Equipondi : « Il faut accepter le mélange des genres »
vendredi 01 novembre 2019

Philippe Le Claire
Philippe Le Claire, président adjoint d'Equipondi © Alan Cararic

Créé en 1994, Equi Pondi fait depuis de nombreuses années partie intégrante du paysage équestre breton. S’arrachant les places des différentes épreuves, les cavaliers amateurs ne tarissent pas d’éloges sur ce concours unique en son genre en Bretagne. Cependant, Catherine Le Poul et Philippe Le Claire organisent également cet événement pour les professionnels, auxquels un week-end est consacré. Les organisateurs adressent également l’évènement à un public moins avisé, afin de faire découvrir les sports équestres. Rencontre avec la présidente de l’évènement, Catherine Le Poul, et son adjoint, Philippe Le Claire.

L'Eperon : Catherine Le Poul, comment êtes-vous arrivée au statut de présidente ?

Catherine Le Poul : Cela fait maintenant quatre ans que je suis présidente, mais je suis dans le bureau depuis 2005. Auparavant, j’avais le statut de trésorière adjointe. Je connais bien le cheval, pas forcément celui de concours mais quand vous aimez le cheval jamais vous n’en sortez jamais. J’ai un élevage, dans le domaine de la course. Il se trouve que dans une vie antérieure j’ai connu ce monde. J’adore le cheval, c’est un animal dont je ne pourrais pas me passer. Mon père était un grand passionné est un membre historique d’Equi Pondi. Il était rentré dans l’équipe pour qu’on puisse avoir accès au site du parc des expositions. Tout naturellement quand il s’est retiré, on m’a sollicité. A un moment si vous ne savez pas dire non vous finissez malgré vous présidente. 

Pour organiser un tel évènement, l’équipe derrière vous est primordiale ! 

C. LP : En effet, nous sommes une excellente équipe. C’est un vrai plaisir d’organiser un tel concours. Évidemment, c’est un lourd travail. Si nous étions une dizaine de plus ça serait plus serein, surtout au niveau des horaires. Cela dit nous sommes tous motivés par la même passion, même si elle est différente dans son approche par rapport au cheval. Certaines personnes ne sont pas du tout dans le milieu mais prennent du plaisir à venir pendant les deux semaines de compétitions. Quand vous travaillez ensemble pour une même passion, vous finissez par être une grande famille. Tout naturellement vous faites de la réussite et de l’organisation annuelle une affaire personnelle.

Chaque année on se dit « mon Dieu, il faut repartir c’est hyper lourd » mais une fois que c’est lancé c’est un réel plaisir. Cela étant, il faut passer le cap des deux concours car le premier week-end est dense au niveau des horaires avec les amateurs. Celui des professionnels est plus stressant mais il est plus léger d’organisation. D’ailleurs il y a moins de cavaliers professionnels qu’amateurs, les horaires sont donc moins lourds et ils sont souvent plus disciplinés. Ils sont plus exigeants mais comme ils savent ce qu’ils veulent c’est carré. 

Combien de bénévoles composent cette équipe ?

C. LP : Nous sommes une vingtaine, pendant le concours un peu plus. Cependant, si nous avions une dizaine de bénévoles en plus sur place en permanence, nous serions bien plus serein. Le planning de maintenance et d’entretien des pistes est le plus compliqué à réaliser. Les personnes responsables de ces tâches ont des plages horaires très importantes et ce sont des hommes qui ont vieilli avec le concours. 

Philippe Le Claire : De plus, la piste est un aspect sur lequel nous n’avons pas le droit à l’erreur. Grâce à ces personnes qui travaillent dans l’ombre nous n’avons jamais eu de problèmes. Notre piste est magnifique. D’ailleurs pour l’anecdote je discutais encore ce matin avec un Normand qui n’a pas pu s’engager à Saint-Lô et il m’a dit c’est magnifique (interview réalisée le premier week-end de compétition, ndlr).

Au début, à quoi ressemblait le concours ? 

C. LP : Le premier concours a eu lieu ici en extérieur en 1993, le premier indoor n’est arrivé que l’année suivante dans la première salle Safire. Les paddocks étaient donc à l’extérieur. Ce n’est qu’en 2007 que la deuxième salle a vu le jour permettant de réaliser l’intégralité du concours en intérieur.

Pour ce vingt-cinquième anniversaire, des choses particulières ont été mises en place ?

C. LP : Nous avons mis en place le Grand Défi qui est doté d’une belle petite enveloppe, qui, on l’espère, est motivante pour les participants. Pour la remporter, il faut s’imposer dans le Grand Prix Pro Elite et dans deux des trois autres épreuves majeures. S’il n’était pas gagné, nous remettrions un prix spécial tout de même pour le meilleur cavalier du concours, un quad Yamaha. Je souhaite ardemment qu’il soit gagné, c’est important que les défis soient réalisables. Même si pour nous cela a un coût significatif ça veut dire que le challenge est réalisé. Il n’est pas là pour faire de la figuration. Cependant, le lot pour le meilleur cavalier est également un beau concours, du moins au niveau d’Equi Pondi. 

P. LC : Le challenge est subtil. C’est pour cela que nous avons beaucoup de partants dans la puissance. La semaine dernière nous avons déjà onze engagés ce qui est extrêmement rare. D’habitude une semaine avant si nous en avons deux ou trois nous sommes très heureux.  Nous avons mis les bouchés doubles pour les cavaliers. Offrir un beau spectacle aux Pontivyens et aux amateurs d’équitation et surtout un confort aux cavaliers a toujours été notre but, ce n’est pas de faire des gros bénéfices

Vous parlez de bénéfices, comment expliquez la réussite du concours quand nous voyons le Celtik Jump et le CSI de Nantes s’arrêter après quelques éditions ? 

C. LP : C’était le souhait de Christian Olivo mais nous avons toujours appuyé le concours professionnel sur un concours amateur. C’est-à-dire que le fait de jumeler les deux permet d’amortir l’installation et les prestations externes. L’organisation d’un seul week-end avec les frais de structure que cela génère ne serait pas rentable. Celui des amateurs, même s’il est dense, permet de lisser les coûts de structure.
La ville de Pontivy est également un partenaire significatif pour nous. Elle est très engagée au niveau de l’aide technique et du personnel pour la mise en place. Cela est très précieux. Cependant, nous avons fait plusieurs fois la demande afin de rejoindre le circuit du Grand Indoor mais nous n’avons jamais eu de réponse. 

L’innovation semble être l’un des points sur lequel vous misez afin de tenir dans le temps. 

P. LC : Nous sommes limités dans les épreuves de la FFE, mis à part trouver des épreuves exceptionnelles pour attirer le public comme des relais à l’américaine et les puissances. Au début nous étions les seuls en France à proposer le mur, en Europe il n’y avait que Londres. Ce n’est qu’après qu’il est apparu à Bordeaux et dans d’autres villes. Cependant, au fur et à mesure des années nous avions de moins en moins de cavaliers et chevaux qui étaient capables de le franchir et nous avons donc été contraint de se lancer dans les 6 barres qui regroupaient un plus grand nombre de partants. L’intérêt de la puissance, qui a toujours existé chez nous, c’est sa facilité de compréhension pour le public. Quelqu’un qui ne s’intéresse pas au saut d’obstacles va comprendre tout de suite le système et va s’intéresser car c’est spectaculaire. C’est une épreuve qui dure entre 1h30 et 2h selon le nombre de partants.

C. LP : Le samedi soir est une soirée très importante pour nous. Indépendamment de l’épreuve il faut faire venir le public. Les concours hippiques pour un public non averti peuvent être fastidieux. Les gens doivent avoir envie de venir en se disant c’est passionnant. L’épreuve des six barres, elle est belle, elle est spectaculaire et tout au long de la soirée la pression monte. Toutes les personnes aiment les chevaux, pas forcément le concours hippique, pas forcément le dressage mais l’animal en lui-même. Le voir comme ça sur de telles épreuves avec une confiance cavalier-cheval, ça donne une soirée spéciale. Ceux qui ont eu du plaisir à venir et qui n’étaient pas des avertis ont envie de revenir. C’est cela que nous voulons, que tout le monde ait envie de revenir. De plus, c’est une soirée de spectacle, nous essayons de proposer tous les ans un show équestre. Cette année c’est Anne-Gaëlle Bertho qui revient avec ses chevaux en liberté. Nous voulons donner envie aux amateurs, aux professionnels mais aussi au public non averti d’être toujours là. Pour tenir 25 ans il faut que tout le monde y trouve du plaisir, il faut accepter le mélange des genres. Quant à avoir des idées nouvelles c’est compliqué mais on fait notre maximum pour ne pas rester dans l’usure. 

Vous avez tout de même essayé le para-obstacles !

C. LP : Nous avions décidé de le faire car nous avions eu quelques sollicitations d’Anglais, qui eux sont très impliqués dans cette démarche. Cependant, ils ne sont pas revenus vers nous par la suite donc nous avons laissé tomber bien que je pense que c’est l’avenir. Le concours dans son ensemble est quelque chose de lourd à mettre en place donc nous nous focalisons d’abord sur ce que nous savons faire. Il faut bien le faire sans trop se disperser, c’est dans la logique des choses mais c’est impossible de tout réaliser parfaitement. 

La Bretagne est particulièrement touchée par la rhinopneumonie, avez-vous pensez à annuler le concours ? 

C. LP : Nous étions en route, une fois lancé nous ne nous projetons pas dans le schéma d’annuler. Ce sont les 25 ans, nous ne pouvions pas nous dire on s’arrête. S’il y avait eu 2 ou 3 cas juste deux jours avant nous aurions évidemment aviser. Cependant si nous n’avions rien préparé et que la rhinopneumonie est ce qu’elle est aujourd’hui, jamais nous n’aurions été prêt pour le concours. Nous ne nous sommes jamais dit qu’on allait arrêter. 

P. LC : Nous avons fait tout le nécessaire pour limiter les dégâts. Nous avons désinfecté tous les boxs, ils le seront encore entre les deux semaines.