin de repos, et comme la fin de saison est compliquée avec toutes ces annulations, on ne le ressortira que l’année prochaine. Pour l’épauler je pourrai compter sur Béryl des Prés qui comme Floyd des Prés vient de l’élevage de la famille Bazire avec qui mon père aime bien travailler. Béryl est de plus en plus régulier sur les 1,45m (NDLA gagnant d’un très disputé GP Pro 1 à Cluny en octobre), et est très compétitif en épreuve de vitesse. J’ai Djino Hoy qui prendra 8 ans, et Elios fera le circuit des 7 ans. J’ai aussi beaucoup de jeunes chevaux à sortir en SHF.

Avec qui travaillez-vous ?  

Mon père m’a formé de A à Z mais quand j’ai commencé à aborder le niveau supérieur, on s’est dit que ça serait bien de solliciter quelqu’un d’autre, c’est toujours bien d’avoir un autre regard ! Depuis 4 ans je profite des conseils de Jérôme Ringot et ça se passe vraiment très bien. Il n’est pas très loin et peut facilement venir à la maison ou bien il m’arrive de mettre des chevaux dans le camion et d’aller dans ses installations, c’est à une demi-heure. J’ai pu faire des stages avec l'équipe de France et j’aime beaucoup le système qui a été mis en place  avec Henk Nooren et Barnabas Mandi. Ce sont deux grandes personnalités du monde du cheval. Ils savent insister sur les bases, le travail avec eux est toujours sur des choses simples, mais c’est bien ce qu’il y a de plus difficile à obtenir correctement. 

Vous avez 19 ans, pas trop difficile à vivre ce nouveau confinement ? 

Je n’ai jamais trop aimé sortir, et mes copains je les vois sur les concours, alors comme il y en a plusieurs de prévus avec les huis clos professionnels, ça devrait aller ! Sur le premier confinement, le problème c’est qu’on était dans l’incertitude sur la durée, donc c’était difficile  de gérer le travail des chevaux. Finalement ça a été très bénéfique pour les jeunes qui ont bien avancé pendant qu’on gardait les autres sur un petit travail classique. Sur le nouveau confinement, on va essayer de continuer à faire des concours si les organisateurs peuvent les maintenir. Mais il y a déjà des annulations pour 2021, on se demande si on va retrouver une saison normale...