Fanny Skalli : "On a tous ce moment de doute où l’on se demande pourquoi on continue"
samedi 21 mars 2020

Fanny Skalli et Amitié des Douces
C'est entre autres avec Amitié des Douces (Diamant de Semilly x Voltaire), né chez son père, que Fanny a redémarré la compétition © Scoopdyga

Fanny Skalli, ce nom n'est pas inconnu du circuit international puisque cette cavalière, originaire du sud de la France où son père Philippe gère le centre équestre l'Etrier d'Aubagne, a connu de belles heures chez les Jeunes avec trois participations aux championnats d'Europe. Ces derniers mois, elle était régulièrement présente aux remises des prix des 145 avec de nouveaux chevaux et entend bien progresser encore. L'Eperon l'a rencontrée en Suisse, son pays d'adoption. Il y a quelques mois, la jeunes cavalière a en effet déménagé à Elgg aux côtés de son fiancé Steve Guerdat. Elle raconte comment elle en est arrivée là.

Plus jeune, tu as côtoyé le haut-niveau à poney puis à cheval, que retiens-tu de ces années ? 

J'ai concouru à poney sur des Grands Prix pendant deux ans, de mes 14 à mes 16 ans. J'avais de très bons poneys comme Inorzenn Breizh ou Milford de Grangues que mon père a acheté à sept ans sur photo. Je me rappelle que nous étions en voiture quand il m'a montré Milford en me demandant s’il me plaisait. Il était incroyable : il a tout gagné et pas seulement avec moi mais aussi avec Tressy Muhr et toutes les autres cavalières qu'il a eues (avec elle il a participé aux championnats d'Europe en 2008 à Avenches puis avec Tressy en 2012 à Fontainebleau, ndlr). Ce n’était que du bonheur ces deux années à poney. Après, j’ai eu la chance d’avoir une très bonne jument appelée Manon de la Lande qui a fait la transition entre les poneys et les Juniors. Elle était peut être un peu trop respectueuse pour moi. C’était tout de même bien de passer à cheval, même si le caractère du poney est juste génial, les chevaux c’est autre chose. 

Après ces belles années chez les Jeunes, tu as décidé de faire une pause pendant quelques temps. Qu'as-tu fait ?

J’avais envie de voir autre chose. Quand on fait du concours, on a des périodes où ça marche relativement bien et d'autres pas. J’ai eu une période de creux avec mes chevaux, je n’étais pas bien, je me suis dit "viens on arrête tout" et c'est ce que j'ai fait. J’ai toujours aimé le théâtre et le cinéma même si par la suite j’ai bien compris que ce n’était pas mon truc (rires). J’ai donc fait le Cours Florent à Paris, cela m’a permis de me découvrir un peu mieux. Dans la vie de tous les jours, je suis assez extravertie, j’ai des facilités pour m’exprimer et je ne suis pas trop timide mais une fois sur scène je devenais une autre Fanny. Je ne sais pas si c’était le fait de jouer un rôle mais j’étais complètement tétanisée. J'ai commencé à apprendre avec un très bon prof et cela s'est un peu amélioré. Je ne connaissais rien du tout à ce monde. Autour de moi je voyais des gens passionnés par cela et moi je me disais que j’étais passionnée par mes chevaux. Quand on se lance dans le théâtre ou le cinéma, cela doit être une passion. Moi je n’étais pas mordue. Sur scène cela ne rendait rien du tout (rires) je me trouvais extrêmement nulle. 

Pourtant tu n'as pas de regret d'avoir tenté cette expérience ? 

Non parce que j’ai appris énormément sur moi-même. Je pense que j’ai beaucoup grandi durant cette période et gagné en maturité. J’ai essayé de toucher un peu à tout. Cela m'a permis d'avoir une vie « normale », sans compétition. J’allais en cours la semaine, le week-end je sortais avec mes amis même si j’ai commencé à sortir avec Steve à ce moment là donc j’allais tout de même le voir en concours. C’était un monde différent mais chassez le naturel et il revient au galop...

Ce que tu as connu, c'est un peu le dilemme des adolescents et des jeunes adultes...

Bien sûr ! Chez moi c’est arrivé l’année de mes 24 ans donc un peu tard. On a tous ce moment de doute où l’on se demande pourquoi on continue. C’est un sport difficile et parfois injuste mais quand on est mordu on est mordu à vie ! 

Est ce qu'il y a eu un déclic qui t'a poussée à te remettre à cheval ou c'est revenu progressivement ?

Quand on vit avec quelqu’un comme Steve, qui connaît une belle réussite, c’est motivant. En plus, mon rêve a toujours été de devenir cavalière professionnelle, les chevaux me manquaient énormément. J’avais passé mes chevaux à ma soeur, je ne montais plus même quand je retournais chez moi. Un jour Steve m’a dit de venir chez lui, il fallait que je découvre son univers. Il m’a dit de monter à cheval je lui ai dit "non je ne veux pas, ne me fais pas remettre le pied à l’étrier sinon je vais le remettre définitivement". J’avais mes cours et j’avais quand même envie de clore ce chapitre de ma vie. Pourtant, il m’a doucement remise à cheval. Je crois que le premier cheval que j’ai monté était Corbinian ou Ulysse, je ne sais plus. Quand on monte des chevaux de cette qualité c’est incroyable. Je me suis donc décidée à revenir mais je ne pensais pas le faire aussi vite ! 

Ta vie professionnelle et personnelle semblent toujours très liées ?

Je n’arrive pas vraiment à faire la part des choses. Je dis souvent que je vis avec mes sentiments et mes émotions, je mets tout dans le même package. Je ne sais pas si c’est un défaut ou une qualité mais en tout cas, quand je ne vais pas bien cela se ressent à cheval et inversement.  

Tu as donc dû te reconstituer un piquet de chevaux. Comment as-tu procédé ? 

A la base je comptais reprendre mon ancienne jument Candy 705 mais malheureusement elle s’est blessée. Ma jument de vitesse est elle aussi partie au pré. Il ne me restait plus que Amitié des Douces, un cheval que mon papa a fait naître, mais il n’était pas du tout prêt à reprendre la compétition au niveau auquel je sortais auparavant c’est à dire sur des CSI 2*, 3*. Gentiment je l’ai récupéré. Steve n’était pas trop d’accord puisqu’il était un peu coquin. Il m’a proposé de monter un petit six ans de ses écuries qui s’appelait Cadet du  Cache Pot Z. J’ai ensuite eu Athémis, qui m’a redonné goût à la victoire. Mon piquet s’est donc reconstitué doucement. Même si Anthémis s’est blessée (depuis elle a été mise à la retraite, ndlr), Amitié a connu une évolution incroyable, le propriétaire de Steve qui s’appelle Gerardo Pasquel m’a confié un huit ans, Bandit Savoie qui est super et récemment j’ai acheté une jument qui s’appelle Jonka-A et qui est juste parfaite (sourire) ! 

Tu retournes désormais sur 145 et même plus, comment te sens-tu ? 

J’ai couru une 150 il y a quelques semaines. En rentrant en piste peu m’importait le résultat parce que cela faisait un moment que je n’en avais pas fait. Je suis finalement sortie de piste avec un point de temps. Quand on a de bons chevaux avec de la qualité et de l’envie, le sport est toujours plus simple. 

Monter à cheval, c'est donc ton activité principale ?

Je ne me considère pas comme professionnelle parce que je ne gagne pas d’argent. Avec Steve nous essayons de mettre en place un système avec des chevaux de commerce. Pour moi, c’est très difficile de vendre des chevaux parce que je m’attache très très vite. Mais oui, je travaille tous les jours : je monte mes chevaux, ceux des écuries. 

As-tu des objectifs particuliers ? 

On vit avec des objectifs. En 2020 beaucoup de choses vont changer, j’espère faire doucement mon petit chemin et continuer de tourner sur des 2*, 3* puis en 4* et j’espère un jour en 5*. Faire partie des meilleurs, c’est toujours un rêve mais il n’y a que le futur qui nous le dira. Je suis en tout cas bien entourée et je ne brûlerai pas les étapes. J’ai la chance d’avoir quelqu’un comme Steve qui m’ouvre des portes, mon père et ma mère qui sont toujours présents, mon beau-père Gérard Marragou qui donne tout et nous entraîne... après il ne faut pas prendre la grosse tête mais l’équitation nous remet vite les pieds sur terre ! 

Il y a plusieurs mois maintenant tu as déménagé chez Steve à Elgg. Comment s'est passée ton installation en Suisse allemande ? 

C’est  un peu compliqué au niveau de la langue (rires). C’est très difficile puisqu’il faut passer par l’allemand avant d'éventuellement comprendre le suisse allemand. Le climat n’est également pas le même. Quand je me réveille le matin et que tout est blanc, c’est effectivement très différent du grand ciel bleu de Marseille mais c’est juste idéal pour les chevaux, j’appelle cet endroit mon petit paradis.