Disparition de Kevin Bacon, le cavalier volant
jeudi 12 mars 2020

Kevin Bacon
Le style si particulier de Kevin bacon lui a valu d'être surnommé "l'Australien volant " © RLT

La fédération australienne des sports équestres a annoncé ce matin le décès de Kevin Bacon, surnommé « le cavalier volant » pour son style atypique. L’un des meilleurs cavaliers de saut d’obstacles que l’Australie ait connu s’en est allé à l’âge de 88 ans.

Né dans un milieu agricole en 1932, Kevin Bacon a toujours entretenu avec les chevaux une relation « naturelle », issue principalement des traditions du travail du bétail. Souvent taxée de « déterminée » plus que de « styliste », la monte de l’Australien, qui décollait littéralement de son cheval au moment du saut, a pu faire sourire le public américain et européen lors de ses premières apparitions sur la scène internationale, mais la réussite que lui apportait sa méthode a vite eu raison des railleries, comme en témoigne les archives de L’Eperon.

« Les lois de l’apesanteur obéissent-elles aux mêmes théorèmes dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud ? » pouvait-on y lire, au lendemain de sa première victoire dans le Grand Prix de Paris (qu’il remportera également l’édition suivante !) en 1976. « Kevin Bacon, à cinquante-quatre ans, continue de monter comme les gauchos de ses pampas natales, toujours au grand galop à l’assaut des troupeaux de bétails, le fouet des rênes dans une main, le lasso dans l’autre et les jambes en ailes de moulin… Mais le folklore devient exploit lorsque, adapté à la conception moderniste des parcours de saut d’obstacles de niveau hautement international, il contraint à la défaite les méthodes des plus modernes et les plus élaborées de l’équitation classique ou néoclassique. Kevin Bacon sur son vieux cheval australien est un spectacle insolite qui déchaine l’hilarité lorsqu’on voit ses jambes (à l’horizontale !), puis son assiette tout entière, se séparer totalement de la selle, si bien que dès le début du planer le cavalier prend l’attitude du « tapis volant » qui flotte au-dessus de son cheval… pour reprendre contact avec lui à la réception, mais un contact tout en souplesse et en douceur. Une monte, assurément qui a le don de faire perdre son latin à bien des écuyers bardés de diplômes ou de médailles olympiques. En tout cas, il est certain que son style a le mérite de soulager complètement de son poids le cheval, qui, pendant son saut, se trouve entièrement en liberté ». Et le style atypique du cavalier, comparé à un centaure, a été au moins aussi commenté que la relation qu’il entretenait avec son cheval Chichester : « Après sa brillante victoire, Kevin Bacon vint se placer à pied au milieu de la piste : sur un simple appel de voix, Chichester, resté tenu en main à l’entrée du paddock, accourut chercher la caresse de son maître. Du cirque, diront les mauvaises langues ? Non, une simple confiance réciproque ». De son côté, le cavalier volant expliquait ses raisons : « Je ne monte pas de cette façon pour faire l’attraction, cela m’aide vraiment ! ». Un drôle de style donc, qui a tout de même permis au cavalier de représenter trois fois sa nation aux Jeux Olympiques, dont ceux de Tokyo en 1964 desquels il terminait 7e.