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Jean-Maurice Bonneau : « Briser l’omerta et se remettre en question, ensemble »
jeudi 20 janvier 2022

Jean-Maurice Bonneau
Jean-Maurice Bonneau © Scoopdyga

Suite à la diffusion d’images mettant en cause les méthodes de l’Allemand Ludger Beerbaum, Jean-Maurice Bonneau, ex-entraîneur des Bleus et encore au cœur du sport de haut niveau, a accepté de prendre la parole et de répondre à nos questions dans le numéro 401 de L'Eperon Hebdo. Concerné par le bien-être du cheval de sport et l’évolution des disciplines équestres dans les prochaines années, il avait prévu, en partenariat avec l’IFCE, d’organiser des tables rondes sur ces deux sujets à Saumur, en janvier. Des échanges qui n’ont malheureusement pu avoir lieu à cause de la crise sanitaire.

Quel est votre ressenti après la diffusion de ces images mettant en cause Ludger Beerbaum ? 

Tout d’abord, j’accepte d’intervenir sur ce sujet car j’accepte d’assumer. Depuis quelque temps, on nous attaque car nous travaillons avec des animaux. On entend beaucoup de choses venant de personnes et de représentants d’associations qui ne connaissent pas notre sport. Aujourd’hui, notre devoir est de nous emparer du sujet du bien-être animal : on a tous fait des choses qui n’étaient pas autorisées, il ne faut pas être hypocrite et je reconnais avoir moi-même péché par ignorance. On a appris aux chevaux à ne pas toucher les barres et à obtenir davantage de confort en étant plus respectueux. Dans cette affaire, il ne faut pas non plus oublier que Ludger est un cavalier qui est à haut niveau depuis quarante ans et qui a notamment monté des chevaux de dix-neuf ans en très bel état, magnifiques, et parfaitement entretenus. 

Aujourd’hui, vous condamnez ces méthodes ? 

Les chevaux que nous avons aujourd’hui ont évolué, ils ont gagné en sensibilité et pour moi, ils n’ont pas besoin de ça pour aller faire du concours. L’élevage s’est adapté aux exigences du sport de haut niveau. Les images de Ludger ne sont pas de bonnes images, c’est certain. Je n’ai moi-même pas été le plus vertueux du monde, et il nous faut retrouver de la crédibilité, c’est notre devoir. J’aimerais bien trouver un cavalier à ce niveau qui assurera n’avoir jamais franchi la ligne jaune. L’idée n’est pas de faire son  procès, mais de briser l’omerta qui demeure dans notre sport et avancer collectivement. 

Comment aller vers un sport plus vertueux ? 

Ce qui est sûr, c’est que cette démarche doit être initiée ensemble. On doit se remettre en question et placer le cheval au cœur de nos réflexions, parce qu’il y a d’autres sujets qui nous concernent en matière de bien-être des chevaux. La filière cheval, ce sont des milliers d’emplois. Et dans les années à venir, qui sait s’ils ne pourraient pas être menacés ? Nous devons redorer notre image : déjà qu’on ne nous aime pas, l’équitation étant considérée comme un sport de riches… Entre ce qui s’est passé à Tokyo pour le saut d’obstacles et cette affaire, si rien n’est fait, on aura vraiment loupé une occasion d’avancer. On ne peut pas faire l’économie de cette réflexion, il en va de notre avenir. 

À quelles méthodes songez-vous pour faire avancer le débat ? 

Pourquoi ne pas mettre en place des Assises du sport où chaque acteur, cavalier, organisateur, chef de piste… serait représenté pour ouvrir le débat sur ce thème ? Pourquoi ne pas organiser, tous les deux ou trois ans, des séminaires regroupant chefs de piste et clubs des cavaliers, destinés à l’analyse de choses factuelles concernant les parcours ? La FEI doit bien évidemment être moteur sur cette réflexion. Il ne doit y avoir aucune forme de laxisme. Certains stewards sur les paddocks ne mettent parfois pas assez de limites et il m’est déjà arrivé d’aller voir tel ou tel cavalier pour pointer son mauvais comportement… Il faut qu’on retrouve de la crédibilité et pour cela, il faut de nouvelles règles, édictées par la FEI. 

La suite de cet entretien est à découvrir dans le numéro 401 de L'Eperon Hebdo (paru le 19 janvier 2022), disponible sur notre boutique en ligne.