Benoit Cernin : "Trouver des chevaux pour sauter les 5* est compliqué"
mardi 06 août 2019

Benoit Cernin et Uitlanders du Ter à Dinard 2019
Benoît Cernin et Uitlanders du Ter dans le Grand Prix Rolex du CSI 5* de Dinard © Eric Knoll

Sacré champion de France Pro Elite 2019 en juin dernier avec Uitlanders du Ter, Benoit Cernin a fait à Dinard son retour en CSI 5*, notamment grâce à ce titre lui ouvrant les portes de toutes les compétitions 5* de France. Motivé pour le restant de la saison, le cavalier fait un point sur sa carrière et de ses ambitions.

Pourquoi avoir choisi Dinard comme premier CSI 5* après votre titre ?

J’ai choisi Dinard parce que Chantilly était trop tôt et je voulais que Uitlanders se remette bien. Après les championnats de France, j’ai fait une petite épreuve à 1,40m puis je suis allé à Canteleu où il était super.

Comment expliquez-vous cette absence de presque deux ans en 5* ?

Nous visions les Jeux méditerranéens l’année dernière mais plus le cheval faisait du concours, plus il baissait. J’ai ensuite formé beaucoup de chevaux car il faut des jeunes pour essayer de faire du haut niveau. J’en ai maintenant qui commencent à arriver à un bon niveau. Je veux les former parce que je n’ai pas encore des propriétaires prêts à acheter directement un cheval de 5*. Au départ, on achetait des poulains, puis des 3 ans et des 4 ans, et maintenant on essaie de trouver de bons 5 et 6 ans ce qui accélère quand même beaucoup les choses et facilite le tri. Arriver à trouver des chevaux pour sauter les 5* est compliqué et la route est longue : c’est un vrai challenge.

Au final, on est obligé de continuer avec les jeunes parce que faire du 5* est bien mais si on n’a pas énormément de chevaux, le jour où il n’y en n’a plus de ce niveau, il faut recommencer à zéro. Je regarde beaucoup les cavaliers et j’observe leur système, et ceux qui ont des bons jeunes en formation tous les ans peuvent durer. Ils ont peut-être un trou d’un an ou deux sans cheval de tête, mais en tout cas il y a toujours le réservoir en-dessous et c’est ce que je privilégie.

Vous avez d’ailleurs amené deux chevaux de 7 ans à Dinard, Cookie de Vesvre et Carlino de Beaufour, pouvez-vous nous parler d’eux ?

Carlino et Cookie sont des 7 ans de très bonne qualité, ce sont des chevaux d’avenir. Cookie a gagné le CIR à Cluny il y a deux semaines, il a beaucoup de moyens. C’est un cheval qui est très respectueux et qui fait énormément de sans-faute. Carlino a un peu moins d’expérience mais il pourrait sauter un Grand Prix à 1,50m tant il a les moyens. Il faut encore qu’il s’organise mais c’est un cheval d’avenir.

Vous courriez pour la première fois le Derby de Dinard avec Vasko vh Jukschot Z, comment avez-vous abordé cette difficile épreuve ?

Je n’avais pas exactement préparé ça, j’ai juste sauté un tronc et des bricoles. J’étais à un petit concours la semaine précédente avec Vasko, et comme il avait beaucoup plu, il y avait une grande flaque d’eau dans laquelle je suis rentré et je me suis dit que le gué devrait aller. J’ai regardé la vidéo de la victoire de Patrice Delaveau l’an passé et ça ne paraissait pas si impressionnant que ça à sauter, mais quand j’ai fait la reconnaissance et que j'ai vu le parcours, je me suis dit que je n'étais pas prêt et me suis demandé ce que je faisais ici (rires). J’ai sauté les deux premiers obstacles et Vasko m’a ensuite trimballé, mais c’était vraiment sympa à monter ! Le plus impressionnant est la dernière butte parce que lorsqu’on est en haut et qu’il y a le vide de chaque côté, là on se sent un petit peu seul. Vasko a été très brave et vraiment super !

Votre cheval de tête est indéniablement Uitlanders du Ter, que vous connaissez aujourd’hui très bien. Que pouvez-vous nous dire de lui ?

Il est arrivé chez nous à 5 ans et Alizée l’a travaillé jusqu’à ses 6 ans. A 7 ans il a pris un peu de caractère d’étalon et il débordait un petit peu donc je l’ai récupéré. On rêve toujours de faire de bonnes choses, mais il a vraiment passé des caps au fil du temps. C’est un cheval qui a toujours évolué, l’an passé il a eu un petit contre-coup mais cette année il n’a jamais été aussi bien. Maintenant je suis un peu impatient, avant je ne le sentais pas prêt mais aujourd’hui il commence à bien se préparer.

C’est un cheval qui à la maison est assez tranquille, il aime bien hennir quand les juments passent mais sinon il est très facile à vivre (rires). Au concours, l'environnement peut le stresser mais c'est presque quelque chose de révolu : maintenant, il entre en piste en étant vraiment confiant. Je ne connaissais pas Dinard, mais il était relâché, même pour la grosse épreuve. Il me surprend presque de plus en plus parce qu'à présent il rentre en piste pour se battre, ce qui est vraiment intéressant pour la suite. Avant, dès qu’il y avait la foule il ne se sentait pas à l’aise mais maintenant il joue avec ça au lieu d’appréhender.

Vous êtes également un grand adepte du Grand National, qu’appréciez-vous sur ce circuit ?

On peut amener trois chevaux qui sautent 1,45-1,50m ce qui n’est pas souvent le cas en CSI et cela permet d’accélérer énormément le travail des chevaux car ils prennent très vite de l’expérience. Le niveau est également élevé, d’ailleurs le Grand Prix 3* de Dinard était presque plus facile qu’un Grand Prix du Grand National. Le but est vraiment de préparer pour les grosses épreuves : par exemple, les Grands Nationaux que j’ai faits cette saison m’ont permis préparer la grosse épreuve du vendredi de Dinard ce qui est vraiment intéressant.

Quel est votre objectif pour le restant de la saison ?

J’ai des nouveaux chevaux qui arrivent donc je souhaite prendre le temps de me mettre avec. Certains n’ont pas énormément d’expérience mais ont fait 1,35-1,40m et ont vraiment le potentiel de faire du Grand Prix 3* donc je veux vraiment me mettre avec pour essayer d’avoir l’année prochaine un super piquet.